Une équipe nationale de football éliminée. Une fédération de football ébranlée par des interrogations légitimes sur sa mauvaise gestion. Jusque-là rien d’anormal. Mais la puissante campagne médiatique qui aspire à résumer les problèmes de l’Algérie à un seul homme, à savoir Mohamed Raouraoua, soulève moult interrogations. Il s’agit de toute évidence d’une diversion. 

Mohamed Raouraoua n’est, certainement, pas exempt de toute critique. Bien au contraire. Ses connexions avec plusieurs hauts responsables du régime, ses affaires douteuses et son parcours opaque ont de quoi susciter la réprobation. Mais dans l’Algérie de 2017, cet homme est-il à l’origine de nos problèmes quotidiens ? Est-il la priorité de nos combats pour le changement et le développement de notre pays?

Non, Raouraoua n’est pas mon problème. La FAF dispose de ses instances pour trancher sur le sort de cet homme dont l’action n’a aucun impact sur le misérable quotidien de mes compatriotes. Non, ce n’est pas à  Raouraoua qu’il faut demander des comptes sur les milliers de logements sociaux, AADL ou LPP qui ont été distribués suivant des critères claniques ou régionalistes. Ce n’est pas à Raouraoua qu’il faut demander les tenants et aboutissants de la hausse du chômage dans notre pays. Ce n’est pas à Raouroua de fournir des emplois aux jeunes diplômés qui quittent notre pays le laissant exsangue. Ce n’est pas à Raouroua de reformuler la La Loi de Finances 2017 qui épargne les riches et accable les pauvres. Ce n’est pas à  Raouroua de s’expliquer sur les rapports accablants de la Cour des comptes. Des rapports qui pointent du doigt la prévarication dans nos institutions qui se chiffre à plusieurs milliards de dinars.

Non, Raouroua n’est pas mon problème. Et j’aurai souhaité vivement que mes confrères d’Ennahar TV enquêtent avec la même détermination sur les biens immobiliers mal-acquis de nos dirigeants politiques à l’étranger. Non, Raouroua n’est pas mon problème. Et j’aurai été fier de mes confrères d’Ennahar TV s’ils m’avaient expliqué comment certains oligarques s’arrogent des pouvoirs exorbitants au point de changer des décisions politiques. Et qu’en est-il des affaires internes de l’armée ? Le Premier budget du pays est géré dans l’opacité la plus totale. Rien ne filtre, rien n’est dit, tout est soumis à la loi de l’omerta. La FAF est-elle une institution plus importante d’un point de vue médiatique que notre armée au budget dépassant les 10 milliards de dollars ?

Non, Raouroua n’est pas mon problème parce que ce n’est pas à lui de définir une stratégie économique capable de valoir de la croissance à notre pays. Ce n’est pas à lui de créer des richesses pour réduire les inégalités sociales et la pauvreté rampante. Ce n’est pas à lui de nous fournir un modèle de développement pour que notre pays regagne la place qui lui revient dans le concert des nations. Mohamed Raouraoua n’est que le président d’une fédération de football.  Un homme sans aucune importance stratégique sur l’échiquier politique du régime, si ce n’est celle de fournir des diversions. Qu’il saute ou  qu’il reste, qu’il démissionne ou qu’il se maintienne, son sort ne réduira ni le chômage, ni la misère sociale ni le sous-développement ni les injustices. Nous ne sommes pas dupes. Les Algériens de 2017 ne se laissent plus prendre aux manipulations médiatiques pour noyer leur colère dans le verre d’une polémique stérile. Il est temps que l’on s’intéresse aux vrais enjeux, aux vrais responsables de nos malheurs, aux vraies solutions à notre descente aux enfers.

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