Le front social en Algérie connaît depuis des semaines une agitation sans précédent ponctuée quotidiennement par des rassemblements tous azimuts de manifestants, qui pour demander un emploi, qui pour tenter d’obtenir un logement, qui pour réclamer le versement des pensions.

Lundi, une centaine d’enseignants contractuels ont tenté une seconde fois d’organiser un rassemblement devant le siège de la présidence de la République sur les hauteurs d’Alger, à l’appel du Conseil national des enseignants contractuels, a constaté l’Associated Press. La police déployée en force a fait usage de matraques, blessant quelques manifestants, repoussés jusque devant le lycée Descartes, à environ 500 mètres du siège de la présidence.

« Il n’y a pas une volonté de provocation de notre part en choisissant de venir manifester à El-Mouradia (quartier de la présidence, NDLR). On veut juste interpeller le président de la République », a expliqué Nawal Abidi, enseignante de physique au lycée de Boudouaou (30km à l’est d’Alger). « Nous en avons assez des promesses » du ministre de l’Education Boubekeur ben Bouzid.

Ces enseignants contractuels, qui sont au nombre de 20.000, selon Meriem Maârouf, porte-parole du CNEC, revendiquent leur réintégration dans le corps enseignant, après la décision du ministère de ne pas renouveler leurs contrats, faute d’avoir réussi aux épreuves du concours de recrutement.

« Trouvez-vous normal que des enseignants qui ont formé plusieurs générations se voient du jour au lendemain imposer un concours pour obtenir leur titularisation? Nous refusons cette condition, nous considérons que les années de pratique pédagogique sont l’équivalent du diplôme », argumente pour sa part Ali Aïssaoui, un professeur d’anglais qui a fait plus de 300km pour participer au précédent rassemblement de dimanche.

Ces enseignants contractuels, qui n’ont pas de formation pédagogique les habilitant à enseigner, mais néanmoins universitaires pour la plupart, avaient été recrutés au moment le ministère était confronté à une pénurie d’enseignants, notamment dans les régions montagneuses et sahariennes.

A un jet de pierre de la présidence, c’est un autre rassemblement qui s’est tenu devant le siège de l’Agence pour l’aide et le développement du logement (AADL). Quelques dizaines de manifestants en colère, encerclés par des policiers retranchés derrière leurs boucliers, ont tenté de rentrer de force au siège de l’AADL pour se faire recevoir par le directeur. Beaucoup ont dénoncé l’attribution jugée indue de logements à des « pistonnés ».

Les deux rassemblements de lundi viennent après ceux organisés ces derniers jours par les gardes communaux, les médecins résidents, les infirmiers, les greffiers ou encore les personnels administratifs des collectivités locales.

Cette montée en puissance de la grogne sociale, à laquelle le gouvernement tente de répondre en puisant dans son bas de laine pour acheter la paix, survient sur fond d’agitation politique venant tant des différents partis de l’opposition que des formations de la coalition présidentielle. Celles-ci, sous l’influence des processus de changement dans les pays arabes, demandent des réformes. Une demande à laquelle le président Abdelaziz Bouteflika a répondu samedi en promettant des « réformes politiques profondes », sans dire lesquelles, dans la foulée de la levée de l’état d’urgence devenue effective le 24 février.

AP