Lettre d’une femme divorcée aux bâtonniers et membres de l’union des avocats algériens

Très chers Maîtres,

 

Mon nom est Yamena BENTALEB, je suis divorcée et mère de cinq enfants.

A la suite de mon divorce, mes enfants et moi avons été victimes du harcèlement de mon ex époux, et cette situation a engendrée pour nous de profondes souffrances, des problèmes de santé.

Ceci s’est malheureusement terminé par le dépôt dans mon salon de coiffure de substances illicites.

J’ai donc été arrêtée avec ma fille présente ce jour-là et nous avons été emprisonnées une dizaine de jours.

L’enquête menée par les services de gendarmerie a conclu à l’implication puis à l’arrestation de mon mari, de son avocate et de trois autres personnes.

Le 13 décembre dernier, ils ont été condamnés à 15 et 18 mois de prison et à une amende. A Ghardaia, aucun avocat n’accepte de prendre ma défense, car les membres de ce corps se sont solidarisés avec leur consœur  qu’ils jugent innocente malgré une décision de justice.                       J’ai dû affronter cette épreuve seule contre 21 avocats

Nous sommes convoqués à une audience lundi 26 décembre, et aujourd’hui le corps des avocats de la région-centre menace de se mettre en grève si leur collègue n’est pas purement et simplement relaxée. Cette pression exercée sur la justice, ajoutée au fait que je n’ai pas de défenseur, m’empêche de faire valoir mon droit à l’exercice de ma défense et cette atteinte est étayée par une rumeur persistante et grandissante à Ghardaia selon laquelle « le dossier est vide ».

Si c’est le cas :

  • où se trouvent les témoignages de la jeune fille qui a déposé la drogue dans mon salon ?
  • où se trouvent les témoignages de la personne qui a fourni cette drogue ?
  • où se trouvent les témoignages de ces personnes qui désignaient clairement leur complice ?
  • comment des avocats de Blida ou de Tamanrasset peuvent-ils adhérer à un mouvement alors qu’ils n’ont pas connaissance du dossier ?

Cette solidarité mal placée pose la question du rôle de l’avocat. L’avocat est aussi un citoyen lambda qui peut commettre des erreurs. La probité, la célérité et l’honnêteté ne peuvent pas être systématiques et demeurer l’apanage d’une couche sociale déterminée.

L’instrumentalisation de ce procès de droit commun ne fait aucun doute mais c’est de ma vie et de celle de mes enfants qu’il s’agit. Depuis le début des audiences, je ne vois que contradiction, discordance et incohérence.  Pourtant je me suis résignée car mon image de l’avocat est celle de la noblesse d’une profession d’honneur, de serments, et d’avenir et je refuse de voir ternir cette image. Pour toutes ces raisons je m’en remets à vos arbitrages,avis et conseils car même si ce mouvement de grève n’avait pas lieu, ma famille et moi resterions exactement dans la même situation.

Nous sommes une famille en souffrance, ma fille a raté son baccalauréat car le traumatisme de son arrestation ne lui a pas permis d’étudier à sa sortie de prison, et elle est encore actuellement en échec scolaire.

Je vous remercie d’entreprendre tout ce que vous pourrez afin de me soutenir et de venir en aide à mes enfants, dont l’un d’eux est désormais diabétique.

Veuillez croire, chers Maîtres à l’expression de mes respectueuses salutations.

 

La victime,

Yamna BENTALEB

 

Lettre adressée à :

  • SAI Ahmed (PRESIDENT SETIF)
  • DJENADI Mohand Said (VICE-PRESIDENT BEJAIA)
  • OTMANI Mohamed (DEUXIEME VICE-PRESIDENT SIDI-BELLABES)
  • SENOUSSI Mohamed Malek Haroun (TRESORIER OUARGLA)
  • OMAR CHERIF (MEMBRE BATNA)
  • CHALLAT SMAIN (MEMBRE TIZI-OUZOU)
  • EL ANOUAR MUSTAPHA (MEMBRE CONSTANTINE)
  • SAFAHI MOHAMED (MEMBRE TLEMCEN)
  • KRIM OMAR (MEMBRE MOSTAGANEM)
  • NAJOUA MABROUK (MEMBRE ANNABA)
  • BENANTAR AHMED (MEMBRE BOUMERDES)
  • MENAD BACHIR (MEMBRE MEDEA)
  • CHERGUI AHMED FAHDI HIKMET (MEMBRE MASCARA)
  • WAHRANI EL HOUARI (MEMBRE ORAN)
  • BOUAMAMA YAHIA (MEMBRE BLIDA)
  • SILLINI ABDELMADJID (MEMBRE ALGER)
  • KSOURI ABBES (MEMBRE OUM EL BOUAGHI)
  • SIDHOUM OUAFIA (MEMBRE BOUIRA)
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