foo L’équipe nationale de football a fini par arracher sa qualification au Mondial de 2010. Mais au-delà du sport, et au moment où la machine officielle à récupérer l’évènement pour le compte du pouvoir tourne à plein régime, la séquence que nous venons de vivre s’avère extrêmement riche d’enseignements, pour tous ceux qu’intéressent le devenir politique de notre pays. En voici quelques uns.

C’est le régime de Moubarak qui est responsable et non le peuple égyptien

En dépit de grandes différences entre eux, les régimes politiques égyptien et algérien sont tous deux autoritaires et non démocratiques. Cela autorise-t-il, dans l’affaire qui nous concerne, à les renvoyer dos à dos, à décréter par un effet de fausse symétrie qu’ils portent la même part de responsabilité ? Nous ne le pensons pas. On se rappelle en effet que les joueurs de l’équipe nationale égyptienne furent accueillis avec des roses à Blida. Aucun incident, aucune agression ne se produisirent avant, pendant ou après le match. Jamais l’événement ne sortit de son cadre sportif. Il en fut tout autrement au Caire, où les joueurs et le staff de l’équipe nationale puis ses supporters tombèrent dans un véritable traquenard.

Le responsable de cet état de fait est le régime policier de Hosni Moubarak qui sévit au Caire et qui avait les moyens d’empêcher les graves dérapages des médias locaux privés et surtout publics. Non seulement il ne l’a pas fait, mais il a au contraire jeté de l’huile sur le feu en vue de conditionner son opinion publique et de dévoyer le fort mécontentement social et politique du peuple égyptien en l’orientant vers un « ennemi extérieur » à sa portée, l’Algérie. Qui peut croire que de simples citoyens égyptiens auraient pu s’attaquer impunément aux joueurs de l’équipe nationale et aux supporters algériens, puis à l’ambassade, s’ils n’avaient pas reçu le feu vert latent ou, pis encore, s’ils n’y avaient pas été encouragés en sous-main par les autorités ? On sait que les Egyptiens, qui subissent un régime policier où la torture est monnaie courante dans les commissariats de quartier, sont majoritairement opposés à la soumission de leur pouvoir à Israël, aux Etats-Unis et à l’Union européenne. Pourtant, les Israéliens peuvent venir faire du tourisme en toute tranquillité sur les bords du Nil et de la mer Rouge. La redoutable police égyptienne veille au grain, contre son propre peuple.

Evidemment, il ne s’agit pas d’excuser les supporters égyptiens, ou les policiers égyptiens déguisés en supporters, qui ont directement agressé les Algériens sur place. Mais il s’agit de dire à notre opinion publique que ceux qui, parmi eux, étaient sincères, sont autant coupables que victimes. Car ils sont aliénés, chauffés à blanc et préparés, par le puissant appareil de propagande du pouvoir de Moubarak, à « casser de l’Algérien ». Quand des gens logent toute leur vie dans des cimetières, survivent de petits boulots ou de petits trafics, quand ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts et n’ont aucun avenir social, il est extrêmement facile de les monter contre un ennemi imaginaire forgé de toute pièce en vue de faire oublier les difficiles conditions d’existence et l’oppression quotidiennes. Le régime égyptien le fait depuis des années contre la résistance libanaise menée par le Hezbollah, l’Iran et les chiites… pour le compte de ses maîtres américains et de ses amis israéliens. Il l’a fait contre l’équipe algérienne à l’occasion du match du Caire en vue de créer une unité nationale factice autour d’un régime corrompu et personnel qui prépare la succession du Roi Moubarak.

Il ne faut pas rentrer dans son jeu car lui seul a intérêt à ce que les peuples algérien et égyptien se détestent et se livrent une guerre verbale et une guéguerre de quartier à l’occasion de chaque rencontre sportive. Le peuple qui a enfanté des Taha Hussein, Djamel Abdennasser, Cheikh el Imam, Ahmed Fouad Nadjem, le général Saad Eddine Chazli, Henri Curiel, Youcef Chahine et autres Neguib Mahfoud ne peut être notre ennemi. Les Algériens doivent savoir que d’illustres voix égyptiennes se sont élevées contre la campagne anti-algérienne du régime Moubarak. Elles furent étouffées. Ce sont elles qui expriment le sentiment profond du grand peuple égyptien et qui doivent nous éviter de tomber dans la haine à l’égard de ce peuple.

