Les bénéficiaires des dispositifs ANSEJ, CNAC et ANGEM, en situation d’échec, se sont constitués en coordination nationale et dénoncent un « harcèlement bureaucratique ». Sous pression, certains jeunes endettés ont même essayé de se suicider, apprend-on auprès du porte-parole de la coordination.

L’Ansej, un cadeau empoisonné ? D’ici la fin de l’année, près de 500.000 micro-entreprises auront vu le jour en Algérie grâce à un coup de pouce de l’Etat, depuis le lancement des dispositifs aidés Ansej, Cnac, Angem. Au cours de l’inauguration du Salon de l’emploi (SALEM 2015) à Alger, début avril, le ministre du Travail, Mohamed El Ghazi, a félicité les jeunes algériens qui se tournent vers l’auto-entrepreneuriat, « remède au chômage. » D’après le ministre, 75% des jeunes promoteurs, ayant obtenu un crédit dans le cadre de l’Ansej, Cnac ou l’Angem, sont en situation de réussite. Autrement dit, moins de 30% des bénéficiaires n’ont pas encore commencé à rembourser le prêt qui leur a été accordé.

Ces chiffres ne reflètent pas la réalité, affirme la Coordination nationale des promoteurs de l’Ansej, Cnac et Angem, formée le lendemain de l’élection présidentielle d’avril 2014, toujours en attente d’agrément. « Je reçois quotidiennement des messages de jeunes en difficultés. Il y a tout lieu de penser que le ministre a largement surestimé le nombre de micro-entreprises performantes », considère Amar Tachar, porte-parole de la coordination nationale, contacté ce mercredi 22 avril par nos soins. D’après son mouvement, moins de 20% des bénéficiaires des dispositifs aidés tirent leur épingle du jeu.

Avec la chute vertigineuse des prix du baril de pétrole, qui a perdu deux fois sa valeur sur les marchés boursiers au cours des douze derniers mois, les structures étatiques d’aide à la création de micro-entreprise, financées principalement par la rente pétrolière, font la guerre aux mauvais payeurs. Si certains jeunes ont détourné les sommes allouées à des fins personnelles, comme le reconnaissait le directeur de l’Ansej, Mohamed Zemali, fin 2013, d’autres, plus honnêtes, sont victimes d’un « harcèlement bureaucratique » les empêchant de mener à bien leur projet, déplore Amar Tachar. « La plupart des promoteurs poursuivis en justice sont des victimes, car ils se sont retrouvés dans l’obligation de payer des taxes, notamment la TVA sur leur matériel, des impôts et les remboursements bancaires, alors qu’ils venaient à peine de lancer leur projet. D’autres n’avaient même pas encore entamé leur projet, alors qu’ils devaient payer jusqu’à 50 millions de centimes de dettes et de taxes », explique le porte-parole de la Coordination nationale des bénéficiaires de l’Ansej, Cnac et Angem, en situation d’échec.

Immolation par le feu

Ce « harcèlement bureaucratique » entraînerait des drames humains. À bout, des jeunes promoteurs, criblés de dettes, ont tenté de mettre fin à leur jour en s’immolant par le feu, apprend-on auprès de la coordination nationale. Son porte-parole évoque ainsi, le cas d’un jeune bénéficiaire de l’Ansej, » endetté jusqu’au cou », résidant à Sidi Rached, qui, après la visite d’un huissier de justice, est rentré chez lui, s’est aspergé d’essence et a allumé un briquet. L’incident a eu lieu, il y a plus d’un mois. Aujourd’hui, le jeune homme traîne de sérieuses séquelles.

Pour éviter de nouveaux drames, la Coordination nationale des bénéficiaires de l’Ansej, Cnac et Angem, en situation d’échec, réclame la fin des poursuites judiciaires et la mise en place d’un dispositif d’accompagnement des candidats dans la réalisation de leur projet d’entreprise. « Ce n’est pas normal qu’on donne des sommes aussi importantes à des jeunes, qu’on les abandonne pendant des années et que cinq ans après, on exige un remboursement. Il faut mettre en place un dispositif d’encadrement, un suivi, au mois les premiers mois du lancement du projet », affirme Amar Tachar.