C’est un véritable feuilleton. Le Maroc et l’Algérie renouent avec leur guerre froide habituelle, et les hauts responsables des deux pays multiplient les sorties médiatiques pour lancer des diatribes inamicales.

Une véritable guerre de déclarations politiques plonge les deux pays dans une tension politique délétère. Les deux grands du Maghreb demeurent parmi les derniers voisins sur la planète qui ne parviennent pas à pacifier leur relation et à tourner la page des malentendus. Après l’interview incendiaire du chef de la diplomatie marocaine, Salaheddine Mezouar, qui accuse l’Algérie de tous les maux de la terre et du Maghreb, c’est un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères qui est sorti jeudi de sa réserve pour répondre à son homologue marocain et tenter de lui clouer le bec.

« Il est malheureux de constater que les relations bilatérales algéro-marocaines et la construction maghrébine ont fait les frais de la stratégie de la tension et de la politique de la rupture que nos voisins marocains entretiennent savamment et cultivent avec une rare constance pour tenir en otage la destinée des peuples maghrébins avec le vain espoir de voir l’Algérie renier sa position principale sur la question du Sahara Occidental qui est conforme, je le précise, à la stricte légalité internationale », attaque directement ce haut fonctionnaire algérien dans une contribution publiée sur le site internet de l’agence gouvernementale APS.

Ce haut fonctionnaire ne révèle pas son nom ni son identité exacte, mais son discours est bien rôdé et ses arguments rappellent les traditionnelles positions de l’Algérie. Le ministre des Affaires Étrangères, Ramtane Lamamra, est-il l’auteur de cette longue lettre qui se veut être une réponse ferme aux attaques de Salaheddine Mezouar ? Aucune source fiable ne le confirme. Mais la réaction algérienne est claire et nette : « C’est la réponse du berger à la bergère ! »

Pour l’Algérie, le Maroc panique et ne maîtrise plus ses nerfs. « Comment expliquer sinon cette peur panique du Maroc à l’approche de rendez-vous cruciaux, en octobre prochain et en avril 2015, où l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Christopher Ross, devra faire son rapport au Conseil de sécurité sur la question du Sahara occidental, dans le cadre de l’évaluation de tout le processus politique », souligne le diplomate algérien pour lequel « c’est cette perspective douloureuse qui explique la rage et le désarroi de Mezouar, réduit aux gesticulations paniquées et aux réactions hystériques visant à rendre l’Algérie responsable de l’impasse que connaît le processus de règlement de ce conflit, et que tous les observateurs neutres imputent à l’entêtement du Maroc à faire entériner un fait colonial ».

Le vocabulaire volontairement guerrier des diplomates algériens et marocains ne présage rien de bon pour le futur du Maghreb. A l’heure où les autres régions du monde s’unifient et tracent des routes communes vers le développement économique, l’Algérie et le Maroc s’enfoncent dans une guerre froide qui porte gravement préjudice à leurs populations respectives. Celles-ci sont prises en otage par des stratégies politiques auxquels elles n’adhèrent même pas. Au final, la guerre algéro-marocaine est un très piètre feuilleton d’été.

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