Un simple abris de fortune fait de bâche, de sacs en plastique, de couvertures et de bois ramassés dans les décharges. C’est dans cette baraque qu’une famille algérienne, qui a perdu son domicile, chassée par des dizaines de policiers suite à une décision de justice qui les expulse de leur immeuble pour le redonner à des anciens colons évangélistes, vit désormais. 

Le drame de la famille Haddad, des descendants directs de Cheikh El-Haddad, l’une des plus importantes figures révolutionnaires dans l’histoire de l’Algérie, a ému toute la ville d’Oran. A la rue Saint-Pierre, personne n’est restée indifférente face au malheur de ces parents et de leurs 5 enfants qui ont perdu leur chez-soi parce que la justice de leur pays, indépendant depuis plus de 50 ans, a décidé de restituer leur maison à une association cultuelle, l’assemblée de Dieu d’Oran, évangéliste dont les membres sont des anciens colons français.

“Nous sommes issus d’une famille révolutionnaire qui a tout donné à l’Algérie. Nous avons été réprimés, maltraités, torturés et pourchassés pendant le colonialisme parce que nos aïeux ont dit non à la barbarie coloniale et à l’invastion française de l’Algérie. Et aujourd’hui, au moment où nous savourons notre indépendance, nous sommes expulsés de chez-nous après une plainte déposée par des anciens colons. C’est toute l’Algérie qui est déshonorée”, s’indigne le père infortuné de cette famille qui ne comprend pas comment des policiers algériens ont osé le mettre à la rue lui et ses enfants pour remettre les clés de sa maison à des anciens colons. Abandonnés à leur sort, les membres de cette famille subissent les affres de la rue depuis près d’un mois et demi. Leur expulsion est passée sous silence dans un pays qui a fêté récemment le cinquantenaire de son Indépendance en grande pompe.

Pour sa part, le président du bureau d’Oran de la Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’Homme, crie au scandale et tente de venir au secours de ces Algériens déshérités. La mère de famille qui souffre de deux maladies chroniques lance chaque jour des cris de détresse. Quant aux cinq enfants, dont le plus jeune est toujours en bas âge, peinent à cacher leurs souffrances et la douleur obscurcit leur lucidité. Le grand malaise que leur procure l’injustice dont ils ont été victimes les empêche de dormir la nuit en sachant qu’ils n’ont que la rue pour refuge.

Les habitants de Saint-Pierre à Oran se mobilisent pour venir en aide à ces sans-abris pour les soulager. Mais cette famille a juré de camper devant son ancienne maison jusqu’à ce qu’elle récupère son bien. Un bien naguère vacant et qu’il devait être intégré aux biens de l’Etat 5 ans après l’Indépendance comme le prévoit les accords d’Evian puisque les anciens colons ont abandonné cet immeuble durant toutes ces années. Ces évangélistes n’ont refait surface qu’à l’aube des années 2000 pour réclamer leur ancienne propriété en mettant en exergue un ancien document administratif datant des années 50 prouvant que le vieux bâtiment leur revient de droit. Déboutés par la justice à Oran, c’est la Cour Suprême à Alger qui a fini par donner raison aux anciens colons lorsque ces derniers ont intenté un pourvoi en cassation.

Et au final, l’assemblée de Dieu d’Oran a fini par gagner son bras de fer. Expulsée de leur maison, la famille Haddad ne possède désormais que ses désillusions et l’espoir qu’un jour nos autorités vont se raviser pour rectifier cette immense injustice.