Le directeur de la chaîne TV4 a été suspendu de son poste en attendant les délibérés de la justice dans l’affaire de harcèlement sexuel contre trois journalistes. Le milieu associatif est très mobilisé en attendant le verdict prévu pour le 14 octobre.

Le procureur a requis 1 an de prison ferme contre Said Lamrani / DR

Plusieurs associations ont été très présentes pour soutenir les 3 journalistes qui ont porté plainte. Parmi elles, Soumia Salhi, présidente de la Commission des femmes travailleuses et de l’Association pour l’émancipation de la femme (AEF). Dans une interview accordée à TSA, elle estime que  » ce procès est une victoire précieuse parce que nous avons réussi une campagne sur cette affaire mobilisant les collègues journalistes, les militantes. Cela a donné un écho important dans les médias, sur internet. »

Le procureur a requis à l’encontre de Saïd Lamrani, un an de prison ferme et 10 000 dinars d’amende. la présidente de l’AEF explique que « c’est le maximum prévu par la loi. Je crois que cela traduit la clarté qui a résulté des témoignages accablants. Pour les victimes c’est déjà une victoire morale inestimable. »

Elle aurait toutefois préféré une réactivité de la part de la chaîne de télévision:   » que l’entreprise anticipe la décision du tribunal et se porte partie civile. Cela fait des années que ça dure. Imaginez le calvaire des plaignantes qui attendent depuis des mois et qui sont restées confrontées à leur bourreau qui disposait de toutes ses prérogatives administratives. »

Le harcèlement doit passer de la sphère privée à la sphère publique

La militante souligne un problème ancré dans la justice sur les cas de harcèlement sexuel : la difficulté de porter plainte. Par manque de preuve, pression professionnelle ou menaces les victimes ne se sentent pas toujours le courage d’aller jusqu’au bout des poursuites judiciaires.

Soumia Salhi explique qu' »en général, les faits survenus dans le secret d’un bureau sont plus difficiles à prouver. Dans notre cas, la suspension, bienvenue, permet d’éviter que le détenteur d’autorité en profite pour isoler sa victime. On a évité aussi les représailles administratives contre les témoins. Nous demandions la protection des témoins, et l’inversion de la charge de la preuve. Cela reste notre demande. »

Elle rappelle combien il est important d’en parler, afin que ce genre d’affaire ne se reproduise pas. « Le harcèlement sexuel ne doit pas être considéré comme une affaire privée relevant des atteintes aux bonnes mœurs, c’est une agression contre les personnes qui doit être jugée publiquement. »

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