Thème majeur de la campagne présidentielle 2014, qui bat son plein depuis trois jours, la réforme du service national est évoquée dans chacun des programmes électoraux des six candidats. Mais que proposent-ils au juste ? Algérie-Focus a interrogé les six candidats en lice à la présidentielle. Seul un candidat prône la suppression du service national. Les cinq autres prétendants au poste de Président de la République s’entendent sur le maintien du service national mais leurs propositions divergent quant à la façon de le moderniser. Décryptage.

Ali Fawzi Rebaine, candidat du parti Ahd 54 : « Pour l’abrogation du service national »

Il est le seul des six candidats à proposer l’abrogation formelle du service national algérien. « C’est la seule façon de se doter un jour d’une véritable armée de métiers« , justifie son directeur de campagne, Toufik Ben Allou. Toutefois, si Ali Fawzi Rebaine est élu le 17 avril prochain Président de la République, les jeunes algériens n’en auront pas complètement fini avec leur devoir envers la nation étant donné que le candidat propose de remplacer le service national par un service civil obligatoire. « Ce service civil se substituera au service national », précise Toufik Ben Allou. Interrogé par Algérie-Focus sur les modalités de mise en œuvre de ce service civil, Toufik Ben Allou a estimé qu’il est trop tôt pour se prononcer sur l’application concrète de ce nouveau service civil. « Il faudra d’abord discuter avec le Ministère de la Défense« , répond-il.

Abdelaziz Belaïd, président du parti Moustaqbal : « Ouverture aux jeunes filles volontaires du service national »

Le candidat du parti Moustaqbal propose de réduire la durée du service national à 12 mois. « Ces 12 mois seront comptabilisés comme un exercice professionnel, c’est-à-dire qu’il participera de la cotisation des jeunes pour leur retraite ou de l’avancement de leur carrière », souligne Abdelhamid Haddane, conseiller d’Abdelaziz Belaïd. Il ajoute : « L’armée aura pour instruction d’envoyer les jeunes dans les services qui correspondent à leur formation, l’idée étant qu’ils acquièrent de l’expérience professionnelle ». Le candidat le plus jeune de cette élection présidentielle veut également avantager les Algériens qui satisfont à l’appel du drapeau. « A diplômes et compétences égaux, un jeune ayant effectué son service national doit être prioritaire sur le marché du travail », estime-t-on dans l’équipe de campagne d’Abdelaziz Belaïd.

Dans le programme de Belaïd, c’est une autre mesure révolutionnaire qui attire l’attention. Le président du parti Moustaqbal veut effectivement ouvrir le service national aux jeunes filles volontaires. « Elles auront les mêmes avantages que les garçons en terme de recrutement », précise Abdelhamid Haddane, pour qui « le corps armée ne doit pas être fermé aux femmes ».

Moussa Touati, président du FNA : « Un découpage en 3 phases du service national »

Candidat pour la 2è fois, Moussa Touati propose un « découpage en 3 phases du service national », indique son directeur de campagne Abdelkader, qui précise : « au cours des premiers six mois, les jeunes suivront une formation militaire, ouverte aux jeunes filles volontaires. Les six autres mois sont consacrés à une formation professionnelle. Et enfin durant les derniers six mois du service national, les jeunes garçons intégreront une entreprise civile où ils travailleront dans une domaine d’activité qui correspond à leur formation. Pour ce service, ils percevront l’équivalent d’un SNMG, soit 18.000 par mois ».

 

Louisa Hanoune, candidate du Parti des Travailleurs : « Un salaire minimum pour les jeunes qui effectuent leur service national »

La candidate trotskiste « est pour le maintien du caractère populaire de l’armée », rappelle Ramdane Tazidt, le responsable de la communication de Louisa Hanoune durant la campagne présidentielle 2014, affirmant qu’en au cas la dirigeante du Parti des Travailleurs (PT) n’envisage de supprimer le service national algérien si elle est élue car « l’armée est la colonne vertébrale de l’Etat algérien ». Pas question non plus d’annuler l’obligation de disposer de la carte militaire pour accéder à certains postes, notamment dans la fonction publique. « Ce ne serait pas équitable vis-à-vis de ceux qui ont effectué leur service national », souligne le responsable de la communication dans la campagne de Louisa Hanoune. La candidate souhaite aussi maintenir la « grâce présidentielle », introduite par le Président Abdelaziz Bouteflika, accordée aux Algériens âgés de plus de 30 ans et n’ayant pas répondu à l’appel de l’armée.

Mais la candidate du PT n’exclut pas de réformer le service national, en réduisant d’abord sa durée. « 12 mois c’est largement suffisant et ça ne bloque pas les carrières professionnelles des jeunes », déclare Ramdane Tazidt, joint par nos soins. Louisa Hanoune va plus loin en proposant d’augmenter sensiblement le niveau de pension accordée aux jeunes qui vont sous les drapeaux, aujourd’hui établie à 3.000 dinars par mois. « 18.000 dinars, e montant d’un SNMG, ne serait pas excessif », affirme Ramdane Tazidt.

Abdelaziz Bouteflika, Président-candidat : « Un service national de 9 mois »

« Il n’est pas question de supprimer le service national et de couper l’armée de son peuple », lance d’emblée Madjid Bekkouche, chargé de la communication de la campagne présidentielle d’Abdelaziz Bouteflika, qui brigue un 4è mandat consécutif. Mais le Président-candidat Abdelaziz Bouteflika a réfléchi à comment assouplir le service national, avant de présenter sa candidature, explique Madjid Bekkouche. Une commission interministérielle, pilotée par l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, aujourd’hui directeur de campagne de Bouteflika, a dessiné un projet de réforme du service national, dit Madjid Bekkouche. « Les jeunes auront le choix entre effectuer un service national classique de 9 mois ou un service civil de 18 mois », confie le chargé de la communication de la campagne présidentielle d’Abdelaziz Bouteflika.

Ali Benflis, candidat indépendant : « Encourager la forme civile du service national »

Pour l’ancien Premier ministre, la suppression du service national n’est pas souhaitable car c’est un « outil d’intégration sociale » essentiel. « Les pays qui l’ont supprimé, à l’image de la France, le regrettent », affirme Lotfi Boumghar, directeur général adjoint de la campagne d’Ali Benflis, chargé de la communication.

En revanche, le candidat se prononce pour une baisse graduelle de la durée du service national. Dans un premier temps, il veut « réduire le service national de 18 à 12 mois ». Une nouvelle réduction de la durée du service national sera étudiée ultérieurement s’il est élu, explique le directeur de la communication de la campagne d’Ali Benflis, joint par téléphone. Mais surtout Ali Benflis veut encourager la forme civile du service militaire. « Nous y aurons recours à chaque fois que cela est possible », déclare Lotfi Boumghar, précisant que pour cela Ali Benflis, s’il remporte l’élection présidentielle le 17 avril prochain, discutera avec le ministère de la Défense sur les besoins de l’armée. Interrogé sur le niveau de la pension offerte aux jeunes, qui effectuent leur service national, ce responsable de la campagne d’Ali Benflis assure que le candidat indépendant, ex-Secrétaire général du FLN, entend « revaloriser » cette pension, après des négociations avec le ministère de la Finance et le ministère de la Défense.