Le printemps berbère a déjà 33 ans. Cela fait donc autant d’années que le mouvement berbériste, né en réalité il y a plus de 60 ans en Algérie. Aujourd’hui encore, et durant toute cette période, le débat tourne uniquement autour de la reconnaissance de la langue amazighe comme langue « officielle ». De longues années de combat qui ont abouti au final à la reconnaissance, en mars 2002, de la langue amazighe comme «langue nationale». Seule la langue arabe demeure ainsi en Algérie la langue officielle des institutions du pays.

En 33 ans, la question amazighe (qui n’a jamais été dissociée, dans la réalité, de la lutte pour les libertés démocratiques en Algérie) a avancé, malgré les embûches. Si certains militants « pressés » avancent aujourd’hui le contraire, la réalité nous indique, tout de même,  que des acquis importants ont été arrachés de haute lutte par plusieurs générations de militants berbérophones.

Des acquis… 

Les sacrifices consentis par les militants de la cause berbère ne sont donc pas partis pour rien. Depuis septembre 1995, en effet, l’un des slogans (rêve !) de plusieurs générations de militants (Tamazight à l’école) s’est réalisé. Tamazight figure désormais dans les programmes scolaires de l’école publique algérienne. Il est vrai que l’évolution de cette introduction dans le système de l’enseignement n’a pas été parfaite. Pis encore, il y a eu beaucoup de reculs, notamment dans les régions qui se situent en dehors de la Kabylie. A Alger, par exemple, le nombre d’enseignants a régressé malgré les dizaines de licenciés en tamazight que forme l’université algérienne chaque année.

A l’université, l’évolution est également notable. Alors qu’il n’existait qu’un seul institut, tamazight compte désormais 3 départements à Tizi-Ouzou, Béjaïa et Bouira. Les militants revendiquent l’ouverture d’autres départements à Alger, Batna et Tamanrasset. Ce n’est pas encore fait. N’est-ce pas une belle revanche pour le défunt Mouloud Mammeri qui, il y a 40 ans, s’est vu refuser de dispenser des cours à l’université d’Alger ?

L’autre acquis de la cause amazighe est l’ouverture d’une chaîne de télévision entièrement consacrée à la langue berbère. La chaîne 4 existe, malgré de notables insuffisances liées notamment au manque de moyens techniques et humains. En plus de la chaîne 2, des radios locales, y compris en dehors des régions à majorité berbérophone, diffusent des émissions en berbère. C’est le cas, par exemple, de radio Tiaret.

Sur le plan politique, la langue amazighe est désormais « langue nationale ». Elle est inscrite dans l’article 3 de la Constitution de la République. Elle est utilisée sans complexe par le personnel politique, issu du pouvoir ou de l’opposition. Ceci alors qu’il y a une trentaine d’années, des citoyens étaient pratiquement interdits de parler leur langue maternelle dans les lieux publics.

Des manques…

Les acquis des militants de la cause amazighe sont énormes. Les ratages et les manques sont autant importants. Il suffit de voir comment le ministère de l’Education garde tamazight comme « matière facultative » dans les examens scolaires pour s’en rendre compte. Le ministère de l’Education nationale ne veut toujours pas ouvrir les postes budgétaires dans cette matière malgré l’existence d’un personnel qualifié.

Toujours dans le registre de la langue, l’Etat n’a toujours pas répondu favorablement à la demande de créer une académie de langue berbère. Les autorités se sont contentées d’un centre de recherche rattaché au ministère de l’Education nationale.

Sur le plan politique, les militants de la cause réclament toujours l’officialisation de tamazight. Une revendication que certains, y compris parmi les berbéristes, ne trouvent pas réaliste. Les autorités algériennes, pour leur part, ne se montrent silencieuses sur ce chapitre sensible qui, pourtant une fois tourné, ouvrira, peut-être, d’autres perspectives à une langue parlée par au moins 25% de la population algérienne.

Essaïd Wakli