«Alerter les consciences anticolonialistes pour interdire une ouverture littéraire, n’est-ce pas le comble de la démesure?» s’interroge, indigné, l’auteur de Ce que le jour doit à la nuit.
L’Expression: Il va y avoir l’organisation de la Caravane Albert Camus… sachant que le Centre culturel que vous dirigez est, entre autres, l’initiateur de cet événement. Quelles sont vos motivations?
Yasmina Khadra: Le CCA n’est pas l’initiateur de l’événement. M.Guillaume Lucchini, l’organisateur de la Caravane Albert Camus, était venu me voir pour m’en parler. Son idée m’a séduit. Pourquoi pas, m’étais-je dit? Et nous avons aussitôt lancé l’opération. Je suis sidéré par la réaction du comité qui s’est constitué pour condamner notre initiative. Néocolonialisme?… Je n’en reviens pas. Il ne s’agit pas d’une armada en rade des côtes algériennes. Il n’y a ni chars, ni avions, ni drones. Et aucun état-major n’est en train de fourbir ses armes. Il est question d’une opération purement culturelle.
Contrairement à ce qui a été déclaré, seul le Centre culturel algérien à Paris est partie prenante dans cette histoire. Incriminer les autres institutions, faire croire qu’il s’agit d’une implication massive de l’Etat, est totalement ridicule. Les motivations qui m’ont amené à m’investir dans cette démarche sont simples: proposer aux Algériens, notamment à nos étudiants, un débat intelligent sur un grand écrivain, né en Algérie, adulé par les uns et vilipendé par les autres, prix Nobel de littérature. Notre pays tente timidement de renouer avec la chose intellectuelle. J’essaie de contribuer à ce sursaut sans lequel la médiocrité et l’ignorance squatteraient notre esprit.
En Algérie, cette caravane qui atterrirait, en avril je crois, est controversée par un groupe d’écrivains ou intellectuels algériens. Un texte baptisé «Alerte aux consciences anticolonialistes» circulerait un peu partout contre cette célébration de l’année camusienne qui, selon ses auteurs, réhabiliterait l’Algérie française. Quel sentiment cela vous inspire-t-il?
J’ai lu ce fameux texte et j’en hallucine encore. Où sont-ils allés chercher de telles élucubrations? Que signifie cette désinformation éhontée et qu’essaie-t-on de prouver? Que ces individus sont les gardiens du temple? Qu’ils sont plus vigilants et plus patriotes? L’Algérie est souveraine, et elle a les moyens de sauvegarder son intégrité. Camus est mort, et son fantôme ne saurait remettre en cause le combat des Algériens pour leur indépendance.
La guerre est finie; il est question de regarder plus loin que le bout de notre nez. Il est impératif de lire Camus pour comprendre ce que nous avons été sous le joug colonial, et ce que nous sommes devenus aujourd’hui, c’est-à-dire des êtres sans relief et sans réelles convictions, toujours prêts à chahuter les initiatives des autres et jamais en mesure d’en prendre, constamment prompts à chercher des poux aux chauves, à traquer l’anguille sous roche même lorsqu’il n’y a pas d’eau dans la rivière.
Des êtres forgés dans la suspicion chimérique, de grandes gueules aux bras écourtés, fainéants impénitents, terrés au fond des nullités et des absences insalubres, sordides jusque dans leurs «nobles» pensées. Les a-t-on jamais vus se rassembler autour d’un idéal probant? Les a-t-on jamais vus honorer un héros, un chantre ou bien un martyr? Ils sont là, les doigts dans le nez, à ne rien fiche de la journée, et dès qu’il y a l’ébauche d’une initiative, ils s’extirpent de leur sommeil post-digestif pour ruer dans les brancards! Qui les empêche de fêter Jeanson, de commémorer dignement Fanon, de provoquer des Caravanes Kateb Yacine, Mouloud Feraoun, Rachid Mimouni ou Tahar Djaout, Moufdi Zakaria ou Benhaddouga, Al Khalifa ou Rédha Houhou, et de réunir les Algériens, grands et petits, autour d’un débat enthousiasmant? Ils ne font rien, et tentent d’empêcher les autres de se bouger un peu. Moi, qui suis écrivain, ancien officier, fils d’ancien officier de l’ALN, descendant des Moulessehoul, seigneurs tranquilles de la Saoura depuis six siècles, je ne vois pas du tout en quoi le fait de se pencher sur Albert Camus, aussi controversé soit-il, puisse me désarçonner en tant qu’Algérien.