Il convient de refuser l’escalade et le déchaînement des passions nationalistes chauvines. Israël se frotte ouvertement les mains de l’antagonisme qui se crée entre les deux pays. Il faudra travailler dur pour reconstruire l’unité des deux peuples algérien et égyptien sur la base de leurs intérêts communs contre l’impérialisme en défense de leur indépendance économique et politique nationale, de la justice sociale et de la démocratie.

La responsabilité de la FIFA et de la CAF

A la suite de l’agression des joueurs et du staff de l’équipe nationale devant leur hôtel au Caire, la FIFA et la CAF auraient très bien pu enrayer la machine infernale déclenchée par le régime policier et corrompu de Moubarak. Il aurait simplement fallu que ces deux institutions « sportives » fassent preuve de fermeté et qu’elles respectent leur propre règlementation. Mais il faut là aussi le réaffirmer sans détour à tous les supporters sincères de l’équipe nationale et à tous les amoureux du ballon rond : cela fait belle lurette que la coupe du monde de football et les jeux olympiques ne sont plus des événements sportifs, s’ils le furent d’ailleurs un jour… La FIFA et le CIO sont des multinationales qui brassent des milliards de dollars annuellement. Le sport n’est qu’un prétexte, une affaire qui profite aux grands bonnets du football mondial ou de l’ « olympisme » et à leurs sponsors. Cela fait longtemps que l’esprit du sport à quitté les compétitions internationales. Les transferts de joueurs aussi faramineux qu’indécents, les compétitions truquées, les champions dopés, voilà la réalité actuelle du sport mondial. Aucune sphère de la vie sociale n’échappe à la logique capitaliste qui gouverne le monde. Pas plus le sport qu’un autre domaine. Est-il normal qu’un joueur de football, véritable gladiateur des temps modernes dont la fonction est d’amuser le peuple en le détournant de son malheureux quotidien, soit vendu à des dizaines de millions d’euros par des clubs de football qui ne sont que des entreprises financières, alors que des milliards de personnes sont victimes de famine, d’épidémie, n’ont pas accès à l’eau potable, survivent dans des bidonvilles, n’ont pas de revenus ?

A l’heure de la domination néolibérale, le football international constitue une fabuleuse poule aux œufs d’or. Il constitue également un moyen d’encadrement et de contrôle des masses en général et de la jeunesse en particulier. Il ne peut de ce fait échapper au politique. Aujourd’hui, le football association est dominé par les pays européens qui s’appuient en retour sur leurs alliés politiques dans les pays du tiers-monde. Dans ce système, le régime égyptien occupe une place de choix. C’est un allié docile des grandes puissances impérialistes et il dispose d’un poids surfait au sein de la CAF. Il bénéficie également du soutien total des instances officielles de la FIFA. Blatter a déclaré il y a quelques mois qu’il n’envisageait pas la coupe du Monde en Afrique du Sud sans l’Egypte. Il s’agit là de l’expression de ses intérêts et non de simples sentiments. Blatter ne s’intéresse nullement au sort de la majorité des Egyptiens qui vivent dans la misère et sont écrasés par la dictature pro-sioniste de son ami Moubarak.

La lourde responsabilité du pouvoir algérien

Devant l’attitude criminelle du régime Moubarak et le silence complice de la FIFA et de la CAF, nos gouvernants auraient très bien pu, eux aussi, stopper l’engrenage infernal dès l’incident du car à l’hôtel du Caire. Il aurait fallu pour cela qu’ils fassent preuve de fermeté, qu’ils démontrent, en actes et non plus en discours, que « l’Algérie est revenue sur la scène internationale comme pays respecté ». Ils ont préféré adopter un profil bas. Au lieu de prendre la parole publiquement, comme savent ou savaient le faire les grands politiques (Fidel Castro, Hugo Chavez, Djamel Abdennasser, Houari Boumediene…) et d’exiger du régime Moubarak qu’il assure la protection de ses hôtes algériens et de la FIFA qu’elle annule le match du Caire ou impose le hui clos, ils se sont tus, abandonnant, comme l’ont très bien rapporté les médias nationaux, les joueurs et les supporters à la vindicte et aux agressions fomentées par la dictature de Moubarak. La télévision officielle, l’Unique, aux mains du régime n’a même pas été capable de montrer les images de l’attaque contre le car qui transportait les joueurs alors que ces images circulaient sur toutes les télés et sur internet.

