Revue de presse. Interdiction du voile au Québec : La Première ministre va s’adresser aux Maghrébins

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En plein débat sur l’interdiction du voile islamique dans la fonction publique et parapublique du Québec, la Première ministre, Pauline Marois, devrait s’adresser prochainement aux Maghrébins de la seule province canadienne francophone.

C’est la ministre de l’immigration, Diane De Courcy, qui en a fait l’annonce cette fin de semaine à l’occasion du Gala annuel du Congrès des Maghrébins au Québec (CMQ).

L’intervention de la première ministre se fera sous forme de tribune publiée dans les journaux et qu’elle co-signera avec sa ministre de l’immigration. Cette dernière n’a pas donné plus de détails mais on devine bien que l’objet sera la charte des valeurs québécoises, un projet de loi dévoilé en septembre et qui vise particulièrement les Maghrébines portant le voile en leur interdisant l’accès à la fonction publique qui est déjà assez fermée à la diversité.

La ministre de l’immigration a assuré à El Watan qu’il n’y aura pas de nouvelles règles dans le choix des immigrants venant du Maghreb  du fait que le voile risque d’être interdit dans la fonction publique, les hôpitaux et dans le système éducatif.  « le projet de la charte des valeurs québécoises n’a aucun lien avec les règles de sélection des immigrants », a-t-elle expliqué.

Dans son discours lors de la même soirée, le président du CMQ, Monsef Derraji a rappelé l’opposition de son organisation à ce projet de loi devant un parterre d’invités dont des Québécois d’origine maghrébine, des élus fédéraux et provinciaux ainsi que les candidats à la mairie de Monréal et leurs représentants  – c’est dire l’importance de la communauté qui reste très courtisée à l’approche des échéances électorales municipales.

Le projet de loi divise le Québec et fait sortir les démons de l’islamophobie comme lors des débats sur les accommodements raisonnables en 2007 et qui ont marqué l’entrée en force au parlement provincial de la droite populiste.

Cette loi devait porter le nom de La charte de laïcité avant d’être présentée comme La charte des valeurs québécoises. Ce mélange entre laïcité et identité a fait réagir même dans les rangs des indépendantistes québécois.  L’ancien premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, passé à l’Histoire par sa légendaire phrase « On a perdu à cause de l’argent et des votes ethniques » après sa défaite au référendum sur l’indépendance du Québec en 1995, estime que la charte va trop loin en interdisant aux femmes musulmanes qui portent le voile de pouvoir travailler dans la fonction publique.

« Jamais, à ma connaissance, au Québec, on n’a légiféré pour interdire quoi que ce soit de religieux. Ce n’est pas dans nos habitudes. On a fait évoluer les choses graduellement vers une laïcité qui est pratiquement totale aujourd’hui », s’est-il confié à la télévision de Radio Canada. « La question qu’il faut se poser aujourd’hui, c’est : pourquoi aujourd’hui et pourquoi on vise les musulmanes? ».  Pour lui « le fait de cibler le foulard islamique vise à faire plaisir à un certain nombre de gens qui rêvent depuis des années d’une sorte de laïcité à la française avec des règlements partout ».

Si dans les pro-charte on trouve des islamophobes, chez les anti, on repère aussi des intégristes musulmans qui sont loin de défendre une simple liberté de choix du port de voile. Ce qui laisse dire à certains que la charte a abouti à un choc des extrêmes.

Une pétition anti-charte a dépassé le cap des 26 000 signatures. Elle a été initiée par le Collectif Québec inclusif. Une autre pétition a été lanceé par les pro-charte mais n’a pas atteint le même nombre.

Au chapitre des manifestations, les anti-charte ont réussi à mobiliser un grand nombre. Les pro-charte sont restés dans des proportions timides lors de leur marche ou on a remarqué la présence de membres montréalais du Mouvement pour l’Autonomie de  la Kabylie (MAK).

Le projet de loi met aussi mal à l’aise des démocrates issus du Maghreb qui ont combattu les islamistes locaux qui voulaient imposer le voile aux femmes. Ces mêmes démocrates se retrouvent à défendre le droit des femmes à le porter !

Les observateurs de la scène politique québécoise soupçonnent le gouvernement minoritaire de courtiser la partie la plus nationaliste et xénophobe des électeurs, y compris chez les autres partis, pour atteindre une majorité. On avance même la date du 9 décembre comme date possible pour des élections législatives.

A noter que la soirée du troisième gala du CMQ a été l’occasion de mettre de l’avant l’apport des entrepreneurs d’origine maghrébine dans le développement économique du Québec.

Lu sur El Watan