Le Premier ministre Ahmed Ouyhia a présenté, ce dimanche le Plan d’action de son gouvernement devant les députés. Dans son allocution qui a duré 1 h 20 min, M. Ouyahia a consacré une dizaine de minutes pour parler de questions à caractère politique. La somme de son intervention s’est concentrée sur la question qui fâche, celle de son plan controversé censé sortir l’Algérie de sa crise actuelle…c’es à dire, la planche à billets.

Ouyahia ne s’est pas trop attardé en traitant les questions à caractère politiques. Son allocution a été très concise. Bref, un appel a été lancé à tous les courants politiques que le Premier ministre invite au dialogue et à la concertation, suivi d’un rappel des efforts consentis par l’État pour la généralisation de la langue Tamazight pour ensuite réaffirmer encore une fois la détermination de l’État et toute ses institutions à venir à bout de ce qu’il a qualifié de « résidus de terrorisme », de la criminalité, du trafic de drogue. En sus, M. Ouyahia a réitéré la volonté de l’État de promouvoir une démocratie « Calme et apaisée », se concrétisant notamment par un dialogue entre l’Etat et ses partenaires sociaux.

Après avoir clôt ce chapitre, le Premier ministre s’est attelé à défendre son plan de sortie de crise qui a fait couler beaucoup d’encre ces derniers jours. L’objet de la discorde est certes la seule solution pour sortir de la crise, a-t-il soutenu après avoir rappelé que le pays a perdu la moitié de ces recettes issues des hydrocarbures ainsi que 50% de ses recettes tirées de la fiscalité pétrolière ces trois dernières années. Le recours au financement non-conventionnel est à son sens, la seule issue qui reste pour prémunir le pays des effets dévastateurs de l’endettement extérieur synonyme d’ajustement structurel et son lot de malheur, a-t-il expliqué en faisant une rétrospective à ce que le pays à du enduré au milieu des années 90.

Fidèle à la tradition politique et surtout aux codes notamment en ce qui concerne la réaffirmation de l’allégeance, M. Ouyahia ne pouvait se prononcer sur des questions aussi cruciales sans rendre hommage à la « Claire voyance et d’habilité politique du président Bouteflika ». À en croire ses propos,  « L’Algérie a résisté ces trois dernières années grâce aux décisions du président de la République. Le remboursement anticipé de la dette extérieure dès 2005, le refus de recourir une nouvelle fois à l’endettement extérieur, la création du Fonds de régulation des recettes (FRR) et une gestion prudente des réserves de change ont permis aux pays de tenir bon et d’éviter le tragique sort qui a été réservé à d’autres pays », a-t-il soutenu.

Pis encore. En présentant les chiffres catastrophiques traduisant l’épuisement du FRR et l’amenuisement des réserves de change, M. Ouyahia n’a fourni aucune explication plausible sur la fonte expresse de ces ressources tentant par là même, de présenter la chose comme positive et ce en expliquant que c’est la politique avisée du gouvernement et sa sagesse qui a prémuni le pays du pire ces trois dernières années.

Abordant ensuite la question des finances publiques, il a expliqué que l’épuisement du FRR en février dernier a poussé le gouvernement à chercher d’autres sources de financement pour combler le déficit. « L’une des options qui aurait pu être adoptée était celle du recours au marché financier », a-t-il expliqué avant de lancer que « Notre marché financier et trop « faible » pour pouvoir financer le Trésor public via l’émission d’obligations. « Les banques publiques n’ont plus beaucoup d’argent ». « Que peut faire l’État pour avoir 20 milliards de dollars par an sans recourir à l’endettement extérieur », s’est-il demandé avant de marteler qu’un emprunt extérieur de ce volume noierait l’État dans les dettes au bout de quatre ou cinq années.

Pour contourner le problème de la faiblisse du marché financier local sans pour autant se tourner vers le FMI, le Premier ministre a soutenu que le gouvernement a opté pour la solution qui lui semblait la moins contraignante, c’est-à-dire celle de la planche à billets. Dans son allocution, M. Ouyahia a tenté par tous les moyens de vulgariser le recours à la planche à billets ou « Financement non-conventionnel ». « Ce n’est pas l’Algérie qui a inventé ce concept. Ce moyen de financement a fait son apparition durant la crise financière mondiale entre 2007 et 2008. De grandes puissances comme les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon et l’Union européenne en ont fait usage et continuent  de le faire même aujourd’hui ».

Pour répondre à ses détracteurs qui l’ont beaucoup critiqué sur ce point,  M. Ouyahia leur a expliqué qu’il était plus facile de commenter que d’agir. « Notre travail est différent de celui des experts. Ce qui est attendu d’un expert, c’est de théoriser, mais ce qui est attendu d’un Etat et d’un gouvernement s’est de garantir des salaires, les retraites…(etc).

Pour ce qui est des effets nuisibles de ce mode de financement, le Premier ministre a signifié à ses mêmes détracteurs qu’ils ont tort sur toute la ligne. « J’ai eu vent des propos qui disent que le gouvernement va à terme, noyer le pays dans l’endettement intérieur. Ceux qui disent ça ont tort.  La dette publique en Algérie n’atteint pas encore 20% du PIB, ce qui donne au Trésor public une marge raisonnable (…) ont a besoin d’emprunter auprès de la banque centrale, mais nous rassurons nos concitoyens que nous n’allons pas noyer le pays dans la dette intérieure », a-t-il avancé, avant d’aborder les conséquences de ce moyen de financement sur la valeur de la monnaie nationale.

Sur ce point, M. Ouyahia a également été catégorique. Le recours à la planche à billets n’affectera pas la valeur du Dinar. Selon lui, « C’est l’amenuisement des réserves de change qui tirent la valeur du Dinar vers le bas et non pas autre chose. « Pour preuve, la monnaie nationale a perdu de 25% à 30% de sa valeur par rapport au dollar où à l’euro ces trois dernières années alors qu’on n’a pas eu recours au financement non-conventionnel », a-t-il indiqué.

Le Premier ministre a aussi garanti que ce mode de financement ne servira pas à financer la consommation. Selon lui, le but de la manœuvre et de combler le déficit et permettre au Trésor de payer ses dettes. Cependant, le recours à la planche à billets ne durera pas plus de cinq ans.

M. M.

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