Les deux quotidiens Monjournal et Djaridati ont été frappés dimanche 19 mai par une interdiction de parution. Pour le directeur de la publication, Hicham Aboud, son dossier consacré à la « détérioration » de l’état de santé du Président Abdelaziz Bouteflika a « touché à un point sensible ». 

« Ce n’est pas un acte de censure mais une interdiction de parution », tient à préciser Hicham Aboud, joint dimanche par nos soins. Hier, le journaliste et dirigeant des quotidiens Monjournal et Djaridati a reçu un appel du Ministère de la communication au sujet du dossier traitant de l’hospitalisation du Président Boutelika à Paris, dans lequel les rédactions de Monjournal et de Djaridati évoquent une détérioration de l’état de santé du Président qui se trouve, selon elles, dans « un coma profond qui pourrait durer des semaines ». « On m’a demandé de retirer les pages consacrées à ce dossier. J’ai refusé pour deux raisons : d’abord, c’était techniquement impossible de remplacer ces deux pages, on avait bouclé le journal. Et par ailleurs, je me refuse à toute forme de censure ou d’autocensure », déclare Hicham Aboud. « J’ai averti le Ministère de la communication que j’acceptais l’interdiction de parution parce que je n’avais pas d’autre choix », poursuit-il. En conséquence, les numéros de Monjournal et Djaridati sont absents des rayons des marchands de journaux dimanche.

« Un embargo » sur l’état de santé du Président

La presse a beau, en principe, être libre en Algérie, les soucis de santé du Président Abdelaziz Bouteflika sont encore un tabou difficile à briser, estime Hicham Aboud. « Il y a un embargo sur tout ce qui relève de la santé maladie du Président », assure l’ex-capitaine du Département du renseignement et de la sécurité, qui dit avoir « touché un point sensible » avec le dossier mis en cause.

Il s’agit là d’un cas rare de musellement de la presse dans le pays, pourtant reconnu pour sa tolérance envers la profession. « C’est la première fois depuis la prise de pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika qu’une interdiction de parution est décidée », assure même Hicham Aboud, qui estime que cette mesure nuit à l’image du pays à l’étranger. Au fil de la matinée, l’annonce de l’interdiction des deux quotidiens algériens s’est effectivement répandue comme une traînée de poudre dans le monde entier et le directeur de la publication est très sollicité par les médias internationaux.

Mais, dès demain, Monjournal et Djaridati seront de retour dans les kiosques à journaux. « Nous n’avons reçu aucune notification de suspension », conclut Hicham Aboud.

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