Abdou-Semmar1Cultiver le suspense pour renforcer l’incertitude. Imposer le silence pour semer le doute. Diffuser les rumeurs pour tuer la vérité. Se vautrer dans l’absurdité pour ruiner le bon sens. La politique du régime algérien n’a jamais été aussi fossoyeuse, aussi pernicieuse et aussi dangereuse.

Un régime, qu’on le veuille ou non, en dépit de son hétérogénéité, ses divisions claniques et ses crises internes, est symbolisé par un seul homme, un seul dirigeant : Abdelaziz Bouteflika. Aujourd’hui, le «Pouvoir» se résume malencontreusement à toute la personnalité de notre Président. Un Président qui manipule comme il veut l’échiquier politique en instrumentalisant sa maladie, la conjoncture mondiale et les rapports de force entre les différents cercles composant la nomenklatura algérienne. Il manipule tous ces «ingrédients» avec une malice rarement égalée. Oui, Abdelaziz Bouteflika est malade. Oui, il est affaibli. Mais politiquement, il n’est pas mort. Et c’est là tout le problème. Parce qu’il n’est pas mort politiquement, l’Algérie se retrouve victime d’un blocage complexe et incompréhensible. Il n’est ni candidat ni «non-candidat». Il n’est ni partant pour un 4e mandat ni opposant à sa propre succession. Il ne parle pas. Il ne dit rien. Il refuse toute prise de position au moment où ses partisans appellent à sa réélection. Il s’abstient de tout commentaire au moment où toute l’Algérie se pose des questions à propos de son avenir.

Des chantiers économiques, des projets politiques, des lois à adopter ou à réviser, une constitution à amender, une jeunesse à rassurer, à conquérir ou à motiver, un peuple à convaincre en vue d’une élection présidentielle déterminante, etc., le navire «Algérie» est un «bateau ivre» que même les rimes de Rimbaud ne pourraient pas le diriger à bon port. Désormais, il faut le dire en toute franchise : Monsieur le Président, votre silence a trop duré. Il est insupportable. Vous avez fait de nous les Algériens cet amant éploré qui pleure de frustrations et de privations.  Nous ne savons plus comment percevoir notre futur alors que chaque jour des rumeurs, des infos hilarantes, troublantes ou mystérieuses, sont distillées par votre Palais. Nous ne savons plus à quel saint nous vouer lorsque vos partisans vous encensent et vos adversaires vous diabolisent. Votre silence obscurcit notre horizon. Nous ignorons vos intentions et vos projets. Et pourtant, comme il s’agit de notre pays, il est de notre droit de connaitre ce que veut faire notre Président. Que vous soyez légitimes ou pas, c’est selon, vous avez entre vos mains les clés de la décision. Vous avez entre vos mains nos illusions et nos désillusions. Si vous n’êtes plus capable de diriger, dites-le nous clairement comme lorsque vous avez clairement signifiez que vous vouliez vous maintenir au pouvoir en révisant la Constitution, sans nous consulter, pour briguer un troisième mandat. Et aujourd’hui, si vous voulez un quatrième mandat, dites-le sans faux fuyant au lieu de laisser vos serviteurs amuser la galerie. Parlez-nous, dites-nous ce que vous voulez faire de notre avenir et de notre pays. C’est quand même la moindre des choses de nous témoigner ce respect. Votre maladie, nous le comprenons, nous avons mêmes compatit, vous fait souffrir. Mais cette souffrance n’est rien en comparaison avec ce que nous endurons chaque jour quand nous voyons notre Etat paralysé et embourbé dans l’immobilisme.

Parlez monsieur Bouteflika, parlez et laissez-nous comprendre vos intentions. Si vous n’allez pas vous présenter pour la prochaine élection présidentielle, libérez-nous alors du poids de ce suspense inhibitoire. Et si vous voulez occuper encore le «trône» de la Présidence, dites-le nous pour que l’on sache quoi faire et comment s’y préparer. Que vous nous aimez ou pas, que l’on vous aime ou pas, telle n’est pas la question. Mais que vous soyez obligés de nous respecter, c’est un devoir que vous devez accomplir. Malade ou pas, nous sommes le Peuple, nous sommes les Algériens, ce pays est à nous, nous l’aimons, nous le chérissons et nous ne vous laisserons pas faire de lui ce que bon vous semble. Et ce pays, son peuple, mérite beaucoup plus que ce silence méprisant.