La loi coranique régit la vie des musulmans jusque dans l’intimité de leur relation amoureuse. Mais que dit-elle au juste ? C’est pour mieux comprendre la manière avec laquelle l’islam aborde la sexualité qu’Algérie-Focus a rencontré Saïd Djab Elkheir. Pour cet islamologue et chercheur spécialiste du soufisme, la religion musulmane est plus ouverte et progressiste que la tradition des pays arabes, qui fait de la sexualité un sujet profane voire honteux.

Le sexe est-il tabou dans l’islam ?

Absolument pas. Le texte sacré parle librement de la question. Pour les premières générations de musulmans, si une personne était lésée sur le plan sexuel, elle avait le droit d’exprimer publiquement son insatisfaction. Selon un hadith, une femme a un jour abordé le Prophète Muhammed (QSSL) pour se plaindre de la taille du pénis de son époux qui ne lui procurait pas de plaisir. Pour cette raison, le Prophète a accepté de les séparer. De nos jours, il est inimaginable qu’une femme puisse demander à un juge de lui accorder le divorce pour le même motif. Le tabou sur le sexe émane de l’esprit bédouin qui brime aujourd’hui encore les sociétés arabo-musulmanes.

Au regard de la loi religieuse, l’éducation sexuelle est-elle permise ?

De façon implicite, le Coran n’interdit nullement d’éduquer les adolescents à la vie sexuelle. Tout ce qui relève de l’éducation sexuelle est disponible dans la sourate Nour, où il est dit qu’un garçon arrivé à l’âge de la puberté, pour ne pas céder à ses pulsions et ses désirs, n’a plus le droit de voir en privé les femmes d’un âge mûr, à l’exception de ses parentes. On lui apprend à cet âge-là à frapper à la porte quand une fille ou une femme se trouve dans une chambre ou à ne plus être seul dans une pièce en présence d’une fille ou d’une femme, qui ne fait pas parti de sa famille.

Et pourtant des cours d’éducation sexuelle ne sont pas dispensés dans les établissements scolaires algériens…

Malheureusement. Un tel enseignement manque dans les écoles à cause du poids de la tradition bédouine. En Algérie, comme dans le reste du monde arabo-musulman, il existe un amalgame entre ce que dit la religion sur le sexe et ce que produit la tradition séculaire.

Est-ce pécher que de se masturber ?

Le Coran n’enseigne rien à ce sujet. Des hadiths irrecevables, car non authentifiés par les muhaddiths, qui n’ont donc pas la force pour déterminer ce qui est haram et halal, proscrit l’acte sexuel solitaire aux hommes comme aux femmes. Mais Ibn Hazm, un célèbre théologien musulman d’origine andalouse, a lui estimé que se masturber est aussi vital à l’humain que de boire, dormir ou uriner. Et pourtant, ce penseur est réputé pour être sévère sur les autres aspects de la religion musulmane.

Comment la question de la virginité est-elle tranchée dans le Coran ?

Dans aucun verset ni hadith, elle est mentionnée explicitement. Un hadith rapporte seulement la conversation d’un compagnon du prophète qui lui a demandé s’il était acceptable qu’il épouse une femme divorcée. Le Prophète lui a répondu qu’il était seulement « préférable » de choisir pour épouse une femme vierge.

Un musulman est-il autorisé à essayer n’importe quelle position sexuelle, la sodomie y compris ?

A la différence des chiites, chez les sunnites, la pénétration vaginale est formellement prohibée durant le cycle de menstruation de la femme. Et en islam, la pénétration anale est strictement interdite, chez les chiites comme chez les sunnites. D’après un hadith, une personne a demandé au Prophète s’il a le droit de coucher avec sa femme en passant par derrière. Le Prophète lui a d’abord répondu « oui » avant de le rappeler pour lui demander de reposer sa question de manière plus précise : « tu pénètres quoi au juste ?». Le Prophète est finalement arrivé à la conclusion qu’un homme peut introduire son pénis par derrière à condition que la pénétration soit vaginale. Bien que prohibée, la sodomie est une pratique relativement adoptée dans certaines sociétés arabes, notamment en Iraq ou à Marrakech. Et dans la communauté chiite, elle est courante et totalement acceptée.

Les chiites semblent plus libres sur le plan sexuel que les sunnites …

Ils ont effectivement gardé le mariage de plaisir (zawaj al-moutaa زواج المتعة), qui consiste en une union temporaire de deux personnes de sexes opposés, d’une semaine ou d’un mois. Ça revient presque à du concubinage, religieusement légal et légitime. Le couple uni a les mêmes droits et devoirs que deux personnes mariées pour la vie. Ainsi, si la femme tombe enceinte au cours de la durée de ce contrat nuptial, les deux parents doivent obligatoirement assumer leurs responsabilités et reconnaître et élever ensemble leur enfant. Les sunnites considèrent, eux, que ce type de mariage est abrogé, mansoukh.

Le mariage temporaire chiite est une réponse à la frustration sexuelle des hommes et des femmes…

Tout à fait. Il s’agit en quelque sorte d’un entraînement au « vrai » mariage, une solution pour tout ceux qui traversent une crise d’adolescence et qui n’ont pas les moyens de fonder tout de suite un foyer. Et surtout, ce type d’union permet de répondre à des besoins biologiques sans attendre. Dans la société chiite la frustration sexuelle est bien moins prononcée que dans les communautés sunnites car le fait d’entretenir des relations intimes avec une personne du sexe opposé n’est pas un problème, et pour les hommes et pour les femmes.

Mais chiites comme sunnites condamnent à mort les homosexuels…

Le Coran punit les relations unisexes, sans préciser toutefois quelle punition leur infliger. Cette décision est laissée à l’autorité du juge qui tranche en fonction de plusieurs paramètres : l’âge, le statut social etc. La punition peut être symbolique ou morale, comme une simple tape sur les mains. Mais si la personne change d’orientation sexuelle et devient hétéro, plus rien ne peut lui être reproché. La sunna estime que ce verset est abrogé, mansoukh et fait de l’homosexuel  un maudit qu’il faut éliminer. Ainsi, dans la pratique, les fatwas sont toujours allées à l’encontre du Texte, condamnant violemment les homosexuels au pire des châtiments : la mise à la mort, l’immolation par le feu etc. Selon moi, ce qui est dit dans le Coran est toujours valable.

Qu’en est-il enfin des relations extraconjugales ?

Pour le commun des musulmans, la personne adultère est condamnée à la lapidation. Mais en se basant sur le Coran, on comprend que la lapidation n’a pas lieu d’exister. Un verset de la sourate An-Nissa explique effectivement que la femme esclave adultère doit recevoir la moitié de la punition infligée à une femme libre. Or, la mise à mort ne peut se diviser. Donc, si les relations extraconjugales ne sont pas permises en islam, elles ne sont pas pour autant réprimées de manière aussi violente.

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