C’est en lisant L’Etranger que j’ai le mieux compris la condition des miens durant la colonisation. C’est parce que nous étions réduits à des figurants, ramenés à un qualificatif générique (l’Arabe), et présentés comme du cheptel inconsistant que j’ai décidé de devenir romancier pour dire la vaillance de nos héros et la longanimité de nos victimes expiatoires.
Plus tard, le traumatisme de la lecture de L’Etranger m’amènera à écrire Ce que le jour doit à la nuit, pour montrer ce que Camus répugnait à regarder en face. C’est en lisant Noces d’été, la Peste, l’Exil et le Royaume, que j’ai mesuré combien Camus était atteint de strabisme, parfois carrément frappé de cécité, comme Guy de Maupassant, André Gide et ces consciences supposées éclairées et dont la portée de leur phare ne dépassait pas les frontières de leur propre conception du monde et de l’humanité, c’est-à-dire leur propre bulle.
La littérature est une quête perpétuelle de soi. On apprend plus sur soi, dans un livre, que sur les personnages et les événements qu’il décrit. Les Algériens ont besoin de renouer avec le livre, d’apprendre à faire la part des choses, de reconnaître le talent exceptionnel de Camus et de déplorer, intelligemment, son autisme d’homme, ses maladresses, ses tergiversations, ses indécisions, de mesurer combien parfois le génie est éloigné de la lucidité, que l’on peut être magnifique et gauche à la fois, sublime et à côté de la plaque.
Ce sont justement ce genre de rencontres qui nous permettra d’avancer dans la vie. Le comité qui appelle au boycott de la Caravane Albert Camus devrait jeter un oeil sur le délabrement mental qui sévit chez nous, sur la démission intellectuelle, par endroits le désistement même de la pensée, le renoncement à l’émulation, à la transcendance, voire à la culture.
Il devrait se demander pourquoi nos écrivains ne sont pas enseignés dans nos lycées, pourquoi l’exclusion muselle le chant salvateur de nos poètes, pourquoi nos bibliothèques sont désertées, nos cinémas sous scellés comme les lieux du crime, nos comédiens se décomposent-ils à l’ombre du temps qui passe. Il devrait comprendre que ce sont des réactions comme la sienne qui empêchent la renaissance de notre nation.
Absolument. Ce sont des attitudes comme celles qu’ils affichent, avec un zèle claironnant, qui isole notre pays dans le marasme et la démagogie. Alerter les consciences anticolonialistes pour interdire une ouverture littéraire, n’est-ce pas le comble de la démesure? Et puis, quelles consciences? Celles qui se dérobent devant les malheurs qui frappent notre patrie? Celles qui s’empiffrent à tous les rateliers? Celles des prédateurs de tout poil, qui privilégient le slogan creux au détriment des engagements concrets, qui n’ont de cesse de se réinventer une âme là où elles n’ont aucun scrupule? Quel culot, tout de même! Mais il est vrai que beaucoup n’ont plus de caleçons tellement ils pètent le feu.
Quelle est votre position là-dessus et que répondez-vous à vos détracteurs?
Je n’ai pas de réponse pour l’incongruité. J’essaie de faire de mon mieux pour aider notre culture à s’éveiller aux gens qui l’aiment. Depuis que je suis au CCA, j’oeuvre exclusivement dans ce sens. Jamais sous influence politique ou autre. J’écoute ce que mon coeur confie à ma conscience. Il n’est pas de mes habitudes de penser à mal. J’ai horreur du mensonge et de la manipulation. Ce que j’entreprends, je le fais après avoir bien réfléchi, et je le fais pour le bien de tous. S’il m’arrive de me tromper, ce n’est pas faute d’avoir bâclé mon travail ou pris à la légère un engagement. L’erreur est humaine, et c’est tant mieux. On apprend mieux à se relever en tombant. Je ne suis pas de ceux qui manoeuvrent sournoisement ou qui pratiquent la surenchère et l’abjection.
S’il m’arrive d’agacer certains, ce n’est point voulu. Je ne songe ni à provoquer ni à invectiver. Si je donne l’impression de faire cavalier seul, ce n’est pas du tout vrai. Je m’escrime à trouver des interlocuteurs et je suis attentif à toute proposition susceptible d’apporter du crédit à nos efforts. Mais de grâce! arrêtons de prendre les Algériens pour des inconscients. Arrêtons de les infantiliser. Et laissons les gens travailler en paix.
O. HIND
L’Expression
Lire également l’interview accordé à Algerie-Focus










La société civile est un concept flou. Un peu trop pour qu’on puisse le prendre au sérieux. Des prébendés tentant chacun de maximiser un profit sur un fond de commerce particulier (c’est ce que font 90% des ONG) .
