Le Pape, le personnage le plus puissant de la chrétienté et de l’église catholique, a démissionné. Malade, affaibli, diminué,  Benoit XVI a compris la nécessité d’abandonner sa fonction pour passer le flambeau à d’autres personnes plus aptes que lui à mener la délicate mission de guider les chrétiens du monde.

Cette décision a suscité un tollé médiatique car pour la première fois depuis 1415, un Pape décide de s’effacer. Même en Algérie, un pays musulman où le Vatican n’est pas populaire, cette démission a étonné, interpellé et intrigué. Un dirigeant qui prend en son âme et conscience la décision de démissionner parce qu’il n’arrive plus à surmonter la difficulté à remplir sa tâche, cela n’est jamais arrivé en Algérie. Comment est-ce possible ? Plusieurs Algériens se sont posés cette question.

Les Algériens, ils étaient également nombreux à mettre en parallèle la démission du Pape avec ce qu’ils vivent  en Algérie, leur pays, avec des dirigeants qui continuent avec une effronterie remarquable et rarement égalée à occuper leurs fonctions en dépit de leur incapacité physique et mentale à prendre des décisions réfléchies. En Algérie, de nombreux dirigeants s’accrochent à leurs « chaises », leurs prérogatives malgré leur âge avancé et leur grave maladie.  Cette démission du Pape, mondialement relayée, relance plus que jamais la question de la légitimité de nos décideurs qui s’entêtent à vouloir mourir à leur tâche. Et Quelle tâche ? Celle de bâtir un pays prospère, moderne et démocratique  ou celle de léguer à leur peuple un pays verrouillé, dépendant vis-à-vis de ses importations et dont la population est encore incapable de gérer un port ou un aéroport ? Non, la démission du pape ne peut passer inaperçue y compris en Algérie. Surtout en Algérie, ce pays où les dirigeants ont défié la loi de la nature en s’accrochant au Pouvoir durant plus de 50 ans. 50 années où c’est toujours la même génération qui occupe  les postes-clés. 50 années où les institutions principales du pouvoir politique sont dominées par les mêmes noms, les mêmes visages et les mêmes personnages.

Après 50 ans d’Indépendance, en Algérie il demeure toujours tabou de s’interroger sur la capacité de nos gouvernants à remplir leur mission pour des raisons physiques, mais aussi pour des raisons de faculté de compréhension du monde contemporain et d’innovation. Non, la démission du Pape ne sera évidemment pas sans conséquence pour un pays comme l’Algérie car elle incite les Algériens à réfléchir sur le rapport qu’entretiennent leurs éternels dirigeants avec les plus hautes fonctions de l’Etat. En Algérie, la fonction est toujours considérée comme une propriété et jamais comme un devoir.  Et au moment où le Pape Benoit XVI annonçait qu’il allait démissionner, à Alger, d’autres « Papes » s’échinaient  à imaginer une combine diabolique pour s’assurer un quatrième mandat à la tête de l’Etat. Et oui, les « Papes » d’Alger ne connaissent pas la démission. Même l’éthique dans l’exercice du Pouvoir n’a pas lieu d’être dans leur esprit. Pour eux, le pouvoir se garde jusque dans la tombe.

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