(actualisé à 18h30)

Des manifestants se sont rassemblés le 31 octobre pour protester contre l’arrestation de Mussallam Al-Barrak, figure de l’opposition koweitienne arrêté deux jours auparavant pour avoir accusé l’Emir d’une dérive autocratique.

Suite à la décision du Parquet de maintenir Barrak en détention pendant 10 jours, les manifestants, dont le nombre a été estimé à 10.000 par les organisateurs, se sont rassemblés devant la résidence de M. Barrak à Andalous, à 20 km au sud-ouest de la capitale, avant de marcher en direction de la principale prison du pays, trois kilomètres plus loin. Ils ont été dispersés devant la prison par les forces anti-émeutes qui ont fait usage de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogènes, selon un correspondant de l’AFP sur place. La libération de Barrak a été ordonnée par un juge le lendemain de la protestation contre une caution de 10.000 dinars (35.600 USD), dans l’attente de son procès.

Cet évènement s’inscrit dans la vague de contestations que connaît le pays depuis 1 an. En novembre dernier le premier ministre Cheikh Nasser al-Mohammad al-Sabah démissionnait suite à des pressions de parlementaires et de jeunes activistes réclamant une lutte plus sévère contre la corruption. Un nouveau parlement fut élu deux mois plus tard, dominé par une opposition constituée d’islamistes, de nationalistes et de libéraux. La Cour Constitutionnelle le déclara toutefois illégitime et il fut dissout en juin. De nombreuses manifestations s’ensuivirent, dénonçant la manipulation du système politique et l’Emir annonça l’organisation d’élections anticipées le 1er décembre sur la base d’une loi électorale contestée par l’opposition.

Le Koweït, première monarchie du Golfe à s’être dotée d’un Parlement élu en 1962, connaît des crises politiques à répétition depuis 2006. La dynastie des Al-Sabah règne sur cet émirat pétrolier depuis plus de 250 ans.

Le 21 octobre avait lieu le plus grand rassemblement du pays, opposant des militants aux forces de police, au cours duquel une centaine de koweitiens furent blessés. L’opposition a appelé aujourd’hui à une nouvelle manifestation à Koweït City le 4 novembre.

Le gouvernement ne semble pas vouloir faire de compromis à ce jour, et la situation est compliquée par le fait que les islamistes, qui représentent la principale force d’opposition, n’offre pas de projet crédible. Leur courte domination parlementaire au début de l’année a surtout été marquée par des règlements de compte et des initiatives populistes, comme leur tentative d’introduire la peine de mort pour blasphème.

Les familles royales du Golfe observent la même attention à l’égard du Koweït que pour l’émirat voisin de Bahreïn, qui connaît des agitations similaires depuis 20 mois. Dans ces deux états, les citoyens réclament des réformes constitutionnelles qui sont jusqu’à présent violemment rejetées par les dynasties au pouvoir, renforçant les groupes d’opposition.

Les mois à venir seront cruciaux, pas seulement pour le Koweït mais pour toutes les monarchies du Golfe. Ils indiqueront si les pouvoirs en place sont prêts à céder une partie de leur autorité pour satisfaire les demandes de leurs citoyens et si l’opposition saura faire preuve de modération et établir un vrai projet de société. Le printemps arabe montre divers exemples des conséquences désastreuses d’une opposition divisée et radicalisée.

LS

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