Deux ans après la mort du dictateur Mouammar Kadhafi, la Libye sombre dans le chaos. Les milices armées pendant « la révolution » s’entre-tuent et s’attaquent même à la population civile.

Quelques jours à peine après avoir « retiré » le Premier ministre, Ali Zeidane de sa chambre d’hôtel pour le prendre en otage pendant quelques heures, les milices armées se sont introduites dans Tripoli. Des batailles rangées entre différents groupes armés ont donc marqué, ces derniers temps, le quotidien des Tripolitains et des autres régions de la Libye meurtri par une guerre sans fin.

Pour manifester son ras-le-bol, la population civile de Tripoli est sortie dans la rue. Des Libyens ont manifesté devant les quartiers généraux des milices aux abords de la Capitale de la Libye. En réaction, les seigneurs de guerre ont ouvert le feu : pas moins de 43 morts et 450 blessés ont été enregistrés. Le gouvernement et le semblant de classe politique qui émerge de ce chaos semblent être impuissants face à la situation.

Pour tenter de calmer le jeu, le gouvernement s’est réuni et menacé les milices de représailles dans le cas de nouvelle intrusion dans la capitale. Mais Ali Zeidane, incapable d’assurer sa propre protection, sait qu’il n’as pas beaucoup de moyens. Pas une armée structurée, pas une police formée ou une classe politique consciente ne sont là pour faire face à une situation de plus en plus difficile à maîtriser.

Pour ne rien arranger à la situation, des milices venues de toutes parts accaparent des zones de production pétrolière. Chaque groupe veut sa part du gâteau. Et si ces groupes n’engrangent pas de dividendes des ventes d’armes et de drogue, c’est donc aux richesses de la Libye qu’ils s’attaquent. Le gouvernement a donné un ultimatum, mais il sait qu’il sera vite dépassé.

De leur coté, les Berbères de Zenten veulent faire entendre leur voix. Ils ont organisé une démonstration de force pour imposer une meilleure reconnaissance dans la nouvelle Constitution en élaboration dans le pays. Ces habitants ont dû se résoudre à calmer le jeu après l’aggravation de la situation dans la capitale, mais les choses ne se tassent pas vraiment, surtout que cette minorité berbérophone, qui occupe une bonne partie de la zone Sud du pays, a vécu une frustration intenable pendant les 45 ans du règne de l’ancien dictateur.

Des réunions marathon se tiennent actuellement à Misrata, au sud de Tiropli. Des tentatives de dialogue sont en cours. Des « notables » de cette ville, qui ont refusé d’utiliser les armes contre les autorités centrales, tentent de jouer les médiateurs et inciter les milices à ne pas faire usage de leurs armes.

Tous ces développements, ajoutés à des tentatives de sécession des habitants de l’ancienne Cyrénaïque, qui a pour capitale Benghazi, ne sont pas de nature à rassurer une population longuement martyrisée par des guerres sans fin. Quand à l’Occident, principal tombeur de Kadhafi, il se contente de regarder de loin.

Essaïd Wakli