Lu sur Humanité

La Ligue des droits de l’homme, le site Mediapart et l’Humanité, avec les Amis de l’Humanité, ont lancé un appel pour connaître enfin la vérité sur l’assassinat de Maurice Audin, pendant la guerre d’Algérie.

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«Depuis le lancement de l’Appel des douze, il y a quatorze ans, deux militaires ont enfin regretté l’assassinat de Maurice Audin, pendant la guerre d’Algérie, mais aucun politique ne s’est encore exprimé », regrettait un Charles Silvestre (vice-président des Amis de l’Humanité) très ému, lundi soir, sur la scène du théâtre Le Tarmac, à Paris, au côté de l’historien du PCF, Alain Ruscio, Sadek Hadjerès (ex-secrétaire général du PAGS), Gilles Manceron (modérateur), Nathalie Funès (journaliste au Nouvel Observateur), René Gallissot (historien) et Malika Rahal (historienne).

« Le président François Hollande n’a même pas pris la peine de répondre à sa veuve, Josette Audin, qui lui a écrit en février dernier. Nous vous invitons à signer l’appel que nous allons lancer, avec Mediapart, pour demander la vérité sur l’assassinat de Maurice Audin. Les autorités françaises doivent solliciter officiellement les autorités algériennes pour qu’elles ouvrent les fosses communes afin de retrouver le corps de Maurice Audin, enterré avec ceux de centaines d’Algériens torturés et tués aussi par l’armée française. »

Rappel des faits : le 11 juin 1957, le jeune professeur de mathématiques, à Alger, membre du Parti communiste algérien, est arrêté par les parachutistes commandés par le général Massu, chargés par les autorités françaises de maintenir l’ordre. Emprisonné et torturé, il n’a jamais réapparu. Lorsque l’un des chefs des paras finit par affirmer à son épouse, Josette, qui a remué ciel et terre pour obtenir des informations, que son mari s’est « évadé », elle comprend qu’il a été tué et dépose plainte pour homicide volontaire.

Plus de cinquante ans après, on ne connaît toujours pas la vérité sur sa disparition. Les révélations publiées par le Nouvel Observateur, en 2012, sous la plume de Nathalie Funès (présente ce lundi soir), et les propos tenus par le général Aussaresses, en 2013, peu avant sa mort, font que les autorités françaises ne peuvent continuer à se taire.

Lors de la table ronde, pendant laquelle étaient présents l’actrice Anouk Grinberg et l’artiste Ernest Pignon-Ernest, aucune question n’a été éludée. Edwy Plenel, directeur du site Mediapart, a rappelé le rôle du gouvernement, présidé alors par Guy Mollet, puis par Maurice Bourgès-Maunoury, comme celui du ministre résident en Algérie, Robert Lacoste ; tout en rendant hommage au mathématicien Laurent Schwartz et à Pierre Vidal-Naquet, qui se sont battus, à l’époque, pour dénoncer un scandale d’État à l’égal de l’affaire Dreyfus. Sans oublier de noter que le groupe communiste d’alors avait voté les pouvoirs spéciaux (12 mars 1956). « Tactique parlementaire », expliqua l’historien Alain Ruscio (reprenant l’expression de Roland Leroy… en 1981), « vite rattrapée par les éditos virulents de l’Huma » (saisie trois fois dans l’année 1956), durant les « événements », et par les questions au gouvernement de Jacques Duclos (« Qui a tué Maurice Audin ? ») à l’Assemblée nationale.

Puis Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction de l’Humanité, assura que le journal de Maurice Audin « sera toujours son journal », comme il était celui de son camarade Henri Alleg, l’auteur de la Question.

La longue marche pour connaître la vérité continue.