La question de la nature exacte de l’emprunt obligataire souverain qui sera lancé dans les prochaines semaines agite, en ce moment, les milieux financiers algériens. Principale question posée : les obligations émises seront-elles des bons  anonymes ou bien des titres nominatifs cotés en bourse ? Ou, ce qui est une autre façon de poser la même question, l’emprunt va-t-il cibler, à travers une large amnistie fiscale de fait, les vastes ressources de l’économie informelle ou bien se contenter de s’adresser à l’épargne  déjà bancarisée ? Lessiveuse ou pas lessiveuse ? La question reste posée  et on n’est pas sûr que les arbitrages définitifs aient encore été effectué par les autorités algériennes.

Abdelmalek Sellal a annoncé, le 3 mars dernier, le lancement d’un grand emprunt national en avril prochain. Le Premier ministre, qui a voulu se démarquer du débat actuel sur le recours à l’endettement extérieur, a précisé que la priorité des autorités algériennes était aujourd’hui de recourir à l’épargne nationale. Abdelmalek Sellal a donné quelques indications supplémentaires sur cet emprunt en précisant qu’il serait assorti d’«un taux d’intérêt très élevé de 5%».

L’Etat a besoin d’argent

L’idée d’un «grand emprunt national» faisait son chemin en Algérie depuis déjà plusieurs mois. La loi de finance pour 2016, malgré quelques économies sur les dépenses, prévoit un déficit du budget de l’Etat qui pourrait être de l’ordre de… 30 milliards de dollars. D’ou les informations qui circulent depuis quelques semaines à propos d’un assèchement précoce  du Fonds de régulation des recettes (qui était encore doté, justement, de 30 milliards dollars de réserves à fin septembre 2015). Si les prix du pétrole ne se redressent pas très fortement, il pourrait donc manquer, dès cette année, l’équivalent de plusieurs milliards de dollars à l’Etat algérien pour financer ses dépenses. Il  va nous  demander à partir du mois d’avril prochain de les lui prêter. Il va même faire les choses en grand puisque, on le sait maintenant depuis les  déclarations du ministre des finances de mardi dernier, l’Etat algérien s’achemine vers une grande opération «ouverte durant six mois» pour récupérer «autant d’argent que possible», selon les termes utilisés par M. Benkhalfa lui-même. Si les espoirs des argentiers algériens se réalisent et que le grand emprunt national collecte les fonds espérés, ils pourront donc compter sur l’équivalent en dinars de plusieurs  milliards de dollars et boucler sans trop de dommages l’année 2016. Le problème c’est qu’il faudra recommencer la même opération l’année prochaine et sans doute sur une échelle beaucoup plus grande du fait de l’épuisement probable du FRR dès cette année.

 L’argent de l’informel à la rescousse  ?

Confronté à des besoins financiers aussi importants au cours des prochaines années, l’Etat ne pourra pas se contenter de s’adresser seulement à l’épargne  déjà bancarisée, même en lui proposant des rendements plus attractifs (l’épargne à terme est actuellement rémunérée à des taux voisins de 2%par les banques algériennes) et en courant ainsi  le risque de siphonner les ressources du système bancaire national. Il va falloir mobiliser d’autres ressources en quantité très importantes. Ces ressources sont actuellement en dehors du secteur bancaire. Il s’agit de ce qu’on appelle communément l’«argent de l’informel».

Pour le mobiliser, l’Etat doit passer à la vitesse supérieure en matière d’amnistie fiscale. Voici à peine six mois, il proposait une amnistie fiscale moyennant le paiement d’une taxe de 7 %. Aujourd’hui, des experts financiers de plus en plus nombreux lui conseillent d’aller plus loin en émettant, à l’occasion du prochain emprunt national, des bons de caisse anonymes qui pourraient permettre de mobiliser les fonds de l’informel en leur proposant cette fois non pas une taxe, mais au contraire une rémunération de 5 %. Ce qui changerait évidemment beaucoup de choses et pourrait transformer le fiasco de l’opération lancée en octobre dernier en un vrai succès annoncé pour avril prochain.

 Hassan Haddouche

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