Je n’irai pas prier avec toi, mon frère. Toi qui a pris l’initiative d’organiser une prière collective sur la plage. Ni avec toi qui a suivi le mouvement sans te poser de questions.

Ni avec toi non plus qui sait que la plage est devenue un vaste dépotoir d’ordures de toutes sortes.

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Ni surtout avec toi le vrai fidèle qui sait qu’on ne doit pas rendre grâce à Dieu dans un endroit jonché de souillures ( najassa ).

Je n’irai pas prier avec vous parce qu’il y a parmi vous des hypocrites qui vont à la plage, qui s’étonnent d’y croiser des femmes en tenue de bain, et qui feignent d’ignorer que Dieu n’a jamais chargé qui que ce soit parmi ses créatures, de s’ériger en censeur ni en police des mœurs.

Parce qu’ils savent ces hypocrites, que la baignade de l’après-midi débute par la prière du Dohr, qu’elle se termine pour les plus sages par celle du Asr, qu’il ne s’agira donc pas de prières improvisées et qu’ils auraient du prévoir en conséquence, par respect pour Dieu, pour l’islam et pour les musulmans, un espace propre et à l’abri des agressions extérieures pour accomplir leur devoir. Les mosquées sont le lieu indiqué pour la prière collective. Elles sont propres, protégées de toute agression extérieure et sont interdites aux chiens et à toutes les créatures attirées par les odeurs fétides des ordures et la puanteur des déchets en décomposition.

Parce qu’ils savent que Dieu n’agréé pas la prière ostentatoire ; celle qui est accomplie pour défier, pour déranger ou pour menacer. Parce qu’ils savent que la prière est un acte individuel qui aide à la rencontre de Dieu et qui n’est pas accompli pour montrer publiquement sa dévotion, ni pour tromper les autres.

Parce qu’ils savent que l’état de nos plages est tout simplement scandaleux et que les vacanciers y laissent des tonnes de déchets de toutes sortes. Si la mer vomit périodiquement sur le sable ou les rochers c’est par ce qu’elle n’en peut plus de servir de décharge et de recevoir nos tonnes de pourritures. Nous en sommes tous responsables. Et sans aller jusqu’à évoquer la problématique du respect de l’environnement et de sauvegarde de la planète, qui reste pourtant un sujet de préoccupation mentionné dans le Coran, posons-nous la question de savoir pourquoi les initiateurs de cette prière collective n’ont pas commencé par procéder au nettoyage de la plage ? Pas par civisme ou par dévouement, on s’en doute bien, mais tout simplement par respect pour la lettre et l’esprit de l’Islam. Sans compter que cela aurait été très utile pour tout le monde et pour l’éducation de nos enfants surtout.

Peut-être ne savent-ils pas que dans un hadith rapporté par Tirmidhî, le Prophète (Ass) a dit: « Dieu est pur et aime ce qui est pur, il est propre et aime ce qui est propre, il est bon et aime celui qui est bon, il est généreux et aime celui qui est généreux ; alors rendez propres les cours de vos maisons" ?

Mais ils savent tous que l’Islam dit : « La propreté est une composante de la foi » (« Ennadhafatou min al imen ». Les musulmans le répètent souvent mais n’en tiennent pas toujours compte. Ils ont la réputation d’avoir des maisons propres à l’intérieur et sales à l’extérieur. En vérité, ce n’est pas tout à fait faux si on pense à notre environnement immédiat dans nos rues et dans nos quartiers. Le spectacle affligeant de ces montagnes d’immondices, des poubelles éventrées jusque devant les portes de nos maisons a fini par dessiner définitivement notre paysage. Nos enfants ont pris l’habitude de vivre dans un univers de délabrement et de saleté alors que beaucoup d’entre nous savent que le Coran nous recommande de respecter et de préserver la nature.

Non, je n’irai pas prier avec vous, même s’il est l’heure de la prière, tant que vous n’aurez pas admis qu’elle doit se dérouler dans un endroit propre et à l’abri des souillures de toutes natures qu’elles soient sonores, visuelles ou comportementales. La prière ne peut être accomplie que dans la sérénité et le recueillement, et qui parmi vous aurait l’audace de me convaincre que ces conditions sont réunies sur nos plages ? Le bord de mer doit être un lieu de détente, de jeux, d’exercice physique et de baignade, entre amis et en famille. C’est un lieu public où on a peu de chances d’assurer la sacralité d’un espace pour la prière.

Et puis tout compte fait, je n’irai pas prier avec vous sur une plage, même si vous avez pris soin de la nettoyer. Parce que je ne suis pas convaincu que la présence de baigneurs et de baigneuses dans leur environnement naturel et approprié, ne soit pas de nature à me distraire et à rompre cette sérénité que je serai venu chercher. Et enfin pourquoi tant de choses incongrues ? Pourquoi cette promiscuité et ce voisinage contre nature sur les plages ? Pourquoi chez nous cette ambiance générale faite de conflits, de provocations, de défis et d’outrances jusques et y compris dans le domaine de la relation entre Dieu et ses créatures, entre Dieu et le fidèle au point de dénaturer le message coranique et de subordonner l’homme à l’homme alors qu’il n’a de compte à rendre qu’à Dieu et à Dieu Seul.

J’irai prier avec ceux qui prient seuls au milieu de tous, qui s’efforcent de faire le vide en eux pour aller à la rencontre du Créateur, qui ne s’occupent pas de l’alignement des doigts de pied du voisin, qui rejettent l’ostentation et le zèle, qui prient par obéissance à Dieu et non par peur de l’enfer, et qui n’utilisent pas la prière et la chose religieuse pour des desseins obscurs et inavoués.

Aziz Benyahia