L’Etat d’urgence est une mesure théorique malgré le fait que le pays fait face à des menaces réelles.
Un printemps à Alger? Beau titre de roman à l’eau de rose. Mais reste-il des roses chez nous?
Faut être réalistes. En ces temps incertains pour tous le monde, il vaut mieux cultiver son lopin de 2m² et fuir un monde pourri de l’équateur à l’arctique…
Typhoon75
Oui la société civile est un concept flou…
Les intérêts ne sont pas ou blancs ou noirs…(il y’a autant d’intérêts que d’algériens)
Vous dites Etat d’urgence théorique…Faites une manifestation…Faites une grève…Créez une association
pour défendre les droits des Harraga…Leur droit de tenter le chance…Leur droit de vivre ou de mourir en paix
J’aimerais que les familles qui luttent contre l’amnésie puissent faire leur sit-in en paix,
Que les familles de disparus puissent retrouver leurs morts…puissent nous rappeler qu’elles n’ont pas fait leur deuils.
Que les syndicats autonomes puissent défendre leurs intérêts catégoriels sans se faire tabasser
Oui il y a de des ONG pas très nettes, des ONG infiltrées jusqu’à l’OS, de la charité business…
cela vaut bien mieux que cette pieuvre obscure…ces dark vador.
J’aimerais aussi que les fameux décideurs puissent se réunir publiquement qu’ils ne soient pas obliger de se réunir dans la clandestinité.
Qu’ils puissent décider de notre avenir dans la lumière et non dans l’ombre on ne manque pas de gaz ni de pétrole…
Amicalement
Réponse à B. MOURAD de Tlemcen
SIDI BOUMEDIENE lui même (Allah ya rahmou) ne serait pas d’accord avec Mohamed de Tlemcen .j’ai beaucoup de respect pour nos martyres, encore faut il préciser qu’ils sont les seuls à ne pas mourir puisqu’ils sont vivants auprès de Dieu (c’est Dieu qui le dit).
Un fils de moudjahid ne peut laisser le soin à l’histoire de juger les partisans de « l’Algérie française »car c’est déjà fait. L’histoire a rendu son verdict et les a condamnés depuis longtemps.
La lumière des ténèbres, lorsqu’elle envoie ses rayons avec cette intolérable impétuosité, perd de son éclat. Vous conviendrez avec moi que les lecteurs ont le droit de donner leur avis sur l’actualité, sinon à quoi sert cette rubrique ? Leur demander de rallonger leur bras est une attitude si malveillante, qu’on se demanderait s’ils ne réagiraient pas pour blâmer votre attitude servile à l’égard de KHADRA.ils ne le feront pas pour la simple raison qu’ils écoutent et lisent tout en restant démocrates. Dans un but d’apaisement, j’ai décidé moi-même de rectifier les propos de KHADRA .il faut lire « les bras écartés »et non « les bras écourtés » .il ne s’agit là que d’une faute d’inattention à laquelle on ne doit pas accorder d’attention …
Tout d abord chacun doit parler en son nom, il faut laisser Sidi Boumedienne tranquille allah yarhmou. Si jamais les islamistes avait pris le pouvoir tous les terroristes qui sont morts pendant decennie noire seront declares Martyrs et ceux dans l ANP qui etaient dans l autre camp seront declares harkis de meme la population qui est reste spectatrice. Parconsequent la ntion du tort ou de la raison depond du vainqueur survivant la revolution. Je ne denigre pas ce qu ont fais les un millions et demi de morts pendant la guerre d Algerie, Dieu seul saura a qui donne leprivilege du martyre. Je dois juste souligner que jamais j ai vu un peuple qui deteste son pays plus que ces Algeriens a bras ecourtes. Le meme Algerien qui vas vous dire je suis pret a mourir pour cette patrie, sera le premier a couper les lignes telephoniques en cuivre et aller les echanger au maroc contre du shit. Les Algeriens ne savent que mourir pour leurs pays mais jamais vivre pour lui. Oh que c est facile pour mourir pour n importe quelle cause le plus dur c est vivre car c est souffrir tous les instants de la vie.
[...] 1 2 3 [...]
la description que fait yasmina khadra de l’algérien est la plus qui se rapproche de la réalité, il n y a pas lieu de s’en offusquer.
Mr Mouleshoul,ancien officier,fils d’ancien officier,descendant des seigneurs tranquils de la Saoura depuis six siècles….se perd dans les détailles de l’invective et
se croit investi d’un destin national !
