La Chronique économique d’Hassan Haddouche

La réponse positive de l’Algérie à la demande de prêt du FMI vient de mettre fin à un suspense de près d’une année. 


De pays endetté et soumis  aux « injonctions » du FMI au début des années 90, l’Algérie est passée aujourd’hui, grâce à une politique de désendettement accéléré et au gonflement de ses réserves, au statut enviable de créancier courtisé par les institutions financières internationales. Si ce changement de statut constitue une satisfaction, largement partagée et commentée, pour l’amour propre national, il n’empêche pas le débat de se poursuivre sur l’opportunité d’une contribution à l’augmentation des ressources d’une institution  finalement assez mal connue et pas forcement très populaire dans notre pays.

Décalage de perception

Il existe dans ce domaine, aujourd’hui encore, un fort décalage de perception entre l’opinion publique et la plus grande partie des médias nationaux d’un côté et les milieux spécialisés de l’autre. Un décalage entretenu par une  méconnaissance assez répandue de la densité des relations existant actuellement entre le FMI et les principales institutions en charge de la conduite de la politique économique du pays, ministère des finances et Banque d’Algérie en tête. Un cadre supérieur de la Banque d’Algérie nous confiait récemment : « L’Algérie est membre à part entière du FMI. Elle a déjà accepté de contribuer à l’augmentation de ses ressources en approuvant la décision, prise fin 2010, de doubler les quote-parts des pays membres. Elle bénéficie à ce titre de nombreuses actions d’assistance technique qui se développent en particulier dans la période récente avec la Banque d’Algérie dans le domaine de la politique monétaire – une délégation était présente à Alger ces derniers jours pour évoquer ce sujet – ou avec le ministère des finances en matière d’amélioration des procédures budgétaires.» Mais la plupart des algériens ont plutôt  gardé un mauvais souvenir de l’ « ajustement structurel» du début des années 90 ? Commentaire du même cadre de la banque centrale : « Ce n’est pas le FMI qui est venu nous voir en 1994 , c’est nous qui sommes aller le chercher parce que notre pays était ruiné et qu’il ne parvenait plus à payer ses dettes ! ».

L’Algérie a-t-elle aujourd’hui intérêt à prêter au FMI ? Pour la plupart des experts  financiers algériens la réponse à cette question  ne fait pas beaucoup de doutes. A l’image d’Abderrahmane Hadj Nacer, ils plaident depuis plusieurs années en faveur d’un début de diversification des placements du pays. Dans une déclaration rapportée par la presse ,l’ancien Gouverneur de la Banque d’Algérie  rappelait dernièrement  que les levées de fonds opérées par le FMI modifient la répartition du capital et par voie de conséquence  des droits de vote  au sein de cette institution. Un refus de l’Algérie de contribuer à ces emprunts serait donc de nature à affaiblir sa position vis-à-vis de ses partenaires. Une position que A. Hadj Nacer jugeait à courte vue, le pays n’étant pas à l’abri d’un retournement prolongé du marché pétrolier voire, à plus long terme, d’une réduction importante de ses revenus pétroliers qui le laisserait sans aucune voix au chapitre au sein du FMI.

L’Algérie en bonne compagnie

C’est moins le principe d’une contribution de l’Algérie à l’augmentation des ressources du FMI que son montant qui suscitait  des interrogations au cours des dernières semaines. On s’attendait  en général à un prêt d’un montant relativement modeste. Confirmation  avec une participation algérienne pour un montant de 5 milliards de dollars ; un niveau qualifié généralement d’ « intermédiaire» par rapport aux souscriptions annoncées par les autres pays. On reste  loin des chiffres annoncés par exemple par  les pays de   La zone euro qui a été la première à s’engager, en janvier 2012 sur un montant de 150 milliards d’euros. Le Japon a promis de verser 60 milliards de dollars supplémentaires. Par la suite,  trois pays scandinaves (Suède, Norvège, Finlande) ont annoncé 26 milliards de dollars, la Pologne 8 milliards. La Suisse et d’autres pays non identifiés se sont également engagés à apporter l’équivalent de 26 milliards de dollars. N’empêche que pour une fois notre pays n’est pas en trop mauvaise compagnie.  Mais d’autres, comme le Royaume-Uni, le Canada, l’Inde, le Brésil et la Chine n’ont pas encore donné de chiffres précis. Les Etats-Unis, premier actionnaire du FMI, ont pour leur part déjà prévenu qu’ils ne souhaitent pas mettre au pot. Au total le FMI, ainsi que le soulignait la semaine dernière Christine Lagarde , ambitionne de collecter  456 milliards de dollars ce qui  portera  sa capacité de prêt totale à plus de 1.000 milliards de dollars pour des interventions qui ont déjà atteint ,selon les chiffres donnés à Tokyo par la directrice du FMI, plus de 520 milliards de dollars au profit de 120 pays.

La réforme du FMI : Un enjeu de pouvoir

Il y a un autre enjeu associé à cette augmentation des ressources du FMI. La plupart des pays émergents sont volontaires pour soutenir les efforts de renflouement du FMI à travers une contribution à sa nouvelle politique d’emprunt. Mais ils lient leur engagement au progrès de la réforme des quotes-parts décidée en décembre 2010. Celle-ci doit entrer en vigueur en janvier 2013 et entraîner un doublement des quotes-parts et une modification de la composition du conseil d’administration afin de tenir compte de l’importance grandissante des pays émergents.

Sur ce point, qui constituait l’un des thémes les plus attendus du sommet de Tokyo, la directrice du FMI a tenté de rassurer la semaine dernière : « Le FMI se rapproche  d’un accord final sur les changements de gouvernance les plus importants de son histoire». Elle ajoute que la réforme en cours devrait se traduire par un transfert de près de 9% des droits de vote  au profit des pays émergents et en développement.

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