Cette faiblesse de nos dirigeants, au moment crucial, a encouragé les agresseurs qui se sont fait passer pour des victimes. Puisque les joueurs et les supporters algériens étaient ainsi abandonnés, ils pouvaient s’en donner à cœur joie. Les sbires du régime policier de Moubarak ne se sont pas fait prier pour redoubler d’agressivité à l’égard de civils venus en pays frère.

La faiblesse de nos dirigeants a fait d’autres victimes, les Egyptiens habitants dans notre pays dont certains ont failli se faire lyncher à M’Sila et ailleurs par des foules qui voulaient se faire justice elles-mêmes devant l’absence de réaction officielle digne de ce nom. Il ne s’agit pas, là aussi, d’excuser ceux qui ont assiégé les domiciles de familles et de travailleurs égyptiens ou qui les ont menacés. Leur attitude chauvine voire raciste est inadmissible et ne doit pas être tolérée ni justifiée mais combattue. Il convient cependant, là aussi, d’affirmer que la responsabilité première de ces incidents incombe à nos dirigeants. S’ils avaient pris l’affaire en main dès le départ en indiquant clairement la responsabilité du régime égyptien et en expliquant que le peuple égyptien n’était pas responsable de cette dérive, les résidents égyptiens en Algérie n’auraient pas été inquiétés. Et si nos dirigeants avaient fait preuve de davantage de fermeté et de vigilance, depuis des années, à l’égard du groupe Orascom qui s’est installé en Algérie en terrain conquis – au détriment de l’opérateur public national Mobilis –, qui a cessé depuis deux années d’investir pour rapatrier ses fabuleux bénéfices et qui a vendu dans des conditions inadmissibles ses cimenteries au groupe Lafarge en contrepartie d’une entrée dans le conseil d’administration de cette société, la « rue algérienne » ne s’en serait sans doute pas pris aux boutiques Djezzy.

Mais peut-on demander à un régime qui a bradé El Hadjar, Asmidal, les ports d’Alger et de Djen Djen et qui était même prêt à brader les réserves pétrolières du pays d’adopter une attitude ferme à l’égard du régime dictatorial du Caire ? La fermeté, nos dirigeants la réservent aux travailleurs de l’éducation en grève tabassés sauvagement par la police pour s’être pacifiquement rassemblés devant « leur » ministère pour rappeler de légitimes revendications. La fermeté, ils la réservent aux habitants d’El Ançor qui se révoltent contre les atteintes à l’environnement qui provoquent de graves maladies dont sont victimes leurs enfants. Ils la réservent aux harragas qui cherchent à fuir un pays où on leur refuse tout avenir. La fermeté, ils la réservent aux défenseurs des droits de l’Homme de Ghardaïa ou aux habitants de Diar Echems et de l’intérieur du pays qui réclament leur droit au logement, l’accès à l’eau, à la sécurité routière, à la santé…

Aujourd’hui, une fois les incidents du Caire passés, le pouvoir tente de surfer sur l’immense mobilisation de la jeunesse algérienne en utilisant les milliards dont il dispose. Mais ceux-ci n’oublieront pas qu’au moment décisif, lorsqu’il fallait faire preuve de détermination, de fermeté et d’initiative, ils furent abandonnés. Le pouvoir dépense sans compter des milliards pour tenter de redorer son blason plus que terni, alors même qu’il refuse un salaire décent aux travailleurs de l’éducation qui ont en charge de former les générations futures.

