Le 4e mandat sera le mandat de la stabilité, de la transition, du renforcement de l’Algérie. Telles étaient les promesses du Président et de son entourage. De belles paroles qu’il faut désormais concrétiser en 5 années seulement. Le prochain gouvernement sera-t-il capable de répondre aux attentes des Algériens ?Algérie-Focus.com vous fait le point sur les prochains défis auxquels nos ministres vont devoir impérativement répondre.

1 – Logement pour tous

Le logement, pierre angulaire des trois derniers mandats d’Abdelaziz Bouteflika va  être encore un point essentiel de la politique du Président récemment réélu. Les formules de logement seront maintenues a-t-on promis à la présidence. Donc pas de bouleversement majeur dans la politique de logement. En revanche, le gouvernement va clairement devoir réviser ses modèles de réalisation et d’attribution de logements. 2 298 499 logements toutes formules confondues, ont été lancés entre 2005 et 2012. Les derniers chiffres donnés par le Ministère du logement annonçaient également 1 million de logement lancés entre 2010 et 2014. Or sur la période 2005-2012 seulement 1 531 518 logements ont été livrés.

Le prochain quinquennat 2015-2019 prévoit la réalisation de 1,6 million de logement, mais pour mener à bien cet objectif il faudra réviser la politique d’attribution et prévoir les délais réalisation. Les constructions avancent à un rythme encore faible, le ministère de l’Habitat et du logement va devoir sélectionner plus d’entreprises ou renforcer sa sélection lors des appels d’offres. Le gouvernement devra clairement repenser sa logique d’attribution. Trop d’acteurs interviennent dans ces étapes clés, ce qui favorise le détournement de biens.

 2 – Lutter contre l’inflation 

La stabilité promise devra également passer par le coût de la vie en Algérie. L’inflation, sera l’un des grands défis du prochain gouvernement. Les ministres du Commerce et du Travail auront à leur charge de lutter contre la flambée des prix périodique qui défavorisent les couches les plus défavorisées de la société algérienne. Évaluée à 2% au cours du mois d’avril, l’inflation risque d’augmenter à nouveau au cours du mois de Ramadhan.

Un chantier énorme qui devra passer par la réorganisation du commerce du détail et du gros, la régulation du marché national comme international. Les prix restent trop fluctuants et trop dépendants d’événements extérieurs notamment à cause de l’important volume des importations de l’Algérie. Le pays va devoir clairement penser de plus en plus à l’auto-suffisance en misant sur les productions locales.

3 – Freiner les importations

Justement les importations qui représentaient en 2013, 58,85 milliards de dollars, augmentant encore de 8,89%,  devront absolument être freinées lors du prochain mandat. La balance commerciale ne cesse d’être déséquilibrée avec un excédent commercial qui n’a pas arrêté de s’amenuiser ces trois dernières années, passant de 26, 2 milliards de dollars en 2011 à 11,06 milliards de dollars en 2013.

Favoriser la production locale devient un impératif pour freiner les importations à tout va. Le 4e mandat devra prendre en charge ce problème en profondeur. L’une des mesures pourrait être le retour au crédit à la consommation destiné pour des produits locaux. 

4 – En finir avec la bureaucratie

Administration simplifiée. Deux mots qui devraient devenir un leitmotiv pour le gouvernement. Abdelmalek Sellal s’était engagé lors du 3e mandat « à supprimer 90% de paperasse inutile », il devra donc tenir sa promesse lors des cinq prochaines années. Épurer et simplifier les démarches pour les particuliers comme pour les professionnels seront la priorité pour mettre fin à la bureaucratie qui ronge le temps des Algériens et la régularité de l’administration. Un moyen complémentaire de lutter contre la corruption, favorisée par la multitude d’acteurs et d’étapes inutiles. Pour ce faire, il faudra s’attaquer directement à la législation.

