Par F | février 3, 2010 10:21

De l’Islam à l’islamophobie, il y a l’émergence d’une nouvelle-ancienne peur qui resurgit tel un fantôme fuyant le champ de bataille d’une croisade qui finalement n’a jamais été terminée. Cette peur continue depuis d’angoisser et épouse selon les époques et les périodes les contours d’une notion toujours en liaison avec une forme de racisme qui ne dit pas toujours son nom.
Ainsi, des croisades menées en Terre Sainte au colonialisme européen au XIXème siècle en passant par la Reconquista et l’inquisition de la très catholique reine Isabelle d’Espagne, l’islamophobie a fait le lit d’un sentiment quasi pérenne d’abhorration et de rejet de l’Islam et des musulmans.
Voltaire et Renan sont aussi passés par là !

Par ailleurs, l’Eglise a joué dans ce sens un rôle de premier ordre (voir à ce sujet son action d’évangélisation des indigènes durant la colonisation et le rôle de ses missionnaires plus particulièrement en Algérie, en Afrique et dans le Levant).

Paradoxalement, c’est lors de cette période caractérisée par la colonisation que cette notion d’islamophobie est apparue dans certains écrits pour dénoncer ce sentiment raciste qui guidait les colonisateurs. Le mot serai ainsi apparu pour la première fois dans quelques ouvrages du début du XXème siècle. On peut citer entre autre « La politique musulmane dans l’Afrique Occidentale Française » d’Alain Quellien publié en 1910, suivi de quelques citations dans la Revue du Monde Musulman en 1912 et 1918, la Revue du Mercure de France en 1912, « Haut-Sénégal-Niger » de Maurice Delafosse en 1912 et dans le Journal of Theological Studies en 1924. L’année suivante, Etienne Dinet et Slimane Ben Brahim, employaient ce terme qui «conduit à l’aberration » dans leur ouvrage « L’Orient vu par l’Occident ».

A cette époque de colonisation et d’exploration, les européens ne connaissaient pas grand chose de cette religion. Ils auraient seulement gardé à l’esprit, comme une croyance dure comme fer, certains stéréotypes que certains pseudo-scientifiques des théories racialistes se sont empressés de théoriser : pour réduire et rabaisser encore davantage les vaincus et donner les moyens scientifiques aux politiciens et aux militaires pour mener à terme la colonisation et l’exploitation des peuples « soumis ». Une aubaine dans l’escarcelle de la civilisation ! L’histoire montrera par la suite que les « soumis » n’étaient pas le reflet réel de cette vision réductrice. Ni les armes ni la propagande coloniale ne sont venus à bout ni de leur volonté de vivre en hommes libres ni de leur foi.

Puis, il y eut le 11 septembre 2001, un vrai cataclysme. Le big-bang d’une nouvelle ère prophétisée par quelques illuminés du « choc des civilisations ». Désormais, la porte est ouverte à tous les amalgames. L’Islam est vu comme une religion belliqueuse, radicale, terroriste. Mais pas seulement.

En effet, les errements médiatiques, soutenu par les nouveaux philosophes, nouveaux prophètes très « cathodiques » s’en vont verser chacun sa diatribe et surtout des mots lourds de sens frappant les esprits et réveillant les vieux démons de l’apocalypse. Mais pour le commun des mortels, en Europe, en Amérique et ailleurs hors de la sphère arabo-islamique, les peurs et les craintes doivent porter un visage, une connotation de nom, une couleur, des attributs, etc. Le bouc émissaire est tout trouvé : c’est l’étranger musulman. Qu’il soit émigré ou naturalisé, il sera vite stigmatisé et avec lui ses lieux de culte et ses rituels.
Et là aussi, il se trouvera des intellectuels et des « faiseurs de l’opinion » pour « profiler » le caractère suspect du type musulman : sa langue, ses codes, son hermétisme génétique à toute évolution « moderne » et son impossible « désintégration ».

Les médias américains ont excellé dans cet art et puis les autres ont suivi. Comme d’habitude. Les néoconservateurs, les évangélistes et les sionistes dans une parfaite collusion mystique, ont déployé leur « génie » pour imposer une guerre totale au terrorisme et impliquer les États-Unis dans des calculs géostratégiques qui allient objectifs militaires, économiques et … religieux : la résurrection du Christ en Terre Sainte pour sauver l’humanité ne viendra que quand le peuple juif aura regagné la terre promise …

Et puis, de glissements sémantiques en aberrations historiques, l’Occident se construit cet ennemi intérieur, porteur de terreur et destructeur de valeurs et d’identités occidentales. Les médias « médiatisent » les propos et les politiciens s’engouffrent dans la faille ouverte. Et ce n’est jamais de bon augure !
L’émigré, l’étranger non communautaire (non issu de l’Union Européenne), le « français issu de l’immigration » sont stigmatisé par un discours confus, touffu de clichés, tissé de déraison, où la généralisation de minables faits divers devient la norme et la caractéristique principale d’une catégorie de la population.

Cette construction médiatique vise à entretenir une phobie et à la nourrir pour faire douter de la volonté de cette catégorie à s’intégrer dans les sociétés d’accueils et à vivre tout simplement sans susciter de craintes ni de malaise.
Le débat en France autour de l’identité nationale en est un exemple flagrant. Car que constate l’observateur attentif de cet « événement » ? Tout simplement que l’identité des français ne peut se concevoir qu’en opposition aux autres identités non judéo-chrétiennes qui la composent. Ce débat est quasi consacré aux questions d’émigration et surtout à la religion d’une partie de ces « français de papiers », « français en papier » dont le souhait le plus profond est de vivre pleinement sous la bannière de la République en vivant peut-être leur foi (car ils ne sont pas tous pratiquants ni croyants) et ce petit quelque chose hérité de la tradition des parents. Comme le font, sans que l’on crie à la menace sur les fondements de l’identité française, les portugais, les italiens, les espagnols, les polonais, les russes, les arméniens, qu’ils soient catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, athées ou agnostiques, etc.

La République laïque serait-elle à ce point coincée et hésitante pour donner à tous ses citoyens les moyens de la raison en repoussant les spectres de la passion et de la phobie. Car à force de stigmatiser, c’est dans la gueule du loup que l’on rejettera une partie de ce qui la compose dans sa diversité et ses richesses.
C’est vrai que le monde se transforme sous nos yeux et peut-être même que pour la première fois dans son histoire l’Occident ne détient pas toutes les clefs de cette mutation, ne maîtrise pas entièrement la situation, d’où une crainte excessive de la culture de l’étranger, de la religion de l’autre, surtout quand il vit en son sein, en fut-il citoyen !

Enfin, il faut ajouter d’autre part que la posture victimaire ne rend pas service aux stigmatisés. Il y également de ce côté-ci des remises en cause et des critiques à appeler. L’entente cordiale entre l’Islam et l’Occident doit nécessairement passer par une Réforme de la pensée musulmane dont les valeurs sont également bousculées par la Mondialisation des rapports et des relations entre les hommes et les nations.

Dahou Ezzerhouni



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