Une bonne nouvelle, l’Algérie a un peuple mobilisé

Mais face à la démission du pouvoir, un nouvel acteur a envahi la scène politique nationale, exhibant sa force et son énergie débordante. Cet acteur, c’est la jeunesse algérienne. Les mêmes qui, quotidiennement, ne pensent qu’à quitter ce pays dont les dirigeants ne leur offrent aucune perspective – 25% de chômeurs juvéniles reconnaissent les experts du FMI venus à Alger quémander de l’argent à nos gouvernants après avoir étranglé le pays dans les années 1990 – se sont transcendés et ont réalisé des miracles. Au-delà du sport, du match, ils voulaient défendre les pauvres joueurs et supporters sans défense du Caire. Ils ont fait preuve d’une extraordinaire créativité artistique et technique, d’un sens peu commun du dévouement et de la solidarité, transformant les murs sales d’« Alger la blanche » en fresques à la gloire de leur équipe et de l’Algérie. Pas une Algérie nationaliste chauvine à l’égard des autres, mais une Algérie patriote qui cherche à donner espoir à son peuple et à améliorer son quotidien, celui des couches défavorisées en particulier. Il faut saluer l’effort des travailleurs d’Air Algérie (pilotes, personnel naviguant et au sol, techniciens…) qui ont transporté les supporters sans se faire payer ainsi que ceux des pilotes de l’ANP qui ont agi de même.

Ce formidable élan de la jeunesse algérienne ne pourra être récupéré par nos gouvernants car ils n’ont rien à leur offrir : ni études dignes de ce nom, ni travail, ni logement, ni loisirs… Ils ne cessent de parler de réconciliation. Pour eux, la réconciliation signifie que les victimes du terrorisme, les familles de disparus ou des victimes de 2001 en Kabylie renoncent à la vérité, à la justice, pour quelques malheureux dinars. Chantres du néolibéralisme qui ravage notre pays depuis des années, nos gouvernants ne comprennent pas que la soif de dignité, de justice et de liberté ne s’achète pas. Pour eux, la réconciliation signifie que les travailleurs sautent de joie après la misérable augmentation du SNMG, que les dockers acceptent le bradage des ports d’Alger et de Djendjen ainsi que les compressions d’effectifs, que les travailleurs de l’Education et de l’Enseignement supérieur acceptent de continuer à travailler pour un salaire de misère, que les jeunes sortis des centres de formation professionnelle ou des universités acceptent l’aumône des « emplois jeunes » et que les travailleurs de la santé (médecins et paramédicaux) fassent de même. Pour eux, la réconciliation signifie que les travailleurs d’El Hadjar acceptent que leur entreprise, qui fournissait en produits sidérurgiques le marché algérien en dinars, exporte désormais en devises pour le compte d’Arcelormittal afin que le pays importe en monnaie étrangère ce qu’il produisait hier dans ses propres usines. Pour eux, la réconciliation signifie que les familles qui s’entassent à 15 dans les 25m2 de tous les Diar Echems et Diar El Kef d’Algérie, acceptent docilement de continuer à vivre durant cinquante autres années dans ces conditions misérables, sans se plaindre, sans venir troubler la quiétude des habitants privilégiés des différentes « résidences d’Etat ». La réconciliation signifie dans leur bouche que les jeunes de nos villages et de nos quartiers populaires – qu’ils qualifient avec mépris d’« aaraya », parce qu’ils les ont effectivement dénudés en leur enlevant ou en ne leur donnant pas ce qui leur revient – ne doivent pas se révolter contre la corruption des autorités locales, les passe-droits qui permettent aux amis de s’approprier les logements dédiés aux démunis. Pas plus qu’ils ne doivent revendiquer l’accès à l’eau potable, aux soins de santé, au gaz, à l’électricité ou le bénéfice d’un réseau d’évacuation des eaux usées. La réconciliation, pour eux, c’est que les femmes continuent à être des citoyennes de seconde zone et que nombre d’entre elles finissent, du fait de lois injustes, dans la rue avec leurs enfants ou à l’hôpital, victimes de mauvais traitements et autres viols. Pour eux, la réconciliation signifie que l’on ne conteste pas leur soumission à l’impérialiste Union européenne qui, dans le cadre de l’UMP, les pousse à une honteuse normalisation avec Israël et leur assigne le rôle peu glorieux de gardes-frontière de l’Europe contre les pauvres émigrants clandestins du continent. Elle signifie leur acceptation des traités inégaux que constituent l’Accord d’association avec l’UE ou l’accord d’entrée à l’OMC actuellement en négociation. Voilà ce qu’ils entendent par réconciliation.

