Une cacique du régime algérien a réclamé lundi un « changement radical du mode de gouvernance », dernier indice en date que le pays est affecté par la vague populaire secouant les pouvoirs en place de longue date dans le monde arabe.

L’appel est d’autant plus significatif qu’il émane de Zohra Drif Bitat, veuve de Rabah Bitat, un des six chefs historiques de la Révolution de la Toussaint 1954 contre la tutelle coloniale française, devenu par la suite le président très respecté de l’Assemblée populaire nationale (ANP), avant de s’éteindre en 2000.

« Allons-nous continuer à gérer nos problèmes avec les mêmes acteurs qui ont échoué ? Faut-il encore du sang ? » s’est demandé Drif Bitat, elle-même ancienne de la guerre d’indépendance et aujourd’hui vice-présidente du Conseil de la nation, la chambre haute du parlement algérien, poste où elle a été nommée par le président Abdelaziz Bouteflika.

« J’espère et j’attends un changement radical dans le mode de gouvernance », a-t-elle déclaré, en réclamant un changement de gouvernement. Des rumeurs d’un remaniement du gouvernement d’Ahmed Ouyahia circulent depuis la semaine dernière et n’ont pas été confirmées officiellement.

Zohra Drif Bitat a exprimé son scepticisme au sujet du projet du programme de dépenses de 286 milliards de dollars sur cinq ans annoncé récemment par le pouvoir pour moderniser l’économie du pays et le doter de nouvelles infrastructures.

« On nous donne des chiffres, une avalanche de chiffres, mais les résultats sur le terrain ne reflètent pas ce qui a été dépensé. Pourquoi ? » s’est-elle interrogée lors d’une interview diffusée à la radio nationale.

Soucieux de ne pas voir les révoltes populaires en Tunisie et en Egypte déborder sur l’Algérie, le président Bouteflika a promis la semaine dernière la création de nouveaux emplois, de nouvelles libertés et la fin de l’état d’urgence, décrété lors de l’insurrection islamiste de 1992 aujourd’hui largement matée.

Mais ces promesses n’ont pas suffi pour apaiser la colère d’une coalition de syndicalistes, opposants et représentants de la société civile, qui, s’inspirant des révoltes tunisienne et égyptienne, ont maintenu leur mot d’ordre de manifestation le 12 février à Alger en dépit de son interdiction.

Zohra Drif Bitat s’est félicitée de la promesse de Bouteflika de lever l’état d’urgence, reprenant à son compte les affirmations de l’opposition voulant que cette mesure ait servi de prétexte au pouvoir pour restreindre les libertés politiques.

« C’est la première fois dans notre pays, et dans le monde arabe, qu’un président répond aux exigences du peuple », a-t-elle noté. « Les gouvernements ont manipulé l’état d’urgence, qui a eu un impact négatif sur l’activité politique de notre pays. »

Un des organisateurs de la manifestation du 12 février, Hocine Zéhouane, président de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH), a néanmoins estimé que « l’Algérie a(vait) besoin d’une révolution, pas seulement d’une levée de l’état d’urgence ».

Un soulèvement « à l’égyptienne » en Algérie aurait un impact majeur dans la mesure où le pays est un important producteur de pétrole et de gaz et un front crucial dans la lutte contre la branche maghrébine d’Al Qaïda, particulièrement active dans la bande sahélo-saharienne.

Mais les analystes jugent que le pouvoir algérien, qui repose en grande partie sur l’armée, est en mesure de faire face à une révolte sociale en puisant dans sa cagnotte pétrolière pour calmer toute agitation.

Reuters