Je ne sais par pour vous, mais moi, hier, j’ai crevé d’envie d’être tunisienne. Bizarrement, ce n’était pas pour me réjouir de la chute d’un dictateur, mais plus pour sentir cette satisfaction de l’union d’un peuple.

J’aurais aimé sortir dans la rue avec tous mes compatriotes et hurler ma joie d’avoir accompli quelque chose ensemble. Oui, ce sentiment d’appartenance à un peuple me manque affreusement.

J’aime l’Algérie, mais je me demande c’est quand la dernière fois que j’étais fière d’être algérienne. Honnêtement, je ne m’en souviens plus.

Il y a eu certes les quelques allégresses des victoires de match de foot, sinon rien, nada, ziltch. Alors, hier, pour tromper ma conscience, j’ai décidé d’être tunisienne afin de savourer ce sentiment de faire partie d’un peuple et cette joie de dignité retrouvée.

Je me rappelle quand j’étais enfant et que mon père que Dieu ait son âme, me racontait les yeux pétillants de fierté, les sacrifices par lesquels lui et ses compatriotes sont passés pour dire non aux français, non à l’oppression, non à l’humiliation et non à la division de leur peuple, je me répétais dans ma petite tête,

Oh combien j’étais fière de mon papa. Et, je me suis dit, que ces tunisiens de ma génération ont une sacrée chance de pouvoir raconter fièrement à leur enfants, qu’ils se sont battus pour eux, qu’ils ont sacrifié jusqu’à leur vie pour leur offrir une vie décente digne d’un être humain.

Je les trouve très courageux, ces tunisiens. Le peuple n’a pas attendu après un sauveur ou un parti quelconque pour améliorer son sort. Ils se sont dit assez c’est assez, enough is enough! Ils sont sortis dans la rue, ils ont résisté, ils ont perdu des vies, mais ils sont restés debout jusqu’à ce que l’oppresseur tombe.

Alors, j’ai risqué une pensée audacieuse et silencieuse. Et, si nous aussi, nous…hein ? Serait-il possible ? Je le dis doucement car comme tous les algériens, j’ai peur. Mais bon, heureusement, je peux encore penser. Dans la situation actuelle, c’est encore un luxe que je peux me permettre. Demain, qui sait ?

Ils l’ont fait, ils ne sont pas loin, ils sont juste là avec les mêmes données, la dictature, les politiciens véreux, les islamistes, le chômage, la corruption, le manque de logement, la cherté de la vie, les jeunes désespérés qui jettent des pierres aux policiers, enfin ils nous ressemblent tellement ! C’est vrai que nous avons le pétrole, ce maudit pétrole…!

Sérieusement, pourquoi eux et pas nous ? Et si nous tassions ces barrières que toutes les manipulations et violence, psychologiques, financières, verbales et physiques que notre gouvernement nous fait subir, que nous continuons d’accepter et qui engendrent toutes nos peurs qui barrent notre chemin vers la dignité ?

Les tunisiens l’ont fait, pour eux, pour leurs enfants mais aussi pour nous et pour les peuples arabes. J’ai même l’impression que c’est le premier peuple arabe qui dit non à son gouvernement. Et, c’est là le grand changement. Merci !

J’ai lu quelque part que notre gouvernement, sentant la soupe chaude, a pris des mesures d’urgence pour nous donner un bonbon. Je n’ai même pas voulu lire ces décisions grotesques pour m’éviter une autre insulte à mon intelligence et à ma dignité d’algérienne ou de ce qu’il en reste.

Merci, les tunisiens de me permettre de rêver et même de jubiler. Je ne peux m’empêcher de ressentir cette joie, quelque peu malsaine, d’imaginer la trouille que Bouteflika et ses sbires ont ressentie hier.

J’arrive même à visualiser tout ce beau monde dans un avion tournant en rond dans le ciel pour chercher asile. Wow ! Fermez les yeux et essayez ce rêve fou. C’est merveilleux comme sensation ! Non ?

Nacera K