Face à une police et à un gouvernement qui ne semblent pas vouloir agir contre le harcèlement sexuel, de plus en plus de groupes d’activistes égyptiens ont décidé de se faire justice eux-mêmes.

Les rues du Caire ont depuis longtemps été un endroit périlleux pour les femmes égyptiennes, qui sont fréquemment interpellées, agrippées, menacées et parfois violées sous les yeux d’une police qui fait mine de ne rien voir. L’instabilité politique qui a fait suite à la révolution de 2011 et à la fin du régime autoritaire de Hosni Moubarak n’a rien arrangé à la situation. Le harcèlement est devenu encore plus visible lorsque l’armée elle-même a été impliquée dans ces agressions, déshabillant des manifestantes en pleine rue et pratiquant des prétendus tests de virginité.

Durant les années de règne de Moubarak, la police ne traitait pas ce problème avec sérieux, laissant toujours filer les agresseurs, et personne n’osait signaler une agression. Pendant des années, des activistes anti-harcèlement ont tenté, en vain, de mettre en lumière les problèmes de la société égyptienne, mais le soulèvement de 2011 a finalement fait naître un sentiment d’urgence au sein de la population.

L’action de ces groupes d’activistes commence à porter ses fruits : au lendemain de Eid el-Adha, le porte parole du président a annoncé que le gouvernement avait reçu plus de 1000 rapports d’agressions qui feraient l’objet d’enquêtes menées par le Ministère de l’Intérieur. Une mesure encore trop timide pour la plupart des citoyens égyptiens.

Les activistes n’agissent pas tous de la même façon : certains évitent à tout prix le recours à la force, formant une chaîne humaine entre les agresseurs et leurs victimes. D’autres n’hésitent pas à frapper ceux qu’ils soupçonnent de harcèlement, se mettant à dos les forces de police et certains citoyens qui condamnent cet excès de violence. Ces activistes justifient leurs actes par la profonde frustration qu’ils ressentent lorsqu’ils sont témoins d’agressions verbales ou sexuelles restant impunies.

Chirine Badr el-Dine, fondatrice de l’un de ces groupes, commença par interpeller les hommes présents dans des wagons exclusivement pour femmes dans le métro du Caire. Lorsque ces hommes refusaient de descendre, elle les filmait et postait les vidéos sur internet. L’été dernier l’un de ces hommes l’agressa. “J’ai voulu déposer plainte mais l’officier de police a refusé. ” Pour elle, certains groupes d’activistes ont recours à la force car la police finit toujours par libérer les suspects. “La violence n’est pas notre méthode,” dit-elle, “Mais la pression est énorme.”

Nihal Zaghloul, devenue activiste au sein du groupe Imprint après avoir été elle-même victime de harcèlement, est moins critique vis-à-vis des policiers égyptiens. “Ils sont en sous-effectif, et en même temps, ils font partie d’une société qui condamnent toujours les femmes, bien qu’ils sachent que c’est mal. ” Elle craint que les méthodes d’autres groupes d’activisme ne leur fassent perdre la sympathie de la population pour leur cause, mais ajoute: “Personne ne comprend leur frustration mieux que moi.”

LS