De jeunes militants algériens se mobilisent pour les sans abris, qui ne mangent pas à leur faim. Ils distribueront une centaine de repas chauds dimanche 2 mars.

« On n’a pas pu démarrer à temps mais on sera bien là. Même si c’est déjà la sortie de l’hiver on tenait à le faire ». Infatigable, Kader fait résolument partie de la trempe des militants persévérants, qui n’abonnent jamais. Fondateur du Collectif « Solidarité populaire » en décembre 2012, il est également à l’origine de « Cœur sur la main », une distribution de repas chauds aux plus nécessiteux, lancée à Alger l’an dernier. Durant trois mois, de décembre à mars 2013, « Solidarité populaire » et une douzaine d’autres mouvements issus de la société civile avaient joint leur force pour venir en aide aux sans abris, livrés à eux-mêmes dans les rues de la capitale et qui ne mangent pas à leur faim. « La vie d’un SDF est dure toute l’année mais en hiver, avec les conditions climatiques, c’est encore plus vitale de les aider », souligne l’acteur engagé.

Mais depuis mars 2013, les difficultés se sont accumulées, rendant incertain la tenue d’une deuxième édition de distribution de repas chauds. Parmi la douzaine de collectifs avec lequel « Solidarité populaire » s’étaient associé, « une bonne partie a disparu », faute d’agrément du ministère de l’Intérieur, explique Kader. Des « victimes » de la nouvelle loi sur les associations entrée en vigueur de façon définitive le 12 janvier dernier, précise-t-il. En conséquence, Kader et ses amis militants se « retrouvent pratiquement seuls » cette année pour assurer la distribution de repas chauds.

« Un potentiel de solidarité énorme en Algérie »

Malgré tout, ces militants solidaires ont fait suffisamment preuve de persévérance pour arriver à leur fin. Dimanche 2 mars à 19 H à Alger, dans le quartier de Télémly, une centaine de repas chauds et complets, composés d’une assiette de riz assorti de viande, de pain, et d’un yaourt, seront distribués aux sans abris. Mais pour cela, « Solidarité populaire » a dû composer avec les « entraves policières » et les contraintes administratives. « Nous sommes obligés de passer par un traiteur car les policiers ne nous laisseront pas préparer nous-mêmes les repas. Car si on cuisinait nous-mêmes, ils nous embêteraient en nous demandant des certificats sanitaires pour attester que les plats que nous livrons son propre à la consommation », confie l’acteur-militant.

Et cela a un coût : « pour les 120 repas qu’on va distribuer dimanche ça nous revient à 35.000 dinars. Le prix aurait sûrement été moins élevé si nous cuisinions nous-mêmes », assure Kader. Heureusement, le collectif « Solidarité populaire » a pu compter sur la générosité de ses concitoyens. « Il y a un potentiel de solidarité énorme en Algérie. On l’a vu au moment des inondations de Bab el Oued, du tremblement de terre à Boumerdès. Mais ce potentiel est souvent empêché par l’Etat », dénonce l’initiateur de « Cœur sur la main ». Les Algériens ont, de nouveau, démontré leur générosité pour la deuxième édition de « Cœur sur la main ». « Nous avons réussi à récolter assez d’argent pour assurer une première sortie sur le terrain », se réjouit Kader, ajoutant qu’une deuxième distribution devrait également être organisée dans les jours à venir.

Si Kader veut sensibiliser ses citoyens algériens, en faisant appel à leur sens de la solidarité, son objectif ultime est bien d’alerter les autorités publiques. Bien conscient des limites de l’action solidaire, l’acteur engagé en appelle aux pouvoirs publics : « Le phénomène des SDF est un aveu d’échec des politiques. La situation est inquiétante car il n’y a plu de centre d’hébergement en hiver. Aucune action solidaire ne pourra remplacer l’Etat. Il faut trouver des solutions durables ». 

Plus d’information :

Contacter Kader au O5.56.04.16.92

La distribution de repas aura lieu le 2 mars à 19 H  au 67 rue Krim Belkcacem, Alger centre.