Les altercations entre les familles de patients hospitalisés et le personnel médical sont devenues monnaie courante dans les centres de soins algériens. En cause, notamment, la saturation des établissements hospitaliers du pays.

Jeudi 21 mai, 11H. La scène se déroule dans les couloirs du service des urgences respiratoires de l’hôpital de Béni Messous, à Alger. Alors que le médecin traitant annonce à un homme le décès de sa mère, hospitalisée le dimanche 17 mai, ce dernier sort de ses gonds. L’individu crie : « sbitar b’el maârifa » (le piston même dans les hôpitaux!), avant d’agresser physiquement le médecin, qui a soigné sa mère. Dans un excès de colère, l’homme frappe violemment un collègue du médecin de sa mère, qui a tenté de s’interposer. Neutralisé par les services de sécurité de l’hôpital, il parvient à échapper à leur vigilance et revient à la charge avant que les policiers du commissariat de Béni Messous finissent par l’arrêter. Le service des urgences respiratoires de l’hôpital de Béni Messous retrouve alors son calme précaire.

Cet incident n’est effectivement pas un cas isolé. D’après le personnel de l’hôpital de Béni Messous, les altercations de ce genre dans l’enceinte hospitalière, notamment au niveau du service des urgences respiratoires, sont devenues « très fréquentes ». « Les agressions verbales sont quotidiennes. Désormais, les agressions physiques sont aussi courantes », témoigne l’étudiant de 29 ans, qui est venu au secours de sa collègue jeudi dernier. Il se trouve actuellement en arrêt de travail. « Il m’a fracturé le nez. Le médecin légiste m’a prescrit 30 jours de repos », précise le jeune médecin, qui a requis l’anonymat.

Ce dernier décrit un climat de travail pour le moins « insupportable ». Il raconte ainsi qu’un agent de sécurité a été agressé par la famille d’un patient vendredi 15 mai. Il s’en est sorti avec une fracture du pouce, malgré tout, il n’a pas souhaité porter plainte, indique encore l’étudiant en médecine.

Pourquoi les agressions contre le personnel médical se multiplient ? L’une des explications avancée par les concernés : la saturation des services hospitaliers dans lesquels ils travaillent. Il faut ainsi savoir que le service des urgences respiratoires de l’hôpital de Béni Messous est le seul du pays. De l’aveu même du chef de service, les médecins de ce service sont « dépassés ». « Ici, on reçoit des malades de toute l’Algérie. Je ne vous cache pas que certains malades restent parfois plusieurs jours sur une chaise faute de lits vacants », raconte encore le jeune médecin agressé.

Ce fléau commence à s’enraciner malgré les manifestations récurrentes des praticiens de la santé pour interpeller les pouvoirs publics. Mais la réponse des autorités concernées est restée jusqu’à aujourd’hui au stade d’annonce. Les familles des patients, soignés dans des conditions difficiles, continuent ainsi à reporter leur colère sur leur premier interlocuteur, à savoir le médecin.

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