Ils s’appellent Walid, Habib, Adel et Sabrina. Ils ont moins de 30 ans. Ils sont Algériens et vivent dans la capitale. A l’heure où la jeunesse algérienne est plus que jamais démobilisée, ces militants se lancent à corps perdu dans la campagne électorale. Aux côtés d’un candidat à l’élection présidentielle ou pour dénoncer le scrutin du 17 avril, ces jeunes animent, chacun à leur façon, la campagne en cours. Algérie-Focus a décidé de suivre quatre jeunes militants de couleurs politiques variées. Découvrez le premier épisode de notre feuilleton de l’élection présidentielle 2014 : La campagne comme les jeunes la vivent. Episode 1 : En attendant la liste officielle des candidats.

Walid A. A., 21 ans, membre de la l’équipe des jeunes dans le staff de communication d’Ali Benflis

Il est le premier des jeunes que nous suivons tout au long de la campagne à s’être engagé auprès d’un candidat. En l’occurrence Ali Benflis, le principal challenger du Président-sortant Abdelaziz Bouteflika, qui veut prendre sa revanche sur sa défaite cuisante en 2004. De ce traumatisme, Walid A. A., 21 ans, n’en garde qu’un vague souvenir. « C’était une véritable claque, Ali Benflis devait passer au second tour et finalement il a récolté, d’après les résultats officiels, que 6% des voix », se souvient le jeune homme. Approché très tôt par l’entourage de l’ancien Premier ministre, à la recherche de jeunes capables de séduire leurs camarades d’université, Walid a rencontré pour la première fois Ali Benflis en mai 2013, grâce à l’intermédiaire d’un professeur, aujourd’hui membre du staff de campagne d’Ali Benflis. « J’ai été séduit par son discours réformateur et son projet pour les jeunes », confie Walid, propulsé après cette rencontre responsable de communication dans l’équipe jeune du staff de campagne d’Ali Benflis.

Pionnier et bienveillant, Walid reste toujours disponible pour ses amis militants, notamment les nouveaux venus qui viennent de rejoindre l’équipe. « Comme je suis le plus ancien ici, ils viennent naturellement me voir mais je ne suis pas le chef », tient-il à préciser. Depuis que son candidat a officiellement fait part de son intention de briguer un premier mandat, 10 ans après sa première tentative, Walid passe ses journées au QG, installé dans une belle demeure au style colonial sur les hauteurs d’Alger, dans le quartier de Ben Aknoun. « C’est un troisième cursus que j’entame. C’est un travail à temps plein, auprès de ma famille, de mes voisins, de tous ceux que je rencontre. Mais j’essaye de rater le moins possible de cours », raconte Walid, étudiant en double cursus à l’université Alger III à Dely Brahim.

Les nouvelles technologies et les réseaux sociaux ne sont pas véritablement son dada, confie le jeune militant de 21 ans. Alors pendant qu’une équipe de jeunes « geeks » s’active sur la toile pour animer la campagne 2.0 du candidat, Walid préfère, de son côté, le terrain et les méthodes traditionnelles. Quand il n’est pas au QG, on peut retrouver ce passionné de politique dans les enceintes des universités de la capitale, à travailler au corps de potentiels électeurs. Et ce n’est pas toujours simple car dans la cours, dans la cafétéria et dans les sièges de syndicats d’étudiants, le ton monte rapidement quand on évoque le sujet de l’élection présidentielle. Imperturbable, Walid garde toujours son calme. « Il faut beaucoup de patience pour leur ouvrir les yeux sur le bilan de Bouteflika », dit-il. Comment fait-il pour seulement convaincre ses camarades de bancs d’école, qui ont tendance à déserter les urnes, de se déplacer aux bureaux de vote ? « Je leur dis toujours « si tu votes pas, ta voix sera utilisée à ta place » », insiste-t-il. Pour Walid, le boycott n’est pas non plus une solution. «  »Il ne faut pas rater le virage de 2014 c’est la chance d’innover. Je suis pour un changement pacifique, je ne veux pas que mon pays devienne l’Ukraine ou la Syrie« , s’inquiète-t-il.

Début mars, dernière ligne droite pour constituer le dossier de candidature, que le Conseil constitutionnel doit ensuite valider. Jusqu’au 4 mars Walid était occupé à rassembler et vérifié les formulaires de signatures de citoyens, acheminés de tout le pays. « Un travail fastidieux. Il m’est arrivé de rester jusqu’à 2 H du matin au QG pour avancer », souligne le jeune homme, « bien sûr je préférerais m’amuser, sortir le soir avec mes amis. Si je ne croyais pas en ce que je fais et en mon candidat, je ne ferai pas un tel sacrifice ». Le mardi 4 mars, dernier jour pour remettre au Président du Conseil constitutionnel, Mourad Medelci, le dossier de candidature, Walid a accompagné son candidat jusqu’au boulevard « j’étais à l’extérieur avec les autres jeunes. On a distribué des affiches et des posters aux supporters. Après je suis rentré avec Ali Benflis et la direction de campagne dans le bureau de Mourad Medelci. J’ai écouté son discours et répondu à la presse », raconte Walid, qui dit « n’avoir pas vécu un moment si spécial ».

