Le coordinateur des imams et des fonctionnaires du ministère des Affaires religieuses et des Waqfs demande la mise en place d’une “police des mœurs” pour mettre fin, selon lui, “au harcèlement sexuel” provoqué par “des tenues dépravées” que portent les femmes à la plage.

En soi, l’information ne présente aucun intérêt. Mais n’empêche ! Il faut la prendre comme une énième alerte car tout ce qui est excessif est dangereux. D’autant plus que cela concerne des problèmes de société, qui plus est, venant de milieux allergiques à la liberté d’expression et réputés peu enclins au débat d’idées. Elle contient quatre messages dans lesquels on relève dans l’ordre : l’imposture, l’ineptie, l’hypocrisie et l’outrance.

L’imposture, on la débusque  quand on détaille les attributions de Monsieur le coordinateur qui s’apparentent à de l’usurpation de titres et de fonctions. « Coordonnateur des imams et des fonctionnaires », cela suppose des qualités de modération, de compétence professionnelle, de connaissance du milieu social, et de neutralité indiscutable ; toutes considérations qui auraient permis, soit son élection par l’ensemble des personnels du ministère à la suite d’un exercice démocratique que les Suisses pourraient nous envier, soit sa nomination par le Ministre pour les mêmes raisons. Soyons sérieux !

L’ineptie c’est quand on parle de « police des moeurs ». Vouloir imiter la péninsule arabique après en avoir importé les tenues vestimentaires et des boniments d’un autre âge, en confiant à des hommes prêts à en découdre, l’uniformisation de la silhouette féminine et un niveau tolérable de lubricité des regards mâles, c’est ce qu’on appelle de l’ineptie. On voudrait infantiliser la femme et bestialiser l’homme qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Et Dieu dans tout cela ? Et le libre arbitre ? Et tous les versets du Coran qui disent tout à fait le contraire puisque l’islam laisse à chacun de nous le choix de son comportement en toute responsabilité et en toute connaissance des droits et des devoirs du croyant ?

L’hypocrisie c’est quand on rend la femme coupable de harcèlement sexuel. Si l’on en croît notre représentant des imams, les femmes algériennes passent leur temps à nous envoyer des œillades, à prendre des poses suggestives dès qu’elles nous voient, à nous poursuivre de leurs compliments sur notre physique et à nous abreuver de déclarations d’amour ou d’invites lubriques. Décidément nous ne vivons pas dans le même monde. L’hypocrisie c’est quand le bourreau se fait victime et qu’il reproche à la femme d’être attirante quand ça ne l’arrange pas. C’est quand le mâle est fier d’être mâle et qu’il reproche à la femelle d’être femelle quand il n’en veut plus. Voilà qu’on se retrouve à utiliser des termes animaliers par la faute de ces nouveaux inquisiteurs qui font de la femme une femelle et de l’homme un mâle et rien d’autre.

Et enfin l’outrance, quand ce monsieur nous parle de « tenues dépravées ». On imagine naturellement tout l’attirail vestimentaire façon cinéma. Depuis les mini-jupes jusqu’au jean très serré en passant par les poitrines à moitié dénudées, le monokini, les strings, les maquillages sophistiqués ou vulgaires et les démarches chaloupées, faites de déhanchements à faire chavirer plus d’un. Décidément, nous ne vivons pas dans le même pays.

A moins que ce monsieur ne supporte pas les femmes qui ne portent pas le voile, qui font du sport, qui s’adaptent à la vie moderne, qui nagent sans complexe, qui ne se départissent jamais de la bonne éducation qui englobe aussi bien la décence vestimentaire que celle du langage et du comportement. A moins que ce monsieur veuille nous imposer un monde où la femme ne sera jamais qu’une faiseuse d’enfants, cuisinière, lessiveuse, repasseuse, obéissante au doigt et à l’œil, docile, soumise et scellant définitivement son sort à celui d’un mari irréprochable, lui, comme de bien entendu.

A moins que ce monsieur ne rêve d’un pays qui ressemble en tous points à celui de cette péninsule qui lui a inculqué des avatars d’une religion triturée et défigurée au point de rabaisser la femme à un niveau que la bonne éducation et la décence nous interdisent de nommer. Disons-le tout net. Son rêve ne se réalisera pas parce que l’Algérie a repoussé plus fort que lui, plus fort que ses mentors et plus fort que ses maîtres à penser.

Aziz Benyahia

Notez cet article