Face à l’inquiétude et la colère exprimée par des ouvriers de la société Batigec, le président du conseil d’administration de cette entreprise privatisée en 2006 et dont les actionnaires majoritaires depuis 2013 sont Condor et d’autres filiales du groupe privé algérien Benhamadi Antar Trad, a accepté de répondre à nos sollicitations pour nous expliquer la situation critique dans laquelle se retrouve cette entreprise de promotion immobilière. 

Batigec est aujourd’hui une entreprise privée. Mais la privatisation a connu de nombreuses complications qui handicapent sérieusement son développement. En 2013, le groupe Benhamadi a racheté les 100 % de parts des actionnaires Belges qui étaient propriétaires de cette ancienne entreprise publique spécialisée dans le BTP. « Mais, nous avons hérité de toutes ses dettes qui se chiffrent à pas moins de 1550 milliards de centimes, à savoir 150 millions d’euros. Les anciens actionnaires Belge n’avaient pas dévoilé toute la vérité sur l’état des dettes de Batigec. Aujourd’hui, nous travaillons durement pour remettre cette entreprise sur les rails et nous avons déjà remboursé pas moins de 6 milliards Da (600 milliards de centimes) de ces dettes contractées auprès de plusieurs centaines de sous-traitants privés », assure de prime abord Abdelmalek Benhamadi, le président du Conseil d’administration de Batigec qui dit comprendre les inquiétudes et doléance des ouvriers de son entreprise. Mais, de manière très sincère, il a confié que la situation de l’entreprise « est au rouge ».

« Aucun travailleur n’a été licencié. Ce sont juste des employés dont les contrats n’ont pas été renouvelés »

« Cela me fait mal au coeur de laisser des employés sans travail. Nous avons été contraints de ne pas renouveler les contrats de plus de 500 personnes à l’échelle du territoire national car nous n’avons pas suffisamment de projets pour les faire travailler. Nous ne pouvons pas payer des salaires s’il n’y pas de production en contrepartie. Nous cherchons toujours une stratégie pour maintenir Batigec en vie », explique A. Benhamadi selon lequel sa priorité absolue en ce moment est de livrer les logements LSP dont les chantiers sont dirigés par son entreprise. « Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser des familles entières privés d’un logement attendu depuis des années. C’est pour cela que cette année 2015, nous allons tout faire pour livrer dans les délais pas moins de 3000 logements à Alger, Sétif et M’sila », assure Abdelmalek Benhamadi.

Aujoud’hui, Batigec et les 1000 employés qui sont encore dans l’entreprise travaillent sur les chantiers de 8000 logements LSP répartis à travers le pays. Mais cette commande ne suffit nullement pour assurer un avenir à cette entreprise algérienne en proie aux difficultés à cause de son endettement exorbitant. Et en plus de ses dettes, Batigec n’a pas encore été payée par l’Etat et ses diverses institutions dans plusieurs projets qui ont été, pourtant, livrés. « L’année dernière nous avons perdu plus d’un milliard de Da. Dans la wilaya de Béjaïa, la wilaya ne s’est pas encore acquittée de sa facture de 240 millions Da pour la réalisation d’une cité universitaire de 1000 lits », dénonce Abdelmalek Benhamadi qui lance un cri de secours : « Donnez-nous des projets, payez nos factures et vous allez voir que nous allons non seulement maintenir des emplois, mais créer encore d’autres ». Pour l’heure, des institutions publiques comme la Caisse Nationale du Logement n’ont toujours pas payé leurs dettes contractées auprès de Batigec.

Ces factures s’élèvent entre 5 et 6 milliards de Da. Un montant considérable qui pourrait aider Batigec à respirer. « Je suis un entrepreneur et un bâtisseur. J’aime créer de l’emploi. Mais sans projets et sans cet argent, comment je pourrais sauver cette entreprise ? », s’interroge enfin Abdelmalek Benhamadi.

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