Ali Benflis, escorté par ses militants, entre au Conseil constitutionnel pour déposer son dossier de candidature. Le 4 mars 2014 à Alger.
Ali Benflis, escorté par ses militants, entre au Conseil constitutionnel pour déposer son dossier de candidature. Le 4 mars 2014 à Alger.

Depuis, Walid s’affaire à la préparation de la campagne officielle, qui débutera le 23 mars prochain. « On ficelle les détails de la tournée en région », confie le jeune militant, qui devrait toutefois rester sur Alger durant la période officielle de campagne.

Habib, 28 ans, militant du parti Jil Jadid, chef de cabinet de Soufiane Djilali, boycotteur

Depuis les trois derniers mois écoulés, il fait, tous les jours, les aller-retours entre son domicile algérois et le siège du parti Jil Jadid, situé à l’est d’Alger, dans la commune Zéralda. Bien que son candidat, Soufiane Djilali, a jeté l’éponge le 28 février dernier, après l’annonce de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika, Habib n’en a pas fini avec le rendez-vous du 17 avril. Depuis l’officialisation de la candidature du Président sortant pour un 4è mandat, le jeune chef de cabinet de Soufiane Djilali a entamé une autre course contre-la-montre : la campagne du boycott, faisant front avec d’autres forces politiques pour faire barrage à un 4è mandat. Un front qui s’est heurté mardi 12 mars à un mur de police, empêchant les boycotteurs de tenir leur sit-in sur l’esplanade du Monument du Martyr à Alger. Repoussé à quelques mètres du Mémorial comme les autres par les force de sécurité en nombre, Habib était aux côtés de Soufiane Djilali pour faire entendre la voix des boycotteurs. A titre personnel, Habib participe également aux manifestations de Barakat ! depuis la naissance du nouveau mouvement anti-4è mandat. « Je soutiens à 100% toutes les initiatives anti-4è mandat, qu’elles soient partisanes ou citoyennes« , affirme le jeune militant de 28 ans.

Comment ce marketeur de formation rôdé aux réseaux sociaux est entré dans le jeune parti fondé en mars 2012 ? Habib dit avoir découvert la vision politique de Soufiane Djilali, chef de file de Jil Jadid, d’abord par ses articles et chroniques publiées dans les médias. Il a ensuite rencontré le vétérinaire de formation en septembre 2012. « J’ai aimé sa vision des jeunes. A Jil Jadid, il n’y a pas de section jeunes comme dans les autres partis. Les jeunes sont des membres à part entière du parti. C’est la compétence qui prime. De simple militant je suis entré au bout de quelques mois au conseil national », explique Habib, aujourd’hui chef de cabinet de Soufiane Djilali et secrétaire adjoint chargé d’édition et des réseaux sociaux.

En effet, Habib gère la présence en ligne de Jil Jadid. « Je chapeaute le compte Twitter du parti et la quarantaine de pages sur Facebook. Je modère aussi les commentaires en répondant aux questions techniques », précise ce jeune responsable de cette nouvelle structure politique. Dans cet effort de communication, Habib n’est pas seul. En plus des autres jeunes membres du parti, il peut compter sur la contribution du dirigeant de Jil Jadid. « Soufiane Djilali tweete en personne. Il répond aussi aux commentaires sur Facebook qui se rapportent à nos prises de positions politiques », ajoute-t-il. Les réseaux sociaux ont été déterminant dans l’émergence de se parti. « Ce n’était pas simple au moment de la fondation du parti d’être invité sur les plateaux télévision. Les réseaux sociaux nous ont donc permis de relayé notre message au début », se souvient-il.

 

Pour les militants de Jil Jadid, la campagne électorale s’est arrêté le 28 février. « Ce n’est pas un échec ou une fuite de notre part. C’est une prise de position politique. On a rassemblé 63.000 signatures de citoyens (ndlr un minimum de 60.000 signatures de citoyens est nécessaire pour faire valider sa candidature par le Conseil constitutionnel). On a voulu retirer notre candidature car on dénonce un coup d’Etat », lance sans ambages Habib. « C’est un coup d’Etat et le 4è mandat est anticonstitutionnel dans la mesure où le certificat d’Abdelaziz Bouteflika, s’il en a un, a été fraudé. Il n’est plus capable de parler depuis 2 ans alors il n’est vraiment pas en état de gérer le pays », renchérit-il, qui pointe du doigt un deuxième cas de fraude : « Le Premier ministre Abdelmalek Sellal est le porte-parole du Président-candidat et aussi le Président de la commission de préparation de l’élection. Il y a un grave conflit d’intérêt ».

Mais la précampagne n’a pas été inutile pour le parti naissant, fort de quelques 3.000 militants. « Elle nous a permis de nous faire connaître, de recruter de nouveaux militants et d’ouvrir de nouveaux bureaux en région » reconnait Habib.