Un écrivain ne peut pas ne pas être un intellectuel …et un intellectuel se situe forcément au dessus de la melée . Il ne se contente pas de dresser les défauts de la société qu’il prétend servir,si non qu’elle serait la différence entre son discours et celui du commun des mortels ? Il à le devoir et l’obligation morale d’aller au fond des choses,de dire le pourquoi et le comment du phénomène en question et de proposer des solutions,s’il en existe.
Il propose sa caravane de se camus,de son vivant coureur de jupons,n’ayant aucun respect pour sa femme et ses enfants et,par dessus tout, traître vis-à-vis de sa mère-
patrie au profit d’une autre patrie qui n’a même pas daigné lui assurer une enfance
heureuse …Un être qui était certainement tourmenté mais surtout sans principes et sans engagements comparativement à ses contemporains tel que J.P sartre et autres jeanson.
Et il se définit à merveille quand il fait dire au Dr Drieux dans la « peste » : « Je suis dans la nuit et j’essaie d’y voir claire..maintenant ils sont malades et ils faut les traiter.Demain ils réfléchiront et moi aussi »
Une littérature se doit d’être engagée au service de l’humain et de toutes les causes justes et un écrivain n’a pas le droit de tergiverser lorsque les choses ont la clarté du jour .
http://www.lepost.fr/article/2010/04/12/2029721_yasmina-khadra-epingle-pour-un-nouveau-plagiat-par-karim-sarroub.html
que pensez-vous de ça ?
ça commence à bien faire, les bras m’en tombent
http://www.lesdebats.com/editionsdebats/020610/culture.htmLa caravane Camus et son débat inégalLa caravane avortée d’Albert Camus continue d’alimenter sporadiquement les colonnes de nos journaux. Ainsi, tout porte à croire que le débat n’est pas clos. Si tant est qu’il se soit ouvertement établi un jour. Un débat de sourds que les initiateurs et les défenseurs de la célébration controversée de Camus maintiennent inégalement. Personnes très médiatiques, aux larges tribunes offertes, les camusiens préfèrent tenir la distance qui leur permet de se faire l’image qu’ils préfèrent avoir et qu’ils ont choisie de donner de leurs adversaires. Un rappel des faits s’impose qui doit nous éclairer sur les positions des uns et des autres. Tout a commencé par l’annonce en grande pompe de la caravane, qui devait partir du Centre culturel algérien de Paris et parcourir des villes françaises et algériennes et ce, à l’occasion du 50e anniversaire de la mort de l’auteur de «L’étranger». La structure organisatrice est dénommée «Club Camus Méditerranée». L’itinéraire tracé comporte les villes de Perpignan, Narbonne, Montpellier et Nîmes, puis, traversera la Méditerranée pour gagner Alger, Annaba, Oran, Tlemcen, Béjaïa, Tizi Ouzou et Tipaza. En Algérie des intellectuels, des universitaires, des journalistes réagissent individuellement. Se dégage ensuite un petit noyau qui lance l’idée d’une pétition, qui n’est diffusée que par deux journaux à très faible tirage. La pétition se présente comme un «appel aux consciences anticolonialistes». Les réactions qu’elle suscite sont immédiates et très alarmistes. La grande presse française d’abord, Le Monde, Le Parisien, Le Nouvel Obs’… sont relayés par la presse algérienne. De grands espaces sont accordés aux animateurs de la caravane. Les opposants en sont exclus tout en se voyant attribuer des opinions qu’ils ont tenté en vain de démentir. Alors qu’à lire leurs écrits il n’est question que des positions politiques de Camus, on les accuse comme étant des ennemis de la culture ou comme, «suprême insulte», des agents du «pouvoir». «Depuis de longues années, les intellectuels corrompus, à la solde du pouvoir, critiquent Camus sans l’avoir lu…», pouvait-on lire à ce propos. Des gens à la solde du pouvoir qui n’ont rien de plus que deux «petits» quotidiens pour publier leur appel ! Comprenne qui pourra. Et puis, le pouvoir paraît bien faible de ne pouvoir leur offrir plus et de laisser son temple parisien faire ce qu’il combattrait ici, à travers quelques intellectuels presque inconnus. On va jusqu’à convoquer le «clivage» arabisants-francophones. Par ces procédés, c’était leur faire une grosse injustice, quand l’un d’entre eux, Mohamed Yefsah, exprime ainsi ses positions : «Le Camus littéraire doit avoir toute sa place en France, en Algérie ou ailleurs. Mais il est malveillant de vouloir conditionner le passé par un Camus qui refusait la révolte à des hommes qui voulaient la lumière, sortir du gouffre