Ma photo week-end

Durant les années 80, Moretti était une station balnéaire ordinaire, très ordinaire. Il suffisait de dépenser  24 000 Da pour louer un bungalow pied dans l’eau pendant tout un été. Une jolie plage, un coin tranquille, une tendre brise marine, des familles heureuses, des couples amoureux. C’est cela Moretti. Du moins celle de ma petite enfance. Celle de la jeunesse de mes parents.

Depuis 1996, ce petit coin de paradis a été «privatisé». Il avait cessé d’appartenir au ministère du Tourisme. Une poignée de dirigeants, d’hommes d’affaires puissants et de hauts gradés de l’armée se sont accaparés des confortables bungalows et des coquettes maisons coloniales. Moretti devient, plus tard, une résidence d’Etat. En réalité, elle est une véritable principauté. On l’appelle, désormais et par dérision, «Santa Moretti».

A «Santa Moretti», tout a été orchestré pour que cette principauté soit uniquement allouée aux riches et puissants de notre pays. Tout commence en 1997, lorsque les 85 maisons coloniales ont été cédées à des prix modiques, à savoir 20 millions de centimes !  Toutes les belles demeures qui s’exhibaient sans gêne à l’astre roi et reluquaient la mer ont été vendues. Seule une maison, celle abritant la brigade de gendarmerie, a été conservée. Ces somptueuses résidences ont été revendues, quelques années plus tard, à des prix dépassant les huit milliards de centimes ! Comment et pourquoi ? Personne ne veut répondre à notre question. Aucune source officielle, ou même officieuse, n’ose dévoiler le moindre document ou interpeller les autorités publiques concernant la reconversion douteuse de cette station balnéaire.

Et pourtant, nous disposons d’une multitude d’informations nous permettant d’interpeller la Justice et les hauts responsables quant au devenir de ces anciens biens publics, cette notion aujourd’hui disparue. Je n’ai pas de preuve concrète pour accuser les gens que je vais citer dans cette chronique. Mon travail d’investigation s’est heurté, une nouvelle fois, à loi de l’omerta, aux pratiques occultes des autorités et à l’étrange passivité  de la justice. Je n’ai pas encore de preuves concrètes. Mais, je dispose de suffisamment d’éléments pour questionner certaines personnalités parmi les plus influentes de l’Etat.

Je ne suis qu’un simple jeune journaliste algérien. Je ne vais donc jouer ni à Zorro ni à Robin des Bois. Je veux uniquement qu’on m’expliquer comment le Général Mohamed Betchine, l’ancien Délégué général à la prévention et à la sécurité (DGPS), issu de la restructuration de la fameuse Sécurité Militaire (SM) et sa fille ont pu acquérir l’une des plus grandes villas de Moretti. Avec quel argent et dans quelles conditions ? Pourquoi eux et pas d’autres Algériens lambda ? Qu’on m’explique comment Chérif Rahmani, gouverneur du Grand Alger avec le statut de ministre à l’époque de la vente des villas de Moretti, s’est retrouvé propriétaire d’une somptueuse maison ? Et pourquoi, en 2015, personne ne peut demander des comptes à l’obscure Hamid Melzi, directeur de l’EGT Sahel qui gère aujourd’hui Moretti? Bien que personne n’a le droit de le salir sans preuve et sans éléments concrets, personne n’a non plus le droit de le soustraire aux enquêtes et investigations.

Monsieur Hamid Melzi, plusieurs de mes sources affirment que vous êtes propriétaire de trois maisons, à vote nom propre ou à celui de membres de votre famille, à Moretti. Certains de vos détracteurs vous accusent de  vous être accaparé d’une luxueuse résidence restaurée par des équipes chinoises. Les travaux auraient été financés par les deniers publics de l’Etat, notre Etat. Répondez, rendez des comptes à vos concitoyens! Il est certes difficile de prouver ces informations, en raison de l’opacité qui entoure la gestion de la résidence d’Etat du Sahel. Cependant, en tant que commis de l’Etat, Hamid Melzi a le devoir de nous fournir des comptes. Au nom de quelle logique, aucun Algérien ne peut savoir ce qui se trame à Moretti et Club des Pins ? Au nom de quelle morale, éthique ou raison d’Etat, personne n’a le droit de regard sur le fonctionnement de ces résidences dédiées à nos dirigeants ?

Je n’ai rien contre vous monsieur Hamid Melzi. Je ne vous connais même pas. Mon éducation, mon patriotisme, me dicte le devoir de vous respecter. Mais ils me dictent aussi l’obligation de vous interpeller en tant que journaliste.

A «Santa Moretti», Amar Saidani dispose d’une maison. Le général Toufik aussi. Mohamed Raouraoua n’est pas du reste. Le président de la Fédération algérienne de Football (FAF) a, en effet, lui aussi acquis une résidence. Mes sources précisent qu’il négocie l’acquisition d’une seconde maison. Ces opérations sont-elles conformes à la loi ?

Simple question. Légitime question. Pourquoi aucun juge algérien n’est parti contrôler la gestion  des  appartements du fameux Hôtel Minzah construit par Fernand Pouillon à partir de 1966 ? A Moretti, quasiment tous les commerces ont été fermés. Mais depuis peu, nous assistons à un début de réhabilitation. Qui seront les futurs acquéreurs de ces précieux locaux ? Vont-ils subir une privatisation sauvage et brutale comme celle des maisons coloniales entre 1996-1997 ? Le célèbre restaurant l’Hacienda, situé en face de la petite poste à la sortie de Moretti, que deviendra-t-il? A quel homme riche ou puissant va-t-il être cédé ?

A «Santa Moretti», tout se décide sans tenir compte d’une quelconque règle. A «Santa Moretti», on se joue comme on veut des biens de l’Etat. A «Santa Moretti», on ne reconnaît presque plus l’Etat. C’est une véritable principauté au sein de l’Etat. Le nôtre. Enfin celui qui nous appartenait avant qu’il ne soit privatisé…

Notez cet article