Depuis, Jil Jadid a rejoint la « coalition du boycott » aux côtés d’Ahmed Benbitour, du Mouvement de la société pour la paix (MSP), du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), du Front pour la justice et le développement (FJD), ainsi que d’Ennahda. « Il n’est pas question de voter blanc. On ne va pas donner de la crédibilité et de la légitimité à un vote truqué. De toute façon, qu’on vote ou qu’on vote pas, il (ndlr Abdelaziz Bouteflika) passera. En boycottant, on veut disqualifier le vainqueur », soutient Habib. C’est donc dans la rue, que Habib nous donne rendez-vous pour les prochains épisodes de ce feuilleton.

Adel, 27 ans, responsable jeune dans la wilaya d’Alger au RND, soutient Abdelaziz Bouteflika

A l’instar de Habib de Jil Jadid, Adel est un as des réseaux sociaux. Mais contrairement à son homologue de Jil Jadid, ce jeune militant du RND, chargé de la campagne sur les réseaux sociaux du RND, parti affilié au pouvoir en place, utilise exclusivement Facebook, n’ayant pas encore apprivoisé Twitter et les autres outils du web 2.0. Avec le responsable de la section jeune de chacune des 57 communes de la wilaya d’Alger, Adel anime la page « Jeunesse RDN wilaya d’Alger », fondée en 2012, qui compte plus de 1.000 membres. Militant d’un parti de la majorité gouvernante, Adel dit apprécier cet espace de communication. « Avec internet, on a plus de liberté pour nous exprimer et défendre notre candidat », explique le jeune homme de 27 ans, dont la direction de parti a apporté un soutien inconditionnel à Abdelaziz Bouteflika. Quasiment chasse gardée de l’opposition pendant longtemps, les partisans du 4è mandat, à l’image d’Adel, investissent à leur tour les réseaux sociaux. « On transmet des éléments de langage et des informations sur notre programme. On débat aussi avec nos adversaires », dit le responsable jeune de la wilaya d’Alger.

A côté des nouveaux outils, les vieilles recettes de campagne sont toujours de vigueur au siège du RND, situé dans un bel édifice à Alger centre, près de la Grande poste. A l’instar de Walid, le militant pro-Benflis, et Habib, le responsable de Jil Jadid, Adel et son équipe de jeunes ont joué un rôle essentiel dans la récolte de signatures de citoyens. Au total 23.000 formulaires ont été paraphé par des électeurs approuvant la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à Alger, confie Adel. Une goutte d’eau par rapport aux 3 millions de signatures que l’entourage du Président sortant affirme avoir recueillis. Face aux lourds soupçons de fraude qui ont entaché la collecte de signatures du Président-candidat, Adel réplique : « Le RND n’a pas recours à des pratiques douteuses. Nous sommes une ancienne structure, bien implantée sans la société algérienne ».

Ce n’est pas la première fois qu’Adel participe à une élection présidentielle. « J’étais déjà là en 2009 en tant que simple militant », se souvient ce diplômé en gestion de ressource qui travaille ces dernières semaines à temps plein sur la campagne. Depuis 2006 et son entrée au RND, Adel a effectivement pris du galon. « J’avais 19 ans quand j’ai pris ma carte au parti. J’ai choisi le RND car j’avais vu des jeunes de mon âge avoir des postes à responsabilité dans le parti. Les jeunes au RND ne sont pas utilisés comme des faire-valoir », soutient Adel, ajoutant : « Le RND est vraiment ouvert sur les jeunes. Dans la charte du parti il est précisé qu’un quota de 30 % des sièges du conseil national du parti sont réservés aux membres de moins de 30 ans ».

Lorsqu’on demande à Adel ce qu’il pense des manifestations contre son candidat, qui pullulent à travers tout le territoire national depuis qu’Abdelaziz Bouteflika a officialisé son intention de briguer un 4è mandat, il répond du tac au tac : « La loi a été respectée, il est interdit de se rassembler sur la voie publique. Je suis pour l’application de la loi », affirme Adel, « en revanche il est illégal et pas démocratique d’interdire à Abdelaziz Bouteflika se de présenter. Au lieu de manifester contre sa candidature, ses opposants feraient mieux d’aller voter pour un autre candidat ».

Sabrina, 24 ans, militante au FNA, soutient Moussa Touati

Cette année, Sabrina découvre véritablement « ce qu’est une élection présidentielle ». Déjà aux côtés du candidat du FNA en 2009, pour son premier essai, Sabrina avait limité sa contribution à des interviews à la radio. Propulsée « presque par hasard » porte-voix de Moussa Touati, Sabrina se souvient avoir présenté le programme du candidat au micro de la chaîne III.

Cette année, pour la deuxième tentative de Moussa Touati à une élection présidentielle, Sabrina veut consacrer plus de temps à son favori. « J’ai vraiment commencé la campagne en février car avant j’étais trop prise par mes examens », explique cette étudiante en dernier cycle en pharmacie à l’université Bab Ezzouar…

Découvrez prochainement l’Episode 2 des Jeunes Algériens en campagne