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Enfin une position courageuse. Le ministre du Commerce, Amara Benyounes, s’attaque frontalement aux lobbies des importateurs. Il vise principalement les concessionnaires automobiles et reconnaît publiquement que ce sont les plus grands vendeurs de voitures en Algérie, qui paient le moins leurs impôts. «Cela veut dire que leurs marges bénéficiaires sont faites à l’étranger», nous éclaire le ministre.

 Eclairage ? Non, pas vraiment. Révélation ? Non plus. Et pourquoi ? Parce que tous les banquiers algériens et experts dignes de ce nom savaient, depuis longtemps, que les concessionnaires automobiles ont inventé des mécanismes financiers complexes pour transférer des devises à l’étranger. Le mécanisme s’appelle les « transfer pricing ». Comprendre: les prix de transfert. Il s’agit de transactions intragroupes auxquelles recourent les multinationales pour délocaliser leurs bénéfices sans subir les prélèvements fiscaux effectués par les Etats. Les concessionnaires automobiles ont privé ainsi l’État algérien de la juste part qui lui revient pour financer la dépense publique.

Amara Benyounès a donc totalement raison de se s’indigner et de menacer. Cependant, pourquoi maintenant ? Et pourquoi s’en prendre uniquement aux concessionnaires automobiles à capitaux étrangers comme Peugeot, Renault ou Toyota ? Ces concessionnaires sont dans la ligne de mire à juste titre parce qu’ils indexent les prix de leurs véhicules neufs sur le marché parallèle tout en important au prix du marché réel. Une combine qui leur permet de transférer des devises et de contourner la très complexe législation algérienne en matière de contrôle des changes et de transferts des devises.

Ces vérités, de nombreux experts algériens les savaient déjà. Beaucoup d’entre eux avaient averti les autorités qui regardaient, pendant des années, les étranges bilans financiers de ces concessionnaires contenant des chiffres d’affaires mirobolants, mais très peu de bénéfices. Pire, ils se déclaraient déficitaires aux services du fisc algérien. En 2015, l’Algérie se réveille enfin. Tant mieux! Ce sursaut d’honneur mérite d’être salué et encouragé car il y va de l’avenir de nos finances. Cependant, l’indignation à deux vitesses d’Amara Benyounes n’est pas exempte de craintes.

En effet, le ministre du Commerce ne s’est pas du tout intéressé à la situation et aux combines des concessionnaires à capitaux algériens, tels Sovac ou Cima Motors. Pourtant, ces concessionnaires ne sont guère transparents comme tendent à nous le faire croire certains médias et certains lobbies qui leur sont favorables. Amara Benyounes peut-il nous dire si Sovac de Mourad Oulmi paie comme il se doit ses impôts ? Sovac verse-t-il aux caisses de l’Etat algériens toutes les ressources fiscales que lui exige la loi ? Étrangement, comme presque Renault, Peugeot ou Toyota, au 31-12-2014, Sovac avait annoncé un bilan financier déficitaire, a-t-on appris de sources fiscales. Des pertes étonnantes alors que les véhicules Volkswagen, Seat, Audi ou Skoda, les marques commercialisées par Sovac en Algérie, sont très prisées par les Algériens et se vendent plutôt bien. Où sont passés donc les bénéfices de Sovac ?

Comme la filière algérienne de Renault et de Peugeot, Sovac achète directement auprès du constructeur, à savoir Volkswagen. Il vend même une quantité considérable de véhicules à la police algérienne. Et pourtant, on ne voit presque pas ses bénéfices. Plus grave encore, un autre concessionnaire algérien,  Mahieddine Tahkout, le propriétaire de Cima Motors, un concessionnaire multi-marques, avait accusé publiquement, dans les colonnes du quotidien Ennahar, le patron de Sovac de cacher ses bénéfices à l’étranger. Amara Benyounes a-t-il enquêté ? Pas si sûr!

Alors simple question que tous les fiscalistes algériens se posent : où sont passés les rétrocessions sur le chiffres d’affaires réalisés par Sovac ? N’ont-elles pas été touchées à l’étranger par les actionnaires de cette société sans qu’elles ne soient jamais rapatriées ? Une véritable enquête s’impose, car cela implique un non-payement de plusieurs taxes pour le fisc algérien. Un manque à gagner pour le Trésor Public.

Oui, il n’y a pas que Renault, Peugeot et Toyota qui flirtent avec l’illégalité. Mais Mourad Oulmi, le patron de Sovac, est l’un des plus important bailleurs de fonds du quatrième mandat. C’est un secret de polichinelle. Amara Benyounes n’osera donc jamais l’épingler. Idem pour Mahieddine Tahkout qui achète ses véhicules auprès des centrales d’achats, des organismes très peu recommandables internationalement parce qu’ils permettent régulièrement de recourir à la technique des prix de transfert. Mais, Tahkout est aussi parmi les bailleurs de fonds du quatrième mandat. Et donc intouchable.

Par ailleurs, l’association des concessionnaires ne publie jamais les bilans de tous les concessionnaires. Et comme par hasard, cette association est présidée par qui SVP ? Un certain Mourad Oulmi, patron de Sovac. Tout le monde est acquis à la transparence et au respect de loi. Mais que ces principes s’appliquent à tout le monde, sans exception. Y compris les bailleurs de fonds du quatrième mandat.

 

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