Des politiques aux syndicalistes en passant par la société civile, ces Algériens appellent le président Abdelaziz Bouteflika à briguer un quatrième mandat. Le principal intéressé garde toujours le silence.

A moins de trois mois du scrutin présidentiel, le plus grand flou entoure ce rendez-vous crucial de la vie politique nationale. Quels prétendants à la magistrature suprême obtiendront suffisamment de signatures individuelles pour voir leur candidature valider par le Conseil constitutionnel ? Le Président Abdelaziz Bouteflika est-il candidat à sa propre réélection ? Est-il seulement en mesure de gouverner le pays pour les cinq prochaines années ? Dans le cas contraire, quel joker à Abdelaziz Bouteflika serait désigné ?

Toutefois, une chose est sûre. Bien que le Président Abdelaziz Bouteflika ne se soit toujours pas prononcé sur son avenir présidentiel, les soutiens à sa candidature se multiplient, notamment depuis la convocation du corps électoral, par décret présidentiel, le 17 janvier dernier.

La liste des formations politiques qui plaident pour la réélection de Abdelaziz Bouteflika est effectivement déjà bien garnie. Il y a évidemment le FLN. Le parti majoritaire n’a pas attendu la convocation du corps électoral pour apporter son soutien à son candidat « naturel ». Le 16 novembre dernier, le comité central du FLN a tranché une fois pour toute la question de la candidature de Abdelaziz Bouteflika : tous les membres ont appelé officiellement l’actuel Président à se représenter. Et depuis la convocation du corps électoral, le secrétaire général du FLN Amar Saâdani répète à qui veut l’entendre, à coups de déclarations offensives, que le Président en exercice briguera bel et bien un quatrième mandat consécutif. Mercredi dernier, le chef du FLN a d’ailleurs profité d’une réunion ordinaire du parti, le rassemblement des secrétaires généraux des mouhafadas du FLN, pour officialiser les velléités du Président en poste. « J’annonce officiellement que Abdelaziz Bouteflika est candidat. Il l’annoncera lui-même au moment qu’il choisira. Quant au FLN, le temps des putschs est révolu », a ainsi déclaré Amar Saâdani. Le SG du FLN s’est-il seulement entretenu avec le principal intéressé ? « Je garde ma source pour moi », s’est-il contenté de répondre.

Outre la machine du FLN, Abdelaziz Bouteflika sait qu’il pourra également compter sur le Tadjamou amel Al Djazair (TAJ), le parti créé il y a un peu plus d’un an par son actuel ministre des Transports, Amar Ghoul. A l’occasion de la communion du Yennayer, premier jour de l’an berbère, à Tizi-Ouzou, le président du TAJ a renouvelé le 13 janvier dernier son soutien au Président Bouteflika. « Le parti plébiscite M. Abdelaziz Bouteflika pour se porter candidat à la prochaine élection présidentielle et se mobilisera en faveur de sa réélection », a-t-il maintenu.

Le Mouvement populaire algérien (MPA) mènera également campagne aux côtés du Président en exercice, si celui-ci se décide à se lancer. Le parti de Amara Benyounès a officiellement pris position en faveur du chef de l’Etat le 14 décembre dernier. Le nom du secrétaire général du MPA et actuel ministre du Développement industriel et de la Promotion de l’investissement a d’ailleurs été évoqué comme potentiel directeur de campagne d’Abdelaziz Bouteflika.

L’UGTA aussi

Samedi, le Rassemblement national démocratique (RND) emboîtera le pas au FLN, TAJ et MPA. Le parti dirigé depuis septembre par Abdelkader Bensalah, qui a été de toutes le batailles présidentielles de Abdelaziz Bouteflika, est prêt à rempiler aux côtés de son favori. Le RND annoncera officiellement son soutien à un quatrième mandat samedi, lors d’une réunion extraordinaire du conseil national à Alger pour clarifier la position du parti par rapport à la prochaine échéance électorale.

Les formations politiques ne sont pas les seules à plébisciter un quatrième mandat. Les syndicats algériens font aussi entendre leur voix. Alors qu’il rencontrait les syndicalistes de la wilaya affiliés à son organisation, le patron de l’UGTA, Abdelmajid Sidi Saïd a appelé mercredi le chef d’Etat à se porter candidat pour la quatrième fois. « Les travailleurs algériens appellent M. Abdelaziz Bouteflika à se porter candidat pour un 4ème mandat afin que soient consolidés les efforts considérables qu’il a consentis pour la stabilité de l’Algérie et sa sécurité », a affirmé Abdelmajid Sidi Saïd, qui a même laissé entendre que son organisation ferait campagne aux côtés du candidat-Président, si ce dernier se décider à se présenter. « L’UGTA, qui se prépare à discuter lors de la prochaine tripartite des questions encore en suspens dans le monde du travail, s’emploie à apporter sa contribution au maintien de la stabilité de la République et de ses institutions », a déclaré le directeur du syndicat des travailleurs, considérant que « dans le contexte actuel, la stabilité de l’Algérie comme priorité ».

Les femmes algériennes derrière Bouteflika

Jeudi, c’était au tour de l’Union nationale des femmes algériennes (UNFA) d’appeler le président de la République à solliciter le vote des électeurs algériens « afin de préserver les acquis réalisés depuis 1999 notamment en ce qui a trait à la consolidation de la place de la femme ».

A côté des partis et des syndicats, d’autres organisations affiliées au régime ont aussi exhorté le président Bouteflika à ne pas quitter le pouvoir. A l’instar de la Coordination nationale des enfants de chouhadas, qui, en novembre dernier, appelait déjà le chef de l’Etat à briguer un quatrième mandat, voire un mandat à vie. « La situation réconfortante, la sécurité et la stabilité dont jouit le pays grâce à la politique noble de son excellence le moudjahid Abdelaziz Bouteflika, lequel a rendu l’espoir et la sérénité au peuple faisant de l’Algérie un pôle de développement et de rayonnement, sont une grande fierté », considérait la coordination dans une motion de soutien, ajoutant : « Nous resterons fidèles à ton serment ».

Abdelaziz Bouteflika n’a donc pas d’inquiétude à nourrir sur le manque de soutiens à sa candidature.

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