Phénomène socio-économique dans le monde, l’économie informelle, parce qu’elle rogne de grandes parts de marché à l’économie officielle, est  »devenue un fléau en Algérie et qu’il s’agit de formaliser par une prise en charge progressive, durable et multidimensionnelle », ont souligné samedi des experts à l’APS. Le président de la République Abdelaziz Bouteflika, en appelant jeudi l’Exécutif à « alléger » les procédures de transfert du « petit commerce informel » sur la voie publique vers des sites aménagés, a en fait donné une première grande solution pour régler le problème du sous-emploi.
Il ne s’agira donc pas d’une « bataille » contre les vendeurs (à la sauvette) sur les trottoirs mais d’un traitement « en douceur » dans la perspective de les intégrer progressivement dans l’économie formelle, notamment en leur permettant d’avoir un registre de commerce.

Le président Bouteflika a ainsi demandé à l’Exécutif d’appliquer ces mesures « en concertation avec les associations et représentants des concernés ». Pour Mustapha Mékidèche, vice-président du Conseil national économique et social (CNES), l’économie informelle est « une pathologie très complexe qui exige un traitement délicat et segmenté en fonction des groupes socioprofessionnels concernés. »

Proposant d’engager « une vaste enquête nationale pour identifier tous les gisements de ce marché », M. Mékidèche a mis en garde contre les effets des « attitudes répressives » vis à vis de l’informel et plaidé en revanche pour sa « formalisation » à travers l’exploitation des réseaux nationaux du commerce de distribution et de stockage.

Imputant la responsabilité de la propagation du commerce informel en Algérie au programme d’ajustement structurel du FMI, qui « avait traité la sphère macroéconomique au détriment de l’organisation du marché intérieur », l’expert en économie Bachir Messaitfa a estimé que cette économie représente 40% de l’économie nationale.

« Le danger de l’informel, qui, pour échapper au fisc, n’utilise ni factures ni chèques ni aucun document comptable, c’est la concurrence déloyale qu’il exerce sur l’activité économique légale », soutient-il.

Evoquant à son tour une démarche progressive pour remédier à cette situation, Messaitfa a notamment préconisé « une ouverture complète

du commerce extérieur, l’encouragement de la production nationale, la réhabilitation du chèque pour lui permettre de remplacer le cash, le renforcement des moyens de contrôle commercial ainsi que l’augmentation des salaires des contrôleurs ». Le président de la Chambre algérienne de commerce et de l’industrie (CACI), Tahar Kellil, a, de son côté, rappelé que la situation actuelle de l’informel était « l’accumulation de plusieurs décennies » et que « les solutions nécessitent une concertation avec tous les concernés ».

M. Kellil a proposé, entre autres, d’impulser le dispositif Ansej, débloquer les 100 locaux/commune au profit des jeunes commerçants en contrepartie d’un loyer de 1000-2000 DA/mois et d’une exonération d’impôts pour un an et de commencer à organiser des marchés hebdomadaires. Selon lui, 200.000 commerçants activent actuellement dans l’informel en Algérie, contre 1,47 million de commerçants légaux inscrits au CNRC.

Par ailleurs, selon le ministre du commerce Mustapha Benbada, il existe 765 sites de commerces informels, qui ont été recensés à travers le territoire national par une commission interministérielle (Commerce et Intérieur) Quelque 75.000 commerçants opèrent sur ces sites, selon cette commission, chargée d’élaborer une feuille de route pour mettre un terme à ce phénomène.

Des commissions de l’urbanisme commercial ont été mises en place afin d’accompagner l’intégration des commerçants informels dans des marchés organisés, dans le cadre de l’agrandissement et la mise à niveau des anciens marchés. Entre 2005 et 2009, l’Etat a déboursé près de 6 milliards de DA dans la mise à niveau de 35 marchés de gros de fruits et légumes, et 215 marchés de détail.

Une entité publique chargée de réaliser et de gérer les espaces et les infrastructures commerciales, sera bientôt opérationnelle.

« Il s’agit de trouver une solution de rechange légale et non de priver de revenus une frange de la société », avait affirmé Benbada à propos
du mode de traitement de la question de l’informel.

APS