Abdou-Semmar1Scandale. A 82 ans, madame Geneviève de Fontenay s’est attirée les foudres de toute l’Algérie après son incroyable déclaration lors de la finale du concours Miss Algérie, organisé jeudi soir à l’hôtel Hilton. «L’Algérie française», a-t-elle dit devant une assistance composée de ministres et d’épouses des hauts dirigeants algériens. Indignées, ces personnalités se lèvent et quittent précipitamment la cérémonie. Le lendemain, le ministère de la Jeunesse, qui a parrainé le concours, se fend d’un communiqué vengeur contre l’ex-directrice du concours de Miss France, qui a porté atteinte à la dignité des Algériens. L’émotion est légitime. Mais l’hypocrisie de nos autorités l’est beaucoup moins.

Hypocrisie parce que nos ministres et nos dirigeants sont les premiers laudateurs de cette «Algérie française» dont nous accable une dame de 82 ans à la santé mentale fragile selon toute vraisemblance. Des laudateurs clandestins puisque ces mêmes dirigeants en colère ont économisé leur indignation lorsque leur propre chef, notre Président de la République, écoule toutes ses journées dans les hôpitaux huppés parisiens pour se soigner et revenir briguer un 4e mandat. Aucun de nos dirigeants n’avait, à l’époque, manifesté son indignation lorsque le chef de l’État en personne était parti entretenir le mythe de cette «Algérie française» en effectuant le moindre contrôle médical dans les cabinets de cette même France honnie et méprisée. 50 ans après l’Indépendance, s’il y a bien des gens en Algérie qui ont du mal à s’émanciper de cette «Algérie française», à savoir une Algérie qui dépend pour tout et rien de son ancienne puissance colonisatrice, ce sont bel et bien nos dirigeants.

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Quand le Président d’un État souverain ne fait plus confiance aux hôpitaux de son propres pays lors d’un simple contrôle de routine, peut-on encore parler d’un État efficient, sérieux ou cohérent ? Peut-on gober encore les diarrhées verbales de notre régime qui fait de la souveraineté un dogme idéologique alors que ses décideurs sont les premiers à dépenser leurs devises dans les caisses des cliniques françaises ?

«L’Algérie française» est méprisable. Certes. Mais qui la maintient encore en vie ? L’organisateur de ce concours de Miss Algérie ou ces dirigeants algériens qui achètent, comme le patron du glorieux FLN Amar Saïdani, les biens immobiliers dans les quartiers chics de Paris ? Pourquoi Fidel Castro ne part pas se soigner aux États-Unis d’Amérique ? Pourquoi le brésilien Lula n’effectue un séjour pour raison médicale au Portugal ? Et Erdogan, pourquoi il n’est pas hospitalisé à Berlin pour un contrôle de routine ? Parce que ces dirigeants sont cohérents avec leur politique et ne courbent pas l’échine devant les puissances occidentales une fois malades après les avoir incendié durant toute une vie dans les manuels scolaires de leurs écoles.

Parce que ces dirigeants n’érigent pas l’hypocrisie en politique et le développement de leur pays est un souci majeur. En revanche, ces ministres algériens choqués par «l’Algérie française» sont les premiers à scolariser leurs enfants au, justement, Lycée français Alexandre Dumas à Alger où il faut payer rubis sur l’ongle les frais de scolarité de ses enfants. Ces mêmes ministres et dirigeants algériens, ils sont les premiers à octroyer une facilité déconcertante des marchés aux grandes entreprises françaises. Ces mêmes ministres algériens qui ont décidé de sanctionner l’organisateur du concours Miss Algérie à cause de la déclaration honteuse, soulignons-le encore, n’ont jamais quitté précipitamment les salons de l’aéroport international d’Alger, géré lui aussi par les français des Aéroports de Paris. Ces mêmes ministres algériens n’ont pas trouvé scandaleux que le métro d’Alger soit aussi géré par la très française RATP. Nos dirigeants scandalisés par «l’Algérie française» font exactement tout pour renforcer ce complexe de colonisé au niveau de la coopération économique et politique avec cette même France. Une véritable dépendance qui dure depuis des décennies et contre laquelle nos dirigeants ne tentent presque rien.

Il est donc facile de s’indigner, mais élaborer une politique de développement qui permet à l’Algérie de diversifier ses partenaires économiques afin de s’émanciper de l’emprise économique de la France, c’est une chose qu’aucun de nos décideurs n’arrive à concevoir. Et pour cause, ils sont eux-mêmes les premiers acteurs de «l’Algérie française» ou de la «France-Algérie». Oui, l’Algérie française de madame Geneviève de Fontenay est totalement méprisable. Mais celle de Bouteflika n’a rien aussi à lui envier car elle est tout autant dégoûtante et révoltante.