En cette période de soldes, les «magasins de marque», comme on dit chez nous, ont le vent en poupe et ne désemplissent pas. En dépit d’une législation jugée généralement peu encourageante, la «franchise», c’est le nom officiel de cette activité commerciale, était en plein développement en Algérie, au cours des dernières années. Les nouvelles enseignes fleurissent à vue d’œil dans les grandes artères commerçantes et dans les nouveaux centres commerciaux du pays. Le nouveau contexte économique et surtout financier, qui s’annonce depuis le début de l’année 2016, est-il susceptible de freiner cet élan ?

Le mouvement a débuté en 2003. On a commencé à voir apparaître dans le paysage commercial algérien, essentiellement dans la capitale, de nouvelles enseignes commerciales au nom  prestigieux. Son évolution n’a pas été celle d’un long fleuve tranquille. Certains sont venus et repartis très vite comme Carrefour. D’autres sont partis en laissant des ardoises comme le belge Quick, dont les fast-foods algérois n’ont pas tenu la route. Il y a aussi ceux qui étaient partis et qui sont revenus  comme Celio ou  Naf Naf.

Les grandes villes algériennes sont en mal de belles boutiques. L’engouement des consommateurs algériens pour la griffe étrangère, non contrefaite même si les prix restent élevés, est clair. Il suscite l’intérêt des fabricants étrangers de ces marques. Un intérêt croissant durant les dernières années, motivé par l’attrait d’un marché algérien très porteur. La liste des enseignes s’allonge à grande vitesse. La palme revient indiscutablement à la «fringue», Jules, Célio, Levis, Nike, Zara, Mango, Jenifer qui  doivent représenter près de la moitié des nouvelles boutiques. Mais on trouve également  Hippopotamus pour la restauration, Jacques Dessange et Yves Rocher pour la coiffure et le cosmétique, Roche-Bobois pour les meubles, Guy Degrenne pour la décoration et arts de la table, Speedy pour l’entretien et la réparation automobiles. La liste est loin d’être exhaustive…

Au cours des dernières années, des dizaines de contrats de partenariat en franchise ont été noués et de nombreuses  enseignes élargissent progressivement leurs réseaux de magasins. De grandes marques de distribution spécialisée, notamment Ikea pour le meuble, ont également affiché leur intérêt pour une implantation directe. Le développement des centres commerciaux accélère le mouvement. Et à Alger, Bab ezzouar est devenu la Mecque des magasins branchés, même s’il est concurrencé par le quartier chic de Sidi Yahia ou encore, plus timidement, par le centre-ville qui amorce son rattrapage. Mais le mouvement ne touche plus seulement la capitale. Désormais Oran ,Bouira et depuis quelques jours Setif, disposent aujourd’hui de leur «Mall» aux proportions impressionnantes qui sont des espaces privilégiés pour les magasins franchisés.

Des contraintes persistantes

Malgré ces évolutions récentes, la franchise reste encore peu développée en Algérie à l’inverse  de la Tunisie et surtout  du Maroc, où l’on compte déjà plus de 400 réseaux de franchise qui emploient des dizaines  de milliers  de personnes.
Dans notre pays, un certain nombre de contraintes majeures brident encore son développement. Le concept lui-même est encore mal connu des consommateurs algériens qui ne savent pas, le plus souvent, qu’une franchise opérant en Algérie est une entreprise algérienne inscrite au registre du commerce local même si elle est reliée par contrat à une compagnie étrangère.

En Algérie, la franchise n’est ni interdite ni autorisée. Tolérée et bien présente,  elle n’est pas encadrée légalement et réglementairement. Elle est fragilisée par l’interdiction de versement des royalties aux franchiseurs étrangers, des prix de location de plus en plus élevés dans les grandes villes et une administration trop lourde qui réclame encore une autorisation spécifique pour chaque magasin et dans chaque wilaya.

Quel avenir pour la franchise ?

Le nouveau contexte financier et réglementaire qui se mets en place progressivement avec la chute des ressources financières du pays et les mesures d’austérité adoptées par le gouvernement est-il susceptible de freiner cet élan ? Pas sûr du tout. La franchise pourrait en effet d’abord profiter de l’assouplissement, récent ou annoncé, de beaucoup de mesures restrictives  contenues dans la LFC 2009. A commencer  notamment par  le rétablissement  du crédit à la consommation, l’abrogation, prévue par le nouveau code des investissement, de l’obligation du  financement des investissements  en dinars, ou encore l’assouplissement de l’obligation de réinvestir les bénéfices liés aux avantages accordés aux investissements. Malgré ces évolutions récentes, la franchise restera cependant  encore fragilisée par l’interdiction, de fait, imposée par la Banque d’Algérie, du versement des royalties aux franchiseurs étrangers. Une contrainte qui n’a d’ailleurs pas empêché son développement rapide au cours des dernières années .

Hassan Haddouche

 

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