L’interdiction par la wilaya d’Alger de l’hommage à Matoub Lounès, assassiné il y a tout juste 16 ans, est presque passée inaperçue. Le silence assourdissant des intellectuels et artistes algériens étonnent et interrogent. Que reste-t-il de la mémoire du chanteur engagé kabyle, 16 ans après sa disparition ? Éléments de réponse.

Des posters pour les uns, des bougies allumées pour les autres. Ils étaient une cinquantaine à se réunir mardi en début de soirée sur le parvis de la Grande Poste à Alger pour rendre hommage à Matoub Lounès, assassiné le 25 juin 1998. Bravant l’interdit de la wilaya d’Alger, qui avait refusé lundi de leur prêter la salle Atlas dans le quartier de Bab El Oued, ces admirateurs du chanteur kabyle rebelle ont tenu à honorer la mémoire d’une légende de la chanson. Une cinquantaine, c’est finalement peu pour un homme qui a combattu à sa façon le terrorisme et l’obscurantisme en Algérie. Bouzid Ichalalene, l’un des organisateurs de l’évènement censuré lundi, tente de justifier : « L’interdiction de la wilaya est intervenue à la dernière minute. Il fallait réagir vite. J’ai seulement fait une annonce sur mon profil Facebook mardi et quelques heures ils étaient une cinquantaine à répondre présent ». Pour le président de l’Association culturelle Taghzout, c’est la « preuve que Matoub Lounès est toujours apprécié par les Algériens ».

Mais le jour de l’anniversaire de sa disparition, peu d’artistes algériens se sont manifestés. Aucune voix au sein de la classe des intellectuels algériens ne s’est élevée pour critiquer la décision des autorités locales. La faute au gouvernement algérien, accuse Bouzid Ichalalene. « Le système est en train d’encourager la production folklorique plutôt que l’art engagé », regrette-t-il.

Lotfi Double Kanon, un fan

Dans la nouvelle génération de chanteur, Lotfi Double Kanon, aujourd’hui exilé en France, est l’un des rares à défendre la mémoire de Matoub Lounès. En janvier dernier, le rappeur d’Annaba demandait même à Ahmed Ouyahia, ministre chargé des affaires de la Présidence, et Khalida Toumi, ex-Ministre de la Culture, de décréter une « fête nationale à son honneur et que Matoub Lounès soit évoqué dans les livres d’histoire à l’école ».