A chaque événement qui se passe dans le pays, les autorités désignent « une main de l’étranger ». Pour cacher leur incompétence et leur incapacité à régler les conflits, les responsables algériens se cache derrière cet ennemi invisible qui viendrait de l’étranger. Et c’est le cas encore cette fois-ci avec la crise de Ghardaïa.

A peine les premières escarmouches ont éclaté, le premier ministre, Abdelmalek Sellal, en visite à Ghardaïa, a désigné de doigt, lors d’une rencontre à huis clos tenue avec les notables locaux, la main d’un « pays frère » qui sème la terreur dans cette ville. Tout le monde a alors compris que  le premier ministre désigne le Maroc. Car, s’il est vrai que comme tous les services dans le monde, les Marocains tentent de déstabiliser l’Algérie – ce qui peut être dans l’ordre normal des choses pour un pays qui nourrit une hostilité historique avec son voisin – la responsabilité incombe avant tout aux responsables algériens qui doivent se prémunir de ce genre d’immersions.

En l’absence de démocratie et d’un Etat fort, les frontières du pays deviennent évidemment poreuses et ouvertes aux quatre vents. L’absence d’un consensus, d’une entente interne favorise des immersions internes de « forces étrangères ». Ces dernières n’attendent qu’une occasion pour mettre leurs nez dans des affaires qui ne les concernent pas. Mais à la limite, cela est de bonne guerre et cela fait partie des relations (normales) entre pays. C’est la même chose pour l’espionnage et les guerres par procuration.

Le même discours sur la main de l’étranger a été répété, à satiété, par les autorités algériennes lors des événements qui ont secoué, en 2001, la Kabylie. Pourtant, la situation de l’époque n’était pas aussi évidente qu’est celle de Ghardaïa aujourd’hui. A l’époque, il n’y avait ni armes ni revendications séparatistes. Et les takfiristes n’existaient pas encore là – ou très peu nombreux.

Pour l’heure, le gouvernement n’a pas d’autres solutions que de déverser son venin sur la « main de l’étranger ». Autrement dit un ennemi invisible.

Essaïd Wakli