Le marché parallèle de la devise n’est pas prêt de disparaître. Le ministre des finances, Karim Djoudi, avait beau bomber le torse devant les sénateurs voici quelques jours en affirmant que : « Le gouvernement va combattre le marché informel de la devise. La loi ne permet pas l’existence d’un marché parallèle de la devise »  ajoutant sur le même ton solennel : « dans l’économie, il existe un marché officiel. Il n’y a pas de place pour le marché noir ». En fait , Karim Djoudi sait très bien que c’est son collègue de l’intérieur Daho Ould Kablia qui a raison et qui a bien résumé le sentiment général en soutenant que le marché parallèle du change ne doit pas être interdit car les « citoyens y trouvent leur compte ».

Par cette affirmation en forme d’aveu, M. Ould Kablia est même encore au dessous de la vérité. Dans l’état de fonctionnement et d’organisation actuels du système financier algérien, on peut soutenir sans aucune exagération que le marché noir de la devise est aujourd’hui une activité de salubrité publique. En l’absence de mise en place des bureaux de changes officiels annoncée depuis des années et toujours pas appliquée, le change au noir est aujourd’hui le seul moyen pour le simple citoyen, l’ homme d’affaire ou le  patron de PME , de voyager, d’acheter un médicament introuvable sur le marché national ou une pièce de rechange sans passer des mois à attendre un crédit documentaire. Le marché noir des devises est une soupape de sécurité pour tout le monde et sa disparition nous ramènerait dans beaucoup de domaines aux pires années de pénuries.

Le marché noir de la devise n’est pas un marché informel comme les autres

Le marché parallèle de la devise n’est d’ailleurs pas, contrairement à ce qu’affirme trop rapidement certains députés ces derniers jours, un marché parallèle comme les autres. Qu’est ce qui est reproché à la plupart des marchés informels et qui justifie qu’on lutte pour leur éradication ? Dans l’ordre, ils créent des nuisances en occupant illégalement l’espace public et en y déversant souvent des déchets nuisibles pour les riverains et la propreté de nos villes. Deuxièmement, les « commerçants » actifs sur ces marchés ne paient pas d’impôts. Et surtout, c’est le principal danger représenté par les marchés  informels, ils prennent la place et ils s’agrandissent tendanciellement au détriment d’une activité légale déjà existante vis-à-vis de laquelle ils exercent une concurrence déloyale.

Dans le cas du marché noir de la devise, pas de nuisance sur l’espace public et surtout pas de concurrence déloyale vis-à-vis d’une activité légale existante puisque  précisément cette activité n’existe pas et qu’il vient suppléer une carence considérable du système financier national dans ce domaine.

Le marché noir de la devise, un marché moderne, efficace et transparent

Reste le fait que les opérateurs du marché noir de la devise ne paient pas d’impôts. Si l’Etat veut soumettre cette activité à un impôt, il faudrait d’abord qu’il commence par faire son propre travail d’organisateur et de régulateur du marché. Rien ne l’empêche de légaliser progressivement le change parallèle en invitant la Banque d’Algérie à mettre en place le cadre juridique qui permettra à un marché secondaire de la devise de se développer. Tous les spécialistes disent que les timides tentatives du début de la décennie écoulée dans ce domaine ont échoué faute de réflexion suffisante sur les conditions de viabilité des bureaux de change officiels. La tâche n’est pourtant pas insurmontable puisque de tels bureaux de change existent et fonctionnent très correctement dans les pays voisins.

En attendant le marché noir de la devise fonctionne très bien et possède toutes les caractéristiques d’un marché transparent, loyal, organisé et concurrentiel… voire moderne. Les cours de change sont uniques sur l’ensemble du marché et connus de tous. Ils sont révisés très régulièrement en fonction de l’état l’offre et de la demande. Les commissions perçus par les intermédiaires sont relativement modestes. Le marché est bien approvisionné et les transactions s’y effectuent avec une rapidité et une facilité qui pourrait être citées en exemple.

Autant de caractéristiques et de performances dont le ministère des finances et la Banque d’Algérie au moment de concevoir la future architecture du marché secondaire et officiel de la devise, s’il voit le jour, auraient tout intérêt à s’inspirer. Pour l’instant le marché noir de la devise a encore de beaux jours devant lui et on ne peut que lui souhaiter une bonne continuation.

Hassan Haddouche