Un climat d’émeute a gagné la ville d’In Salah ce samedi 28 février, suite aux affrontements entre de jeunes opposants au gaz de schiste et la gendarmerie, au niveau du site gazier de la compagnie américaine Halliburton, situé à 10 km au nord de la ville saharienne.

Joint ce samedi après-midi par téléphone, les membres du mouvement citoyen anti-gaz de schiste d’In Salah décrivent un « climat d’émeute » total. « Il y a des affrontements partout. Les femmes aussi participent aux affrontement face aux forces de l’ordre », décrit Abdelkader Bouhafs, militant anti-gaz de schiste, contacté par la rédaction d’Algérie-Focus, précisant que la place Soumoud, le cœur battant de la contestation pacifique, née le 1er janvier dernier, est aussi touchée par les échauffourées.

Les affrontements redoublent d’intensité ces dernières minutes. En ce moment même, les militants anti-gaz de schiste tentent d’attaquer toutes les institutions étatiques, certains encerclant le siège de l’APC, indiquent à Algérie-Focus des témoins oculaires. Le rassemblement à l’extérieur de la brigade de gendarmerie de la ville d’In Salah, pour exiger la libération de la dizaine de militant arrêtés aujourd’hui, se poursuit.

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Émeutes à In Salah ce samedi 28 février. Crédit Photo : « In Salah Sun & Power »

1 gendarme et 1 policiers transférés en urgence à l’hôpital d’Adrar

À son 62è jour, le mouvement citoyen, jusque-là pacifique, plonge donc dans la violence. Inquiets de voir la situation dégénérer davantage, les manifestants de la première heure estiment que les jeunes, qui sont allés à la confrontation avec la gendarmerie ce samedi, sont tombés dans le « piège de la provocation », tendu par le régime. « Ils étaient fatigués de se mobiliser pendant autant de jours et de ne rien obtenir. On a envoyé un moratoire au Président Bouteflika, il nous a répondu en disant que le gaz de schiste est un « Don de Dieu ». Donc, en résumé, si on n’accepte pas le gaz de schiste on n’accepte pas ce que Dieu nous donne. L’affrontement était inévitable », lâche Abdelkader Bouhafs, qui appelle les émeutiers au calme.

Emeutes à In Salah ce samedi 28 février.  Crédit Photo : "In Salah Sun & Power"
Emeutes à In Salah ce samedi 28 février. Crédit Photo : « In Salah Sun & Power »

Les altercations ont fait au moins 3 blessés graves au sein du corps de la gendarmerie, atteints par des jets de pierre, et 4 parmi les manifestants, touchés par des bombes lacrymogène notamment, d’après des sources concordantes. L’un des trois gendarmes ainsi qu’un policier, grièvement blessés, ont été évacués à l’instant à l’hôpital d’Adrar, précise une source hospitalière à Algérie-Focus. Les autres victimes collatérales ont été évacuées vers le centre hospitalier d’In Salah. Dans les affrontements près de la base vie d’Halliburton, un fourgon de police a été incendié, racontent des témoins oculaires. On apprend également qu’une dizaine d’activistes ont été arrêtés durant ces affrontements.

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Émeutes à In Salah ce samedi 28 février. Crédit Photo : « In Salah Sun & Power »

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Émeutes à In Salah ce samedi 28 février. Crédit Photo : « In Salah Sun & Power »

La radicalisation du mouvement a été déclenchée par des informations parvenues aux membres du collectif citoyen anti-gaz de schiste d’In Salah selon lesquelles la compagnie américaine Halliburton, avec la complicité de Sonatrach, est sur le point de lancer la fracturation hydraulique sur le deuxième puits-pilote cette semaine. Ce qui est perçu par la population locale comme un « passage en force » au moment même où les militants anti-gaz de schiste ont tenté de renouer le dialogue avec le régime d’Abdelaziz Bouteflika, en adressant la semaine passé un moratoire, cosigné par plusieurs experts algériens en énergie. « Sellal et Bouteflika sont responsables du climat d’émeute à In Salah », accuse Abdelkader Bouhafs.

Ce dernier souhaite que la mobilisation anti-gaz de schiste prenne une nouvelle forme. « Le régime veut nous imposer la fracturation hydraulique. Soit on l’accepte, soit on affronte le régime de façon pacifique. Il faut faire un barrage humain sur toutes les routes donnant un accès sur les lieux de forage, comme ça si les autorités veulent s’y rendre elles devront d’abord nous passer sur le corps », lance-t-il.

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