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« Il faut faire un choix et de deux choses l’une : Ou souffrir pour se développer, ou ne pas se développer pour ne pas souffrir. Voilà l’alternative de la vie, voilà le dilemme de la condition terrestre ». Difficile de trouver d’autres mots aussi significatifs et révélateurs d’une vérité amère que nous vivons et subissons, nous, les Algériens depuis des lustres. Ces mots du philosophe français Théodore Jouffroy traduisent parfaitement le dilemme de notre société.

Notre société, qui aspire au développement, rêve de démocratie, espère une qualité de vie à l’occidentale, fantasme sur un niveau de vie comparable à celui des pays riches et industrialisés. Notre société désire la richesse, le bonheur et l’épanouissement mais, sans consacrer l’effort, le mérite et la promotion sociale. Et comment bâtir un pays développé sans réhabiliter ces valeurs essentielles à l’édification d’un Etat moderne ?

Comment développer un pays où, à 40 ans, un homme habite encore chez ses parents ? Oui, cela peut paraître trivial, ridicule, insultant ou humiliant, mais c’est là une triste vérité qu’il ne faut surtout pas éluder ni sous-estimer les conséquences. Le développement a pour matrice l’émancipation. L’émancipation commence par l’expression d’un libre arbitre. Le libre arbitre, pour sa part, ne peut s’exprimer sans une rupture avec cette dépendance familiale, sans laquelle de nombreux, très nombreux, Algériens ne pourraient survivre. Un jeune de 25 ans, 30 ans ou 35 ans qui vit encore chez ses parents, qui mange encore leur nourriture, s’entretient avec leur argent peut-il prétendre être un homme libre et digne ? Oui, il est temps de casser ce tabou plus dangereux que la dictature ou la corruption. L’assistanat a formaté en profondeur notre personnalité.

Cette mentalité d’assisté, qui fait que des adultes sont enfermés dans des carcans familiaux archaïques, empêche le développement d’une société épanouie et partant, entrave le développement du pays. Un homme ou une femme qui ne peut pas quitter le nid douillet qu’est la maison familiale, a peu de chances de triompher des autres obstacles que lui impose la vie. Un homme ou une femme qui peine à se détacher des jupons de sa mère pour prendre son envol vers d’autres horizons, explorer de nouvelles perspectives, est inadapté à la modernité.

La modernité est synonyme de l’émergence de l’individu en tant qu’entité indépendante. Alors que notre société continue à fonctionner avec un grégarisme tenace glorifiant le groupe. A 25 ans, 28 ou 32 ans, des milliers, pour ne pas dire, des millions d’Algériens, font du domicile familial un refuge, un bouclier hermétique contre les vicissitudes de la vie.

L’éternel refrain de la crise du logement est bien entendu constamment entonné pour expliquer les choses. Mais, disons-le, cette crise est surfaite et fabriquée de toutes pièces par un régime, profondément marqué par le patriarcat, qui fait tout pour enfermer la société dans cette éternelle dépendance familiale. En 2009, le Collège national des architectes algériens a fait une enquête où il a été révélé que pas moins de 1,5 million de logements sont inoccupés en Algérie. Et les enfants de leurs propriétaires préfèrent, évidemment, dormir, manger, boire et, au final, penser avec et comme leurs parents.

Jusqu’à preuve du contraire, le régime scélérat n’a pondu aucune loi interdisant aux jeunes de sortir du cocon familiale pour exister de manière autonome. Aucune réglementation n’interdit à nos jeunes, hommes ou femmes, de «migrer» vers des contrées vierges de notre vaste pays afin de conquérir des espaces entiers abandonnés au vide sidéral. Les Etats-Unis n’ont-ils pas été bâtis grâce à une fabuleuse conquête, celle du «Far West» en l’occurrence? En 2015, l’Algérie entière demeure un «Far West». Nos jeunes préfèrent «tuer le temps», au lieu d’élargir leurs horizons, surs qu’ils sont de disposer du gîte et du couvert chez papa et maman. Ce sort d’assisté fait le bonheur du régime, ce dernier sachant pertinemment que l’assistanat est un gage de maintien.

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