Un nouveau rapport de forces politique est en train de se construire

Mais ils se trompent, nos gouvernants, s’ils pensent qu’une victoire lors d’un match de football dissuadera les démunis et opprimés de revendiquer leurs droits. Le maintien de la grève des travailleurs de l’Education, en pleine semaine d’euphorie autour de l’équipe nationale, démontre que les problèmes ne pourront être dissimulés sous le tapis et que la détermination des travailleurs reste intacte. Les gouvernants devront négocier avec les représentants légitimes des travailleurs et leur faire des concessions. De même qu’ils ne pourront se dérober face aux légitimes et justes revendications des habitants de Diar Echems et d’ailleurs. Nos gouvernants pensent que le soutien des jeunes à l’équipe de Saadane et leur engouement pour l’emblème national signifient que ces derniers les soutiennent, comme si le drapeau était leur propriété. Ils se trompent lourdement et ne tarderont pas à le constater.

L’après qualification en coupe du monde ouvre ainsi une nouvelle phase au cours de laquelle une rude bataille politique et idéologique s’enclenche pour donner du sens aux événements que nous venons de vivre. Chaque force sociale tentera de décoder à sa manière cette séquence en vue de lui imprimer un contenu conforme à sa vision du monde et à ses objectifs politiques. Le pouvoir fait tout pour récupérer la joie et la mobilisation de la jeunesse. Il entend se l’approprier alors qu’il continue de mener une politique qui pousse une partie de cette jeunesse à prendre le risque de mourir en mer pour fuir son pays. Une politique qui en fait sombrer d’autres dans la drogue pour tenter d’échapper à un quotidien morose. Une politique qui laisse une majorité de jeunes démunis, hommes et femmes, sur le carreau car sans avenir social : ni travail, ni logement…

Il revient aux forces progressistes et démocratiques de donner un autre sens à cette victoire sportive. Non pas en l’abandonnant au pouvoir comme si elle était sienne car c’est ce qu’il attend. Et encore moins en se drapant dans une attitude de mépris à l’égard du vaste mouvement de solidarité et de joie de la jeunesse et de la grande majorité de notre peuple pour l’équipe de football. Non, il convient de disputer au pouvoir cette formidable mobilisation de la jeunesse en lui donnant un sens qui est la défense de l’économie nationale contre les Djezzy de toutes sortes, le combat pour la justice sociale afin que les travailleurs soient correctement payés et que les jeunes aient concrètement de l’espoir (formation, travail, logement…) et, enfin, la lutte pour la liberté c’est-à-dire la démocratie, l’émancipation des femmes, la liberté de conscience, l’égalité des langues du peuple… La plus grave erreur des forces progressistes serait de ne pas prendre part à cette bataille politique contre le pouvoir sous prétexte de son caractère asymétrique. Le pouvoir dispose effectivement de gros moyens auxquels il empêche les autres forces politiques d’accéder : médias lourds, salles de réunions, manifestations… Mais sa faiblesse réside dans le fait que ni la liberté ni la satisfaction des besoins sociaux du plus grand nombre ne figurent à son agenda politique. Dans ces conditions, la désillusion viendra fatalement. Et plus les forces progressistes résisteront, plus vite la conscience populaire s’affranchira des visions dévoyées que tente de lui vendre le pouvoir.

Les temps changent et l’une des leçons les plus importantes de cette semaine est que la mobilisation des jeunes a réimposé, pendant un court laps de temps, le droit de manifester dans la capitale. Car la reconquête de ce droit élémentaire viendra des habitants d’Alger. Ils peuvent y arriver même si nous n’en sommes pas encore là. Il faudra qu’ils s’organisent autour de leurs propres revendications dans des comités de quartier, d’immeubles, dans des syndicats de travailleurs, dans des associations de parents d’élèves, de femmes, de jeunes, de défense des droits de l’homme, de familles de harragas, de victimes d’erreurs médicales…

Si la grande masse des Algériens s’organise, se mobilise et entre en lutte, si une large alliance regroupe les travailleurs et la jeunesse pour défendre l’économie nationale, la justice sociale et la liberté, c’est-à-dire la démocratie, alors aucune force au monde ne les arrêtera.

Hocine Belalloufi, journaliste
Contribution