de l’histoire.» Et puis on se rend compte que c’était plus qu’une grosse injustice, plutôt une propagande mensongère, de déclarer aux médias français qu’en Algérie, il faut se cacher pour lire Albert Camus (sic). En fait, ce type de riposte, qui perdure bien après l’annulation du périple camusien, conforte plus la pétition qu’il ne la discrédite. Cette semaine encore, le directeur du CCA de Paris verse dans l’insulte. On l’interrogeait sur l’annulation de son projet. Ses propos, sûr qu’il est de son immunité médiatique, décrivent des adversaires comme lui voudrait qu’ils soient et dans le même temps comme ils devraient être perçus par l’opinion dans laquelle il baigne et prospère. Sans retenue aucune, il insulte : «Oui, elle [la caravane] a été annulée par la volonté d’un groupe d’Algériens qui a été assez puissant dans la médiocrité et dans la détestation de soi. Un groupe d’Algériens qui ne sera jamais à la hauteur des aspirations de ce peuple qui a tant donné pour pouvoir s’élever dans le concert des nations» (L’Expression). Il insulte dans le même temps, sans le savoir peut- être, Mouloud Mammeri qui ne peut, hélas, lui répondre. Mammeri avait dit de Camus: «C’est une vérité que de dire que […] sa condition objective était la suivante : c’était ce qu’il était convenu d’appeler un pied-noir, un Français d’Algérie. En tant que tel, si grand que soit l’effort intellectuel ou idéologique qu’il faisait pour dépasser ce que cette condition avait d’astreignant, il ne pouvait pas ne pas en être, il ne pouvait pas faire qu’il ne soit pas un fils de petit blanc d’Algérie.» Mais notre directeur, emporté, ne se rend pas compte qu’il avoue que son initiative souffrait réellement de ce péché originel qui lui est reproché. Celui de contenir en germe la tentative de réhabiliter des positions de plus en plus en vogue concernant ce qu’il exprime clairement : «Nous avons la nostalgie du vivre-ensemble. Les injustices étaient là, valables pour les uns comme pour les autres. Nous vivions si proches.» (La Croix). Il parle bien ici de la société coloniale en défense de Camus. L’auteur de cette phrase se défendra de la nostalgie néocolonialiste, il ne pourra pas se défendre d’être dans ce cas l’outil inconscient d’un travail de mémoire à rebours qui s’acharne à réhabiliter le colonialisme. Un travail qui se fait au grand jour, depuis peu. Un travail qui intègre une hostilité grandissante contre toute écriture de l’Histoire qui ne procède pas d’un «équilibre» des «fautes» et qui occulterait les «crimes» des combattants algériens. Il y a aussi cette phrase chez Camus, dans Les Justes, qui est de plus en plus brandie. Elle est le pendant de la phrase de Stockholm, en plus clair : «J’ai accepté de tuer pour renverser le despotisme. Mais derrière ce que tu dis, je vois s’annoncer un despotisme, qui, s’il s’installe jamais, fera de moi un assassin alors que j’essaie d’être un justicier». Les caravaniers ne doivent pas ignorer ce qu’elle suggère. Camus avait raison, parce que «le FLN et sa révolution» ont instauré «un autre despotisme». La question qui se pose est de savoir si les deux «despotismes» peuvent être mis en parallèle pour justifier une remise en cause du choix de bouter le colonialisme hors de l’Algérie. Les opposants à la célébration de Camus savent que la réponse est dans cette question. Camus le «visionnaire» avait compris et tenté de calmer le FLN et de sensibiliser le gouvernement de son pays sur le «triste sort» des indigènes. Il avait raison contre tous. Contre les pieds-noirs qui ont «perdu leur pays» et contre les indigènes qui se sont «livrés» pieds et poings liés à la dictature du FLN. Il faut espérer que notre directeur du CCA de Paris ne lit pas ou ne sait pas ce qui se dit là-bas et parfois, ici, sur son pays. Quand il lira et saura, il faudra qu’il explique pourquoi tant d’autres références que Camus n’ont pas germé comme idée de caravane ou tout au moins d’hommage. Il y a, tout de même, des circonstances atténuantes qui peuvent jouer. Car il doit être difficile de mobiliser des capacités de discernement dans le vacarme parisien où il n’y en a que pour Camus. Un remède est pourtant disponible pour tout féru de littérature, dans ce cas précis où culture et politique «devraient être séparées ». Le remède est de se rendre à l’évidence que le cas du fasciste Céline ne souffre d’aucune indulgence de la part des thuriféraires du colonialiste Camus. Par Ahmed Halfaoui