S’inspirant de la révolte populaire qui a chassé du pouvoir le président tunisien Zine ben Ali, des milliers d’opposants égyptiens sont descendus mardi dans les rues du Caire, mais aussi d’autres villes comme Ismaïlia, Suez et Alexandrie.
Cette rare démonstration de force contre le régime du président Hosni Moubarak, qui ne l’avait pas préalablement autorisée, avait été baptisée « jour de colère » par ses organisateurs, des activistes actifs sur internet.

Fer de lance des critiques contre Moubarak, 82 ans, au pouvoir depuis 30 ans, ces cyber-activistes entendaient ainsi profiter de cette journée fériée en l’honneur de la police pour protester contre la répression politique et la pauvreté.

Leur initiative était suivie avec attention par les observateurs, curieux de savoir si les appels à manifester via le Net pouvait attirer nombreux les Egyptiens dans les rues. Le succès de leur appel était difficile à évaluer en raison du grand nombre de lieux de rassemblement.

Mais au Caire, selon des témoins, plusieurs milliers de protestataires ont répondu à ces appels. Devant le palais de justice, un millier de manifestants se sont rassemblés aux cris d' »A bas Moubarak! » avant de défiler sur une artère centrale de la capitale – fait rare.

« OÙ ES-TU LIBERTÉ? »

Des centaines d’autres manifestants se sont massés en divers autres points de la populeuse mégalopole, où les attroupements sont généralement dispersés avec promptitude par les forces de l’ordre.

Sur une des places principales du Caire, des heurts ont eu lieu entre contestataires et la police, qui a recouru au canon à eau et aux gaz lacrymogènes pour les disperser. Des témoins évoquent d’autres échauffourées dans au moins deux autres quartiers entre policiers munis de matraques et manifestants.

Hors de la capitale, des manifestations ont rassemblé des centaines de personnes à Ismaïlia, dans le nord du Sinaï, à Suez et à Alexandrie. Un rassemblement de 200 personnes était signalé également à Mahalla el Koubra.

A Ismaïlia, les manifestants scandaient notamment « Où es-tu Liberté? » ou « Gamal, dis à ton père que les Egyptiens te haïssent » – référence à Gamal Moubarak, le fils du président qui passe pour son futur successeur, bien que les deux hommes nient une telle perspective.

Dans le nord du Sinaï, des dizaines de protestataires ont barré en brûlant des pneus la route de Rafah, à la frontière avec la bande de Gaza, en réclamant la libération de détenus. La tension est fréquente dans cette zone entre bédouins et policiers.

Le ministère de l’Intérieur avait prévenu les manifestants qu’il tolérerait de brefs attroupements mais réagirait fermement à toute tentative de défilés. Mais, au Caire, un policier a confié que la police avait pour instruction d’éviter au maximum les affrontements.

Reuters