Dans un discours de plusieurs heures digne des grands leaders populistes d’antan, le président du Venezuela, Nicolas Maduro, qui a succédé, en Avril 2013, à son modèle et mentor Hugo Chavez, a annoncé, mercredi dernier, une augmentation du prix de l’essence de…6000 % pour le super. Rien que ça.

« C’est une mesure nécessaire, je l’assume », a déclaré  le chef de l’Etat  vénézuélien. »J’appelle à la paix et au respect de ces décisions nécessaires. L’heure est venue d’installer un système qui garantisse l’accès aux hydrocarbures à des prix justes », a également jugé le président Maduro. Une décision inévitable, a-t-il reconnu, pour son pays qui tire 96% de ses devises du pétrole. Les revenus du Venezuela issus du pétrole sont passés de 42 milliards de dollars en 2013, à 12,5 en 2015, soit une chute de 70%.

Le Venezuela, ce pays qui  dispose d’immenses  ressources d’hydrocarbures -les plus importantes du monde, dit-on- est aujourd’hui considéré comme la «pire économie de la planète». Frappé par l’hyperinflation, les prix ont augmenté de près de 150%  en 2015, il est au bord de la faillite. Il est aussi devenu, malgré son énorme potentiel économique,  le troisième pays à pratiquer le rationnement, avec Cuba et la Corée du Nord.

Louisa Hannoune ne décolère pas

Retour en Algérie. Mme Louisa Hanoune,  qui nous présente  depuis près de 20 ans  le régime mis en place par Hugo Chavez comme  la «Mecque des progressistes», un modèle à imiter de toute urgence et son fondateur, comme une icône universelle, continue de protester avec véhémence contre les mesures adoptées dans le cadre de la loi de finance 2016. LouiSa Hanoune ne décolère pas, c’est au rythme d’une conférence de presse par jour et d’une réunion «extraordinaire» du bureau politique de son parti, matin et soir, qu’elle inonde une grande partie de la presse nationale, qui ne s’en lasse pas, de communiqués incendiaires. Vendredi encore, alors que tous les travailleurs du pays ainsi que le chroniqueur lui-même, profitaient d’une journée de repos bien méritée pour faire une sieste réparatrice, le leader du «Parti des travailleurs»  dénonçait, avec sa modération coutumière, la loi de finance 2016 et  son principal artisan, M.Abderrahmane Benkhalfa, qui «incarne personnellement la politique de la terre brûlée». Dans une des «analyses» tout en nuance dont elle a le secret, la pasionaria algérienne stigmatise «une fuite en avant qui nous mène tout droit au suicide collectif». Tout ça pour une augmentation du prix de l’essence de 5 dinars à propos de laquelle Mme Hanoune avait estimé, avec sa prudence habituelle, qu’elle constituait «une agression sauvage et fatale contre le pouvoir d’achat des algériens».

De l’intérêt des voyages d’étude

Dans une publication précédente, le chroniqueur proposait, de façon impertinente et inappropriée, l’organisation d’un voyage d’étude au Vénézuela au profit de nos députés. En fait, c’était leur faire injure puisqu’ils ont adopté quelques jours plus tard, à une large majorité, la loi de finance 2016. Je m’en excuse donc auprès d’eux et je précise ma proposition. Elle consisterait à organiser une vaste collecte nationale pour payer un voyage d’information et d’étude au Vénézuela à Mme Louisa  Hanoune et à ceux, ses amis, qui ont provoqué une bagarre générale à l’APN, le jour du vote du budget.

Un  tel voyage organisé aurait, du point de vue du chroniqueur, deux avantages principaux. Il permettrait tout d’abord à Mme Hanoune et ses amis de poser au  leader vénézuélien la question qui brûle les lèvres de tous les économistes du monde. Pourquoi une  augmentation limitée à seulement 6 000% ? Pourquoi pas 100 000%  pendant qu’on y est ?

Le deuxième avantage d’un tel déplacement n’est pas à négliger non plus. Il offrirait une occasion de détente à Mme Louisa Hanoune tout en permettant aux membres du bureau politique du «Parti des travailleurs» de souffler un peu et, last but not least, à la presse nationale de parler d’autre chose que des colères de Mme Louisa Hanoune pendant quelques semaines.

Le soutien des prix  ou comment en sortir ?

L’Algérie n’est peut être pas le Vénézuela, mais le gel des prix des produits subventionnés sur une très longue période, suivi d’un ajustement brutal et douloureux en période de raréfaction des ressources financières, est une expérience que l’Algérie a déjà connu au début de la décennie 90. Comment éviter de se retrouver dans la même situation dans quelques années ? Il ne suffira sans doute pas de payer un voyage d’étude au pays d’Hugo Chavez  à Mme Louisa Hanoune et à ses amis.

Avec un peu de recul, on va peut être finir par s’apercevoir que la loi de finance pour 2016, tellement décriée et vilipendée, avait sans doute quelques mérites. Elle  a d’abord commencé par tenir une promesse qui datait  déjà de plusieurs années. Elle mentionne pour la première fois le coût des subventions énergétiques pour la collectivité. Un coût faramineux. Plus de 1500 milliards de dinars annonce le budget 2016, soit quelques 15 milliards de dollars répartis à égalité entre subventions aux carburants et subvention du prix de l’électricité. Le budget 2016 a  également décidé une augmentation symbolique de sept dinars du prix du super  et de cinq dinars pour le gasoil. C’est peu. A ce rythme là, il faudra 10 ans pour rattraper le coût de revient dans le cas du super. Mais je préfère quand même la méthode algérienne à celle du Vénézuéla.

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