En temps de crise, il faut bien trouver des boucs émissaires pour leur endosser la responsabilité du désastre, du moins en partie. Cela est d’autant plus valable dans les régimes dictatoriaux dont la gabegie est la marque de fabrique. C’est le cas de le dire chez nous en ces temps de vaches maigres.

Et pour cause, ce n’est qu’au bout de plus d’un demi-siècle de gestion -plutôt de dépenses- centralisée des recettes publiques, de corruption et de siphonnage de la rente que l’Etat central se découvre une vertu, le développement local en l’occurrence! « Dès cette année et tel qu’a été édicté par le ministre de l’Intérieur et des collectivités locales lors de la réunion gouvernement-walis, des contrats de performance seront introduits », a déclaré ce lundi à l’APS Azzeddine Kerri, directeur des finances locales au ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales. Autrement-dit, explique-t-on, « les élus seront ainsi tenus de rendre des comptes non seulement sur le taux de consommation des crédits, mais sur la valeur ajoutée en matière d’investissement, de postes d’emplois créés, de ressources propres valorisées et de nombre de problèmes réglés ».

Le département de l’Intérieur met ainsi en oeuvre les instructions du Premier ministre, et donc de tout l’Exécutif, Présidence de la République compris, puisqu' »on applique, se vantent toujours nos ministres, le programme du président ».  « Bien qu’importants, les taux d’avancement des projets et la consommation de crédits ne doivent plus constituer les seuls indicateurs de performance de la gestion locale. Aujourd’hui, vous serez évalués sur les créations d’activités et d’emplois, l’implantation d’investissements et d’entreprises et l’évolution de l’attractivité économique des territoires dont vous avez la responsabilité », a exigé le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, en s’adressant aux walis lors de la dernière réunion qui les a regroupés.

Le bouc émissaire est donc trouvé: ces petits « élus » réduits par la force de la loi, la bureaucratie et surtout par la redevance de désignation à ces postes par le biais de la fraude, à des pantins entre les mains des chefs de daïras, des walis, donc du pouvoir central. Ce dernier, n’aurait-il pas dû commencer par le haut en demandant le taux d’avancement des travaux du « scandale du siècle », l’éternel autoroute en chantier? N’aurait-il pas dû s’auto-évaluer d’abord sur la base du nombre de postes d’emploi que le fameux Djamaâ El Djazaïr (la Grande mosquée d’Alger) permettra de créer et surtout en nous disant quelle en sera sa valeur ajoutée? N’aurait-il pas mieux fait de rendre des comptes aux contribuables sur les scandales de Khalifa, Sonatrach et l’autoroute Est-Ouest?

Notre régime rentier, s’il voulait réellement concrétiser le développement local, n’aurait certainement pas attendu que les recettes du pays fondent comme neige au soleil pour agir. Il l’aurait fait depuis bien longtemps, notamment durant les quinze dernières années durant laquelle le pays a connu une embellie financière sans précédent, voire totalement inespérée. Mais un régime rentier ne change pas de nature. Il promeut la culture du clientélisme et dès qu’il entre dans une zone de turbulences, la petite clientèle saute comme des fusibles. Les pontes, elles, prospèrent. Les rentiers ont horreur du développement. La rente est leur raison d’être.

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