Liès Saadi est député FLN de la wilaya d’Alger depuis les dernières législatives. A l’Assemblée populaire nationale (APN), il s’est distingué par ses coups de gueule contre la gestion de certains secteurs ministériels et grandes entreprises publics, parfois sous le regard médusé des ministres de tutelle. En avril dernier, il s’est révolté contre la situation catastrophique d’Air Algérie et sa transformation en « une entreprise familiale », en présence de Amar Ghoul, ministre du secteur d’alors.  En juin dernier, il a dénoncé le « manque de transparence » dans la gestion du commerce extérieur et a appelé à lutter contre « les lobbies de l’importation qui sont à l’origine de l’hémorragie des devises ». Ses diatribes trahissent l’unicité du discours tout-va-bieniste de son parti. Cependant, sa véhémence verbale peut vraisemblablement se transformer facilement en violence physique. En effet, en janvier 2014, un fonctionnaire de l’APN l’avait accusé d’agression verbale puis physique à son encontre. Motif: Le fonctionnaire aurait refusé d’obéir au député qui lui demandait de photocopier un document interne au FLN !
Dans cet entretien à Algérie Focus, Liès Saadi jette un nouveau pavé dans la mare. Il dénonce un projet diabolique mis en place depuis de très longues années qui consiste à déraciner les enfants de la capitale et spolier celle-ci de son identité à travers la démolition du vieux bâti et, du coup, la destruction des anciens quartiers populaires d’Alger. Liès Saadi sait de quoi il parle puisque lui-même en est issu. Il était même vice-P/APC de Beluizdad (ex-Belcourt).  
 
Algérie Focus: Vous avez interpellé le gouvernement à travers une question orale sur la situation des quartiers populaires d’Alger. Qu’est-ce qui vous a motivé à le faire ?
 
Liès Saadi: Il y a un deux poids, deux mesures dans la prise en charge des quartiers au niveau de la capitale. Il y a des quartiers qui sont en constante rénovation, tandis que les quartiers populaires sont à l’abandon ou carrément démolis. Or, ces derniers abritent des sites historiques qui sont témoins de notre Histoire. Et si l’on continue sur cette lancée, on risque d’effacer le véritable visage d’Alger. Parce que l’histoire d’Alger a été faite au niveau des quartiers populaires. C’est, en effet,  Belcourt, El Harrach, Bab El Oued, entre autres quartiers, qui constituent la capitale. Le mouvement national et la révolution du 1er novembre 54 sont nés dans les quartiers populaires, et des leaders nationalistes qui ont combattu le colonialisme français y sont issus. Il faut donc préserver notre Histoire à travers la préservation de ces quartiers.
Votre question orale a été adressée au  ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Nouredine Bedoui. Qu’attendez-vous de lui ?
L’actuel ministre de l’Intérieur, récemment nommé à ce poste, a le pouvoir de faire bouger les choses. Les collectivités locales sont sous sa tutelle. Il peut donc instruire les walis, qui sont sous son autorité, de mieux prendre en charge le vieux bâti [au lieu de le démolir complètement]. Des quartiers ont déjà été entièrement rasés par le passé, mais ça n’a rien apporté. Je vous donne l’exemple du Hamma qui a été rasé depuis maintenant vingt ans. Et qu’est-ce que ça a donné ? Rien d’extraordinaire. A part la construction de l’hôtel Sofitel. Pour ériger un hôtel, on a déplacé près de 20 milles habitants. C’est une aberration !
 
Vous revendiquez donc la restauration et la rénovation du vieux bâti ?
 
C’est bien de cela qu’il s’agit. Car, il est impératif de préserver le patrimoine historique de la capitale. Un pays qui n’a pas d’histoire, ça n’en est pas un. Si on rase des quartiers populaires tels Bab El Oued, Cervantès, la Carrière, Belcourt, la Casbah, quelle histoire auront nous ? Et pour nous les habitants de la capitale, l’identité d’Alger se décline à travers  ses quartiers populaires. Parfois, on a comme l’impression qu’ils (les pouvoirs publics, NDLR) font exprès de laisser à l’abandon ou de détruire ces quartiers. Et je dis qu’au lieu de démolir le vieux bâti, il faut plutôt le rénover quand c’est possible.
 
 
Il me semble qu’il y a une arrière pensée derrière cela et que l’existence de ces quartiers dérange certains cercles. Il y a aussi une tendance à déplacer les populations d’origines de ces quartiers vers d’autres régions au motif de la démolition. Mais après reconstruction, on y ramène de nouveaux locataires venus d’ailleurs. C’est comme si l’on voulait modifier l’histoire de ces quartiers.
Qu’est-ce qui justifierait un tel dessein ?
Je ne sais pas. Mais ce que je sais par contre, c’est que des arrivistes veulent déraciner les enfants de la capitale et les envoyer ailleurs. C’est cette politique qui est actuellement mise en oeuvre. Et cette politique n’est pas emprunté spontanément, mais elle obéit à des arrière-pensées. Et cela fait pratiquement 40 ans que cette politique est en vigueur.
Entretien réalisé par Nihel Dziri
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