Le constat est à la limite du blasphème, mais c’est un cri du cœur. Difficile d’exprimer autrement notre désarroi devant cette vague de fond qui nous vient de la Péninsule Arabique et qui charrie tant de choses désastreuses ? La famille actuelle qui règne sur les lieux saints de l’islam est persuadée qu’elle a mérité ce privilège et cette bénédiction et que de ce fait elle s’autorise à faire la leçon au monde. Comme chargée d’une mission divine. Dieu l’aurait choisie en quelque sorte pour dire l’islam, puisque de surcroît disent-ils, cette religion a été révélée dans la langue arabe.

Partant de là, leurs oulémas considèrent que leur interprétation du dogme coranique ne doit souffrir aucune discussion. Leur postulat est donc imposé par des gens qui pensent que les 4/5 des musulmans n’étant pas arabophones ou ne maîtrisant pas leur langue, ils ne pourraient prétendre à la bonne exégèse. La réalité est tout autre puisque les plus grands savants de l’islam ne sont pas arabes. Mais ceci est un autre sujet de débat.

 Fort bien ! Mais là n’est pas l’essentiel. Nul n’a le droit de se poser en maître à penser et c’est faire offense à Dieu que de prétendre dicter à la terre entière la façon de penser, de s’habiller, ou de prier.

 « Dis : « Ô gens des Ecritures ! Mettons-nous d’accord sur une formule valable pour nous et pour vous, à savoir de n’adorer que Dieu Seul, de ne rien lui associer et de ne pas nous prendre les uns les autres pour des maîtres en dehors de Dieu ». Coran : 3/66

 Des siècles sont passés qui ont permis à l’islam, religion du juste milieu, de conquérir le cœur des hommes et voilà qu’une poignée de doctes barbus, allongés sur des coussins de dollars prétend faire la leçon à plus d’un milliard d’hommes et de femmes. Un homme, Mohammed Abdelawahhab décide de renverser la table et déclare caduques les quatre écoles de jurisprudence islamique. Exit donc l’imam Malek.

 Ils considèrent que nous nous sommes égarés. Pour eux, nous étions dans l’erreur. Nos ancêtres avaient tout faux jusqu’à l’arrivée du wahhabisme et la découverte des gisements de pétrole. Le dogme n’ayant pas pris le dessus sur la raison, l’argent va essayer, à son tour, de ramener plus d’un milliard de brebis égarées qui refusent de momifier leur existence. Alors tous les moyens sont bons, à commencer par l’argent et le lavage de cerveaux. On accueille les boursiers par brassées dans les universités islamiques de la Péninsule et on arrose allègrement les relais tout le long de la chaîne qui va de Ryad à la moindre petite mosquée de village en Afrique et ailleurs.

 Nous n’avons rien vu venir de tout cela ou du moins, on ne nous a pas tout dit, ou on nous a tout caché. Nous avions sous-estimé le danger. Nous ne savions pas que les candidats au Hadj et à la Omra, ramèneraient, dans leurs valises, de la baraka made in China et dans leurs têtes, des extravagances sans nom.

 Il y a parmi eux, les plus incrédules et les plus sincères de ces voyageurs qui sont revenus battant leurs coulpes, honteux de l’islam de leurs ancêtres, et tout à leur joie innocente et sincère de revenir au pays avec la « vraie » vision de l’islam.

 Il y a les nouveaux illuminés, ceux qui ont gobé en entier tout ce que leur ont appris les prédicateurs wahhabites, et qui se croiront à leur tour investis d’une mission salutaire de ré-islamisation salvatrice, pour sauver nos âmes, bien évidemment.

 Et il y a, le reste, les plus futés, ceux qui savent faire flèche de tout bois et qui pour rien au monde ne cèderaient le filon de la manne des pétrodollars et du commerce informel. De nouveaux marchands du temple, qui ne négligeront rien de ce qui peut faire grossir le trésor de guerre en prévision du grand soir. Car ils prédisent un grand soir, quand les musulmans seront enfin revenus sur la bonne voie, celle qu’ont choisie pour nous les plus conservateurs et les plus obscurantistes des musulmans et qui se disent salafistes. Ils se répartiront les territoires et les missions et tiendront périodiquement les conciliabules à chaque retrouvaille dans les lieux saints. Ils pensent qu’ils ont le temps pour eux et comptent sur la bienveillance ou la complicité de ceux qui nous gouvernent pour faire taire définitivement toute velléité démocratique et toute aspiration au progrès et à la libération de la femme.

 Cette vision de l’islam, nous la réfutons et nous avons comme seuls arguments, le poids de la raison et le sens du débat démocratique. Nous ne détenons pas la vérité mais nous considérons que la raison et le libre arbitre peuvent dialoguer avec la foi aussi longtemps que le dogme ne dictera pas sa loi. C’est à une confrontation saine et sincère que nous appelons ces nouveaux messagers. Faisons comme pour le hadj. Débarrassons-nous de nos préjugés, de nos certitudes et de notre argent et parlons-nous devant le Grand Témoin.

 Faites venir vos savants, faisons venir les nôtres et débattons au grand jour.