5 – Lutter contre la corruption 

La corruption sera le thème sur lequel le pouvoir algérien est attendu au tournant. Des gigantesques scandales de corruption qui ont éclaté au grand jour ces 15 dernières années, aux petites mains où circulent des liasses de billets pour un service, le nouveau gouvernement algérien doit faire le ménage. Faire tomber des têtes pour l’exemple ne suffira pas pour convaincre que la corruption a arrêté de gangrener la société. Il faudra déjà aller jusqu’au bout des poursuites judiciaires lancées contre les présumés corrompus, notamment ceux de l’affaire Sonatrach II, comme Chakib Khelil ou Farid Bedjaoui pourtant recherchés par Interpol, qui n’ont toujours pas répondu aux accusations de la justice…

6 – L’avenir professionnel des jeunes algériens

La jeunesse algérienne devra être au cœur des préoccupations gouvernementales. Priorité numéro 1, réduire le chômage des universitaires. Ils sont les plus touchés par le manque d’emploi, avec un taux de 9,8 %. En amont il faudra dans un premier temps régler le problème de la formation universitaire. Les étudiants formés à la théorie sont perdus une fois lâchés dans le milieu professionnel.

L’insertion professionnelle est aussi à prendre en compte. Si des filières sont bouchées, d’autres sont complètement désertées. Ce qui attend le gouvernement ? La promotion de secteurs qui embauchent ou encore de la formation professionnelle. L’université algérienne doit travailler sur son image à l’international, en s’ouvrant à travers des échanges. La modernisation de la formation sera également un défi à relever avec le développement des partenariats privés-publics. 

7 – Travail pérenne

L’insertion des jeunes est une priorité mais encore faut-il qu’elle soit pérenne. Offrir un tremplin est une chose, mais l’encadrement sera indispensable pour ces jeunes travailleurs. L’un des gros chantiers sera repenser le dispositif ANSEJ, qui se pose plus comme une machine à faillite, que créatrice d’emplois. Le gouvernement entend bien le maintenir, mais il faudra trouver une solution aux milliers d’entreprises qui ont fait faillite quelques années après le lancement de leur activité, ou qui n’ont jamais pu rembourser leur emprunt. Les autoriser tacitement à ne pas recouvrer leurs prêts ne les aidera pas à développer leurs activités à long terme, et surtout il s’agit encore d’une dépense publique incontrôlée.  

8 – Protéger et valoriser le sud algérien

Le développement grand sud a été le thème de campagne, et sera l’objectif à ne pas oublier. Il faudra dans un premier temps sécuriser cette région dont certaines frontières sont une source d’instabilité à cause des crises qui secouent les pays voisins, et la menace terroriste au Sahel.  Une contrainte qui freine considérablement la relance du tourisme saharien, fortement impacté par l’attaque terroriste qui a eu lieu en janvier 2013 dans le site gazier de Tiguentourine, au sud est de l’Algérie.

 9 – La Santé 

La santé, est le secteur à réformer en urgence en Algérie. Manque de structures médicales, répartition inégale de médecins sur tout le territoire, pénurie d’équipements médicaux… sont autant de problèmes à régler dans le milieu de la santé qui est inefficient. Le secteur doit même représenter un enjeu crucial pour le 4e mandat. Des investissements devront donc être concédés dans toutes les strates du secteur de la santé. Il faudra surtout repenser à la gestion de ce secteur qui alimente la colère des Algériens ou qui pousse les médecins formés en Algérie à fuir vers d’autres pays.

 10 – Révision Constitutionnelle

La révision de la Constitution est la première mesure que le gouvernement va devoir gérer. D’ici l’automne prochain,  nos ministres vont devoir mener des consultations afin de mener à bien la réforme de la Constitution. La nécessité d’une modernisation du système politique algérien devient pressante. Abdelaziz Bouteflika parle d’une révision consensuelle de la Constitution, il faudra donc donner un vrai droit de regard à l’opposition et cesser de lui donner un rôle de figurant.

11 – Faire appel à la diaspora algérienne

Les Algériens de l’étranger seront également à prendre en compte pour les projets du prochain quinquennat. Avec près de 5 millions d’Algériens à l’étranger, l’Algérie peut également compter sur leur investissement à travers des projets professionnels, ou comme relais de la culture algérienne.  Pour attirer la diaspora algérienne, il faudra d’abord régler la question de la cherté des billets d’avion à destination de l’Algérie. Autre problème à régler : simplifier, une fois encore, l’administration dans les consulats de l’étranger où règne l’anarchie et les passe-droits.

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