Au cours de ces dernières années, le secteur de la construction en Algerie a connu un véritable regain d’activité, porté par un généreux programme d’investissement financé grâce aux importants revenus du commerce d’hydrocarbures. Les nouveaux projets de construction d’autoroutes, de ports, de tramways, de sites industriels et de logements ont tous contribué à la croissance soutenue du secteur, et cette tendance ne risque pas de changer de sitôt, suite à la clôture du processus d’appel d’offres pour la construction d’une mosquée, qui devrait compter parmi les plus grandes du monde.

Bouabdallah Ghlamallah, ministre des Affaires religieuses, annoncé le 22 août dernier que le gouvernement avait pré-qualifié deux consortiums et une société de BTP pour le principal contrat, à savoir la construction d’une nouvelle mosquée colossale dotée du plus haut minaret au monde.

Au total, 15 dossiers ont été examinés ; parmi les trois candidatures retenues figurent celles d’un consortium composé de la société italo-libanaise Astaldi et de la société Arabian Construction Company, basée au Liban ; du groupement hispano-algérien COSIDER-FCC et ETRHB Haddad, qui a soumis un dossier commun ; et de China State Construction.

La nouvelle mosquée, vouée à devenir la troisième plus grande au monde après les mosquées de la Mecque et de Médine, en Arabie saoudite, sera érigée à Mohammadia, à la périphérie est d’Alger. D’une superficie de 20 hectares, le complexe pourra accueillir 120 000 fidèles, et sera dominé en son centre par une tour de 300 mètres, la plus haute du monde.

Le montant de l’investissement requis pour la construction de la mosquée n’a pas encore été rendu public ; d’après les premières estimations, ce coût devrait avoisiner les 500 millions d’euros, alors que les rapports ultérieurs évoquent un montant maximal de 975 millions d’euros.

Compte tenu de l’investissement nécessaire et de l’ampleur du projet, l’appel d’offres a été limité aux seules sociétés comptant plus de 2 000 employés permanents et affichant un chiffre d’affaires annuel d’au moins un milliard d’euros. Ces critères de sélection rigoureux visaient également à garantir que les sociétés qui rempliraient les conditions requises seraient en mesure d’achever le projet dans les délais, sans contrainte financière ou matérielle, une préoccupation qui met en lumière certaines des difficultés rencontrées dans le cadre d’autres projets de construction en Algérie.

Les prérequis imposés aux candidats s’inscrivent dans le cadre d’un objectif plus vaste du gouvernement : renforcer les capacités et les normes dans le secteur.

Le gouvernement s’est attelé à la modernisation des réglementations applicables au secteur de la construction, en mettant notamment en œuvre des procédures d’exécution plus strictes. Une nouvelle loi inspirée des législations américaine et européenne, visant à renforcer les normes de sécurité parasismique, est en cours d’élaboration. Si celle-ci est adoptée, l’Algérie, située dans une zone d’activité sismique, sera le premier pays africain à adopter un cadre de gestion du risque sismique.

Par ailleurs, le pays renforce actuellement les réglementations relatives à l’aménagement urbain dans l’espoir de faire baisser le nombre d’habitations illégales et d’améliorer la coordination entre les municipalités pour résoudre certaines difficultés, notamment la surpopulation et les flux de circulation.

Le plan de développement du gouvernement pour la période 2009-2014, chiffré à 286 milliards de dollars, mettra spécifiquement l’accent sur les infrastructures : 116 milliards d’euros seront alloués aux nouveaux projets, et 96.7 milliards aux programmes existants, notamment la construction de voies ferrées, de routes, d’installations d’eau, d’établissements scolaires et de quelque 2 millions de nouveaux logements. Par conséquent, les sociétés du secteur connaissent un surcroît de travail, et les contraintes liées aux capacités génèrent d’importantes difficultés.

Dans l’ensemble du secteur de la construction, les prix des matériaux et l’offre restent des préoccupations constantes. S’agissant de l’offre, la demande d’acier est montée en flèche ces dernières années, passant de 4.2 millions de tonnes métriques (TM) en 2007 à près de 6 millions de TM en 2010. Les armatures en acier, utilisées en construction, représentent près de la moitié de cette demande. Cette forte hausse a cependant été partiellement résolue grâce à un investissement de 500 millions d’euros dans l’aciérie Arcelor-Mittal à El Hadjar. Cette enveloppe devrait permettre de rehausser la production d’acier en deux temps, pour atteindre 1.4 million de MT par an, puis 2.4 millions de MT par an au cours de la seconde phase.

Dans le segment du ciment, face à la hausse de la demande, l’État, qui répond actuellement à 65 % environ de la demande du marché par l’intermédiaire du Cement Industry Group récemment créé, a initié un projet d’investissement pour 2011-2015 dans une nouvelle cimenterie. Il espère ainsi faire progresser l’offre, actuellement établie à environ 11.5 millions de TM, à 20 millions de TM. Ce programme d’investissement vient s’ajouter aux projets de construction d’une nouvelle usine par ASEC Algérie, filiale de la société égyptienne ASEC Cement Holding. Le site, qui aura une capacité de production de 3 millions de tonnes, devrait ouvrir l’année prochaine.

Toutes ces mesures devraient permettre de dissiper certaines inquiétudes des entrepreneurs liées à l’offre, et donc aux prix, en tentant d’étendre et compléter la liste grandissante de projets de construction entrepris dans l’ensemble du pays.